Nithard est le seul à fournir ces précisions
2. L'Aquitaine était loin d’être pacifiée quand Charles la quitta précipitamment vers le 10 août et, par Tours et Orléans, gagna Quierzy, qu'il atteignit le 24. Voir Levillain, Étude sur les lettres de Loup de Ferrières, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. LXII, 1901, p. 508; Lot et Halphen, Le règne de Charles le Chauve, t. I, p. 16.
3. On a proposé (voir Meyer von Knonau, p. 96, n. 82) de corri-
CHARLES ARRIVE A QUIERZY (24 août 840) 43
défendre ; et, si l’on en doutait, il s’engageait à en donner luimême la preuve qu'on lui demanderait.
Et Lothaire, tout en feignant de recevoir les messagers de Charles avec bienveillance, les congédia seulement avec ses salutations, disant qu'il enverrait porter réponse aux autres questions!. Et de plus comme ils avaient refusé de violer leurs serments en passant à son parti, 1l les priva des bénéfices que son père leur avait donnés. Il révélait ainsi, sans le vouloir, ses intentions à l’égard de son frère.
Là-dessus, tous les habitants d’entre Meuse et Seine envoyèrent demander à Charles de venir avant que Lothaire occupât leur pays, promettant de se tenir prêts à son arrivée. Charles, se hâtant donc de quitter l’Aquitaine avec une faible escorte, se rendit à Quierzy ? et reçut avec bienveillance tous ceux qui vinrent à lui depuis la forêt Charbonnière et en deçà. Mais, en dehors de là, Herenfrid, Gilbert, Beuve et d’autres, trompés par Odulfÿ, manquèrent à la foi jurée et firent défection f.
[8.] En même temps, un messager vint d'Aquitaine annoncer que Pépin et ses partisans s’apprêtaient à assaillir la mère de Charles. A cette nouvelle, Charles quitta les Francs en les priant, dans le cas où son frère voudrait les soumettre durant son absence, de venir le rejoindre. En outre, il envoya à Lo-
ger « infra » en « intra », à cause du mot « extra » qui commence la phrase suivante. Mais le sens étant aussi clair avec « infra », la correction est inutile. Cf. Lot et Halphen, ouvr. cité, p. 17, n. 2. — Sur la forêt Charbonnière, qui constituait une véritable frontière entre la Neustrie et l’Austrasie, voir Van den Linden, La forêt Charbonnière, dans Revue belge de philologie et d'histoire, t. II (1923), P. 203-214.
4. Qualifié un peu plus loin de comes Mansuariorum (liv. III, ch. 11), comte du Maasgau (cours inférieur de la Meuse).
5. Peut-être à identifier avec l'abbé laïque de Saint-Josse, mentionné dans un diplôme de Charles le Chauve du 27 décembre 843 (Bœhmer, Regesta Karolorum, n° 1547) et par Loup de Ferrières (lettres 43 et 88). Cf. Meyer von Knonau, ouvr. cité, p. 112, n. 317.
6. La Hesbaye, dépendance du Maasgau, dut faire défection. Cf. Lot et Halphen, ouvr. cité, p. 17.
44 KAROLI REGNUM LODHARIUS INVADIT (oct. 840)
Insuper ad Lodharium Hugonem !, Adelhardum ?, Gerhardum* et Hegilonem* direxit cunctaque que tunc nuper illi mandaverat replicans necnon‘* et pro Deo deprecatus est ne, suos sibi subtrahens, regnum quod Deus paterque suo consensu ill dederat amplius dissipet. Et his ita com- positis in Aquitaniam festinus perrexit superque Pippinum et suos irruens fuga illos abire compulit ÿ.
Per idem tempus, cum Lodharius a Lodhuwico reverteretur et omnes citra Carbonarias f$ ad illum venirent, Mosa trajecta”, ratum duxit ut Sequanam usque procederet. Quo dum tenderet, Hilduinus abbas Sancti Dyonisii et Gerardus comes Parisii civitatis8, a Karolo deficientes, fide frustrata ad illum venerunt. Quod quidem Pippinus, filius Bernardi regis? Langobardorum, ceterique cernentes, elegerunt potius more servorum fidem omittere, juramenta contempnere quam‘ ad modicum tempus facultates relinquere, ac per hoc, fide relicta, quos supra memoravimus secut1, eidem * se dederunt. Hinc / quoque Lodharius magnanimus£ effectus Sequanam excessit*, praemittens more solito, qui ad defectionem inter Sequanam et Ligerem degentes partim minis #, partim blanditus subduce-
a. La syllabe non ajoutée en interligne dans À. — b. regi À. — c. quem À.— d. Mot très effacé dans À. Avec ce mot commence dans A la col. 2 du fol. 6. — e. L'i est ajouté en interligne dans À. — f. Mot très effacé dans À.— g. magnanimis 4. — h. nimis 4.
1. Probablement le célèbre Hugue l’Abbé, fils de Charlemagne et, par conséquent, le propre oncle de Charles le Chauve et de Lothaire. Cf. Meyer von Knonau, p. 112, n. 317.
2. Sur ce personnage, qui avait été sénéchal sous Louis le Pieux, voir plus loin, liv. IV, ch. vi, et F. Lot, Mélanges carolingiens. V : Note sur le sénéchal Alard, dans le Moyen âge, 1908, p. 185-201.
3. Probablement Gérard, comte de Paris, qui, on l’a vu plus haut (liv. I, ch. vi), avait juré fidélité à Charles, plutôt que le comte Gérard, gendre de Pépin Ier d'Aquitaine, qui venait d’être chargé
LOTHAIRE ENVAHIT LE ROYAUME DE CHARLES (oct. 840) 45
thaire Hugue!, Alard?, Gérard et Égilon:, pour lui répéter tout ce qu'il lui avait déjà fait dire récemment et le prier, au nom de Dieu, de ne plus inciter ses sujets à la désertion, en troublant ainsi le royaume que Dieu et son père lui avaient confié avec son propre assentiment. Cela fait, il se dirigea en hâte vers l’Aquitaine et, surprenant Pépin et ses gens, les contraignit à la fuites.
Vers le même temps, Lothaire, s’éloignant de Louis et voyant venir à lui toute la population d’au delà de la forêt Charbonnièref, passa la Meuse? et voulut s’avancer jusqu’à la Seine. Comme il s’y rendait, Hilduin, abbé de Saint-Denis, et Gérard, comte de la cité de Paris8, abandonnant Charles et manquant à leur foi, vinrent à lui. Ce que voyant, Pépin, fils de Bernard roi des Lombards, et d’autres préférèrent, comme des serfs, oublier leur devoir de fidélité et renier leurs serments, plutôt que d'abandonner leurs biens pendant quelque temps ; et ainsi, manquant à leur foi, ils suivirent l'exemple de ceux que nous avons cités plus haut et se donnèrent à Lothaire. Celui-ci, rempli d’orgueil par ce succès, dépassa la Seine”, lançant devant lui, selon son habitude, des émissaires
d’un commandement à Limoges pour surveiller l’Aquitaine. Cf. Loup de Ferrières, lettre 28, éd. Dümmler,'p. 33; Meyer von Knonau, p. 141, n. 30; Poupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens, p. 591.
4. Qu'on peut sans doute identifier avec le personnage du même nom qui, en 838, lutta de concert avec Augier contre les Wiltzes et les Abodrites, d’après les Annales de Saint-Bertin. Cf. Meyer von Knonau, p. 20 ; Bæœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n° 982 c, p. 399.
5. Pépin II paraît n’avoir tenté en cette occasion qu'une diversion en faveur de son oncle Lothaire.