SAINTE HILDEGARDE
Le christianisme et les femmes. — Son attitude hostile envers elles. — L’Eg'lise est obligée de céder à l’élan des couvents féminins vers la science. — Un coup d’œil sur l’état intellectuel de ces couvents. — L’exercice de la médecine dans les hôpitaux auprès de monastères. Sainte Hildegarde. — Sa vie, ses œuvres littéraires^ — Ses trois livres médicaux : Liber simplicis medicinae. Liber compositaemedicinae, Liber operum simplicis hominis .
Notre étude sur les femmes médecins du Moyen Age
I. Les médecins les plus célèbres, comme Zapota {Secret. medicO” chirurg., c. TI, p. 56), recommandent cette eau comme un remède universel. Voici la recette de ce médicament :
« R. Aquœ vitŒ quater dis.tillatœ partes très, summitatum et florum rosmarini partes duo, ponantur simul in vase bene closo, stent in
serait incomplète, si nous ne parlions pas des religieuses. Dans le voisinage de beaucoup de couvents, à cette époque, se trouvaient des hôpitaux ou des hospices dirigés par des congréganistes. Connaissant la pénurie des médecins qu’il y avait alors et le degré d’éducation élevé de la femme, on comprendra que ces nonnes ne devaient pas se borner à soigner les malades, mais qu’elles les traitaient réellement comme médecins.
Cette admission des religieuses à l’exercice d’une profession scientifique était de la part du christianisme assez inattendue; car, il est bon de rappeler qu’il fut, pendant longtemps, hostile à la femme. Certainement la doctrine, l’œuvre même du Christ était en faveur de. la femme. Il avait fait appel aux faibles, il était l’ami des petits et des opprimés, il devait donc également prendre la femme sous sa protection. Jésus avait proclamé l’égalité de tous les êtres humains, hommes ou femmes, et saint Paul, dans une épître aux Galiléens, avait dit : « Il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, ni esclaves ni hommes libres, ni mâles ni femelles, car tous sont en Jésus-Christ. » Mais, cette bienveillance avait bientôt disparu. Si, aux premiers siècles de notre ère, la femme avait participé aux dignités religieuses chrétiennes, c’était plutôt parce que le christianisme, en entrant dans la société gréco-romaine, s’était adapté aux mœurs préexistantes, les Grecs et les Romains admettant les femmes à la prêtrise.
En outre, les premiers chrétiens étaient réellement des « anciens « rattachés à l’antiquité par leur origine et
loco callido per haras 50, tum alembico destillentur, et mane in cibo '0^1 potu sumatur drachma una singulis septimanis semel, et omni mane lavetur faciès cum ea et membrum œgrum. Rénovât vires, acuit ingenium, mundificat medulam et nervos, visum instaurât et conservât, vitamque auget. »
par leur culte des lettres et des sciences. Ils avaient vu dans l’histoire de leurs ancêtres trop de femmes éminentes pour qu’ils pussent traiter le sexe féminin de « vil » et d’ « abject », comme on le fit plus tard. Ainsi, nous trouvons dans saint Jérôme cet éloge des femmes : « J’en viens aux femmes païennes, et je vois que les philosophes des Gentils eux-mêmes tiennent compte de la différence non des sexes, mais des intelligences. Platon met en scène Aspasie dans ses dialogues, Sapho est poète aussi bien qu’Aicée et que Pindare ; Thémiste professe la philosophie parmi les plus savants de la Grèce. Tout le monde admire Cornélie, la mère des Gracques, votre Gornélie. Que dirai-je de la fille de Caton, épouse de Brutus, dont la vertu brille même à côté de celle de son mari et de son père?
L’histoire de la Grèce et de Rome est pleine des traits de vertu des femmes; il faudrait des volumes et des volumes pour les raconter » (i).
Cependant, au fur et à mesure que les ténèbres descend!-, rent sur l’empire romain, les éléments rétrogrades prirent le dessus dans le christianisme et l’aversion que manifestaient les saints livres juifs contre la femme se communiqua aux pères de l’Eglise. D’après le récit de la Génèse et son inteprétation par les juifs, la création de la femme est une création de second ordre ; la femme est un être pervers, c’est par la femme que le mal est entré dans le monde. C’est elle qui a mis le désordre au milieu de l’harmonie primitive. « Femme, s’écrie bientôt Tertullien dans son De culta feminarüm^ tu es la partie du diable, c’est toi qui la première as touché à l’arbre et déserté la loi de Dieu. C’est à cause de toi que le fils de Dieu même a dû mourir. Tu devrais t’en aller pour toujours en deuil et en
i.Bivi Eusebii Hieronymi Stridonensis Opéra omnia, Paris, i533, 111, p. 1642.
guenilles, offrant aux regards tes yeux pleins de larmes de repentir, afin de faire oublier que tu as perdu le genre humain. » Une telle philosophie conduisit à des façons de procéder correspondantes. Aussb dans Phistoire des Conciles, dans l’analyse de leurs canons, en chacune de leurs surprenantes décisions, retrouve-t-on le même mépris, la même haine de la femme.
Le Concile de Mâcon, en 58 1, va jusqu’à se demander si la femme doit être rangée parmi les êtres raisonnables ou parmi les brutes; si la femme a une âme, et si elle fait réellement partie de l’humanité (i).
Ce « judaïsme « enleva à la femme l’exercice des fonctions sacerdotales. Depuis le Concile d’Epaone (2) en 627, et le second Concile d’Orléans, sauf quelques très rares exceptions (les chartreuses de Saleth et les abbesses de Saint-Pierre à Lyon), il n’y eut plus, en France, de diaconesses.
La règle désormais fut que la femme ne pouvait recevoir aucun ordre ecclésiastique, quelque sainte et instruite qu’elle fût, et qu’elle ne pouvait ni enseigner, ni baptiser, ni prêcher (Concile de Carthage, canon 99). On lui interdit même de parler dans l’église ; la loi pour elle est dans la soumission absolue, a Non enim eis loqui permissum est^ sed subjici, sicüt dicit lex. » (Concile de Triello en 692, canon 70.) Elle ne peut ni s’approcher des autels, ni toucher les vases sacrés, ni servir les ministres de l’Eglise, ni encenser (Concile de Nantes^ 660, canon 3). Heureusement les Conciles eux-mêmes furent forcés de se soumettre à la marche de la civilisation. La société du Moyen-Age se montra plus aimable pour la femme, et l’Eglise céda quand dans ses couvents devenus les refuges de la science et de
« An muUer sit homo ». Franck : 0. c., p. i4-