VIII DATE DE COMPOSITION DE L'OUVRAGE
au moment où ils allaient entrer à Châlons-sur-Marne (mai 841). Il en poursuivit la rédaction au milieu de la plus formidable tempête qui eût ébranlé l'empire carolingien depuis sa fondation, ainsi qu’il le dit lui-même dans sa Préface, en réclamant modestement l’indulgence, et la poussa jusqu’au mariage de Charles le Chauve, à la veille du traité de Verdun. Nithard n’écrit pas au jour le jour, comme les auteurs d’annales, mais rédige de temps à autre, quand il en a le loisir, d’après ses souvenirs et peut-être aussi d’après des notes personnelles, voire d’après des documents officiels. Ainsi, pour la bataille de Fontenoy (25 juin 841), nous savons par un synchronisme fourni par lui-même qu'il en rédigea le récit quatre mois après l'événement, — faute, probablement, de l’avoir pu faire plus tôt, — le séjour qu’il fit en octobre à Saint-Cloud correspondant, en effet, à un instant d’accalmie dans les hostilités. La fraîcheur de ses souvenirs peut en être quelque peu altérée, mais on y gagne un récit plus réfléchi et mieux ordonné. |
2. VALEUR DU TÉMOIGNAGE DE NITHARD. — Le témoignage de ce contemporain, qui a été mêlé aux événements qu’il raconte, a une valeur de premier ordre.
Sans doute, il ne s’agit, à proprement parler, ni d’un journal ni de mémoires politiques, et il peut y avoir de légères inexactitudes dans un récit écrit au bout de quelques mois, mais c'est néanmoins un résumé très vivant, fait par un témoin admirablement qualifié, des luttes dramatiques et fratricides des fils de Louis le Pieux. Remarquons toutefois que Nithard n’est pas exempt de parti pris, car il vit près de Charles le Chauve, dans l'intérêt duquel il travaille. Il nous dit avec tendresse quels espoirs on fonde sur ce jeune souverain, quelle confiance inspire son caractère ; il s'attache avec plaisir à raconter les circonstances merveilleuses, selon lui, qui apportent un regain d'espoir à ses partisans : par exemple,