Histoire des français des divers états
Alexis Monteil naquit à Rode%, en 1769. Il y fit ses études, et, quand il eut atteint sa vingtième année , il fut nommé secrétaire du district de sa ville natale. Quelques années plus tard, on lui confia une chaire d'histoire à l'école centrale de Rode% (aujourd'hui le lycée). Son enseignement y fut remarqué et très apprécié, si bien qu'en 1803, lorsqu'une école militaire fut créée à Fontainebleau , Monteil y fut appelé comme prof esseur d'histoire. Il garda cette fonction jusqu'en 1808 , époque ou l'Ecole militaire fut transportée et définitivement installée à Saint-Cyr. Monteil suivit l'Ecole en qualité de bibliothécaire-archiviste.
En 1819, il perdit tout emploi officiel , et il n'eut plus que sa plume pour vivre et faire vivre sa famille. Déjà il avait publié divers ouvrages , entre autres une Histoire des hommes célèbres dans les républiques. Le premier volume de son œuvre capitale, dont nous allons parler, parut en 1828.
Les dernières années d'A lexis Monteil ont été profondément attristées par la mort de sa femme, âme d'élite, pais de son fils unique , jeune homme de grande espérance , qu'il avait associé à ses travaux. Il mourut lui-même en 1850, à Cély , près de Fontainebleau , dans le lieu oh il avait passé les premières années heureuses de son mariage.
L'Histoire des Français des divers états aux cinq derniers siècles a été le point de départ d'une évolution importante dans V art d 'écrire et ensuite d'enseigner l'histoire. Monteil avait remarqué que les historiens , jusqu'à lui, n'avaient guère écrit que a l'histoire des rois, des prêtres et des guerriers », et qu'ils avaient laissé dans l'ombre « l'histoire des paysans, des artisans, des marchands, qui forment presque toute la nation ».
Par voie de conséquence , la guerre a toujours occupé une place prépondérante dans les récits des anciens et des modernes. Pour caractériser cette méthode, ou ce défaut, Monteil a trouvé une expression, souvent employée depuis, celle d'histoire bataille.
C est alors qu'il entreprit de raconter autrement notre histoire nationale, en la limitant aux siècles les plus récents. Il était prudent, en effet , de ne pas trop étendre le champ de ses explorations, car, en historien consciencieux, il tenait à appuyer tous les éléments de son travail
sur des documents précis et authentiques : il y a consacré quarante années d'une vie laborieuse, dans la retraite et éloigné des distractions mondaines.
Les nombreux matériaux qu'il a extraits des livres et des archives poudreuses , simplement classés, puis rangés par assises successives, auraient constitué un édifice imposant et précieux pour les spécialistes , mais ce n'eût pas été une œuvre vivante, révélant V âme de la patrie, ressuscitant V existence de nos ancêtres, avec leurs pensées, leurs labeurs, leurs joies et leurs douleurs. Monteil fit mieux : il imagina, sans s'écarter de la vérité historique, de faire parler et agir des acteurs, dont la personnalité seule était fictive, de la faire parler et agir en conformité parfaite avec les idées du temps, et dans des milieux habilement restaurés. Ces personnages s expriment en un style rapide , avec une verve enjouée, et sur un ton légèrement ironique et même satirique. On sent que V auteur a subi V influence de Le sage et de Beaumarchais , ses quasi-contemporains. On croirait parfois lire des scènes du Gil-Blas, ou des réflexions à la Figaro , pleines de sens , sous une forme paradoxale.
Ce qui sanctionne encore le mérite de Monteil, et d'une manière bien significative, c'est qu'il a été un chef d' école : il a eu des imitateurs qui, sars doute, V ont dépassé par le talent
et la célébrité, mais qui ne le renieraient point: par exemple , Guiçot et Augustin Thierry.'
Ne serait-il pas équitahle également de faire remonter à Alexis Monteil Vidée heureuse, réalisée aujourd'hui, d'introduire dans les programmes de l'enseignement /'histoire de la civilisation? Elle a donné lieu à une série de publications qui font grand honneur à nos universitaires,
Nous en avons asseç dit, pensons-nous, pour
justifier notre intention de placer sous les yeux
de la jeunesse , de nombreuses pages choisies à
travers l'œuvre considérable d'Alexis Monteil.
Le présent volume se rapporte au xvie siècle L 'auteur suppose qu'un Espagnol voyage en France à cette époque et lui fait décrire nos moeurs et nos institutions dans des scènes et tableaux pittoresques. Après quoi, le voyageur repasse les Pyrénées , emportant une profonde sympathie pour la France.
Léon Mesnay.
LA FRANCE AU XVIe SIÈCLE