Malacarne ; o. c., p
La plus célèbre d’entre elles fut Anne Manzolini, née Morandi. Elle vit le jour, en 1716, à Bologne, de son père Charles et de sa mère Rose, née Giovanni. En 1740, elle se maria à Jean Manzolini, né en 1700. Manzolini était peintre, et pour perfectionner ses connaissances, il prenait des leçons de géométrie et d’anatomie (ostéologie et myologie) de Hercule Lelli. Les deux hommes devinrent amis et, lorsque le pape Benoît XIV demanda à Lelli une série de préparations anatomiques en cire pour sa « caméra d’anatomia-», Lelli associa à cette besogne Manzolini. Pendant trois ans ils travaillèrent ensemble, mais des dissensions étant survenues, ils furent forcés de se séparer; et alors, Manzolini eut l’idée d’apprendre son art à sa femme.
« Ce qui est à peine croyable — dit son contemporain Zanotti — il initia sa femme Anne à son art et il trouva en elle une collaboratrice excellente. La belle et intelligente dame a étudié avec le pfus grand zèle l’anatomie, disséqué les cadavres, en un mot, n’a pas craint de pousser aussi loin que possible la recherche de la vérité. Elle a orné sa maison de différentes parties du corps humain qu’elle a préparées à merveille et disposées de la façon la plus seyante. A tous ceux qui viennent aujourd’hui chez elle, car nombre de personnes vont voir ses préparations, elle donne des explications très éloquentes et il faut avouer qu’elle excelle dans l’exposition claire des sujets. D’une façon très simple, sans qu’il y ait rien de recherché, elle donne les preuves d’une connaissance anatomique telle qu’à peine la trouveverait-on chez les plus grands anatomiciéns » (i). -
Le 7 avril 1755, elle perdit son mari. Un an après, elle fut nommée agrégée à l’université de Bologne. En 1758, on la nomma membre de l’académie Clémentine, en 1760, de la
1. Zanotti : De Bononiensi scientiarum et artiiim instituto 1 755,111, 88.
société littéraire de Folig-no, en 1761, de l’académie du dessin de Florence. La fortune sourit également à son fils, Joseph, qu’elle avait placé à l’orphelinat du conservatoire deSaint-Bartholommée diReno. 11 devint, le 21 février lyhS, riche et noble, le sort lui ayant donné droit à l’héritage Solimei. Bientôt après, le Sénat conféra à la mère une chaire d’anatomie en lui permettant, sansFy obliger^ à faire des leçons chez elle ou dans le bâtiment universitaire.
Sa gloire se répandit dans toute l’Europe et Milan, Londres, Pétersbourg l’invitèrent tour à tour à se fixer dans leurs universités ou académies. Anne déclina ses invitations brillantes, elle préférait travailler pour la patrie qui savait apprécier ses talents. Mais tout en envoyant des réponses négatives elle joignait, comme pour excuser le refus, des caisses contenant ses préparations anatomiques et des explications.
Quelque temps après la mort de son mari, Anne céda toutes les préparations qui remplissaient sa maison, de même que tous ses livres et tous ses instruments médicaux au comte et sénateur Hiéronyme Ranuzzi, tout en en conservant l’usage sa vie durant. Cette combinaison lui permit de s’établir au palais Ranuzzi où furent transportés les objets cédés et c’est là qu’elle reçut les visites des hommes les plus éminents de l’Italie et de l’étranger, parmi lesquels il faut citer l’Empereur Joseph IL
Anne Manzolini mourut en 1774? et en 1776, le Sénat décréta l’achat de toutes ses préparations pour le musée anatomique de l’université. En 1874, on lui éleva un buste au Panthéon de Bologne.
L’anatomie lui doit, la découverte du point précis où se termine le muscle oblique de l’œil. Le père Toselli cité par Fantuzzi (i) dit : « Ceux qui ont écrit sur l’anatomie, ensei-
G. Faotuzzi : Scrittori boloffnesi,^o\ogn.& 1788, t. VI, p. ii3-ii6.
g-nent que ce muscle s’attache d’une part au globe de l’œil, de l’autre part à l’apophyse nasale ; mais la studieuse femme trouva après de nombreuses dissections que le muscle va plus loin et qu’il se termine au sac lacrymal, où il s’insère ».
Nous ajouterons qu’au dix-huitième siècle, cinq autres femmes furent professeurs à l’université de Bologne La Florentine Bettina Calderini était professeur de droit civil, la Bolonaise Bettisia Gozzadini professeur de droit canon. Glotilde Tambroni professait la langue grecque ; Marie Agnesi les mathématiques et Laure Bassi la physique.
L’exemple de Anne Morandi-Manzolini incita d’autres femmes à l’étude de la médecine, A Florence Marie Petraçcini obtint en 1780 le titre de docteur. Elle fit ensuite à Ferrare, en présence de plusieurs professeurs de médecine un cours d’anatomie. Sa fille Zaffire Perretti, après avoir étudié à Bologne la chirurgie, obtint en 1800 le grade du docteur (i). Elle alla ensuite à Ancône occuper le poste de directrice générale des sages-femmes de toute la contrée.
En 1799, Marie Mastellari fut promue docteur en médecine à Bologne (2).
Cette série des femmes médecins italiennes se termine, dignement avec Marie Dalle Donne. Elle était née en 1777, à Rbncastaldo Montagna,dans la Montagne bolonaise, d’une famille de pauvres paysans. Envoyée jeune à Bologne par sa famille frappée de sa vive intelligence, elle y étudia le latin, sous le docteur Rodati, la philosophie sous le célèbre Cantezzani, les mathémathiques, la physique, la chirurgie et la médecine sous le professeur Riviera. Après avoir sou-
C’est là qu’on trouve le plus de détails relatifs à la viê de Anne Morandi Manzolini. Voyez aussi II Panthéon di Bologne.