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VIII. — LE VIEIL ÉCOLIER DE SAINT-FLOUR

Dans les montagnes de la hante Auvergne, les plaines sont chose nn peu rare 'J'en ai cependant, aujourd'hui traversé une ; elle a été même assez grande pour que je m'y sois égaré. Elle porte le nom de la Planése; elle forme comme une haute terrasse de plusieurs lieues, dominant sur les beaux vallons de la Limagne. Le temps était si brumeux que, tandis que je croyais marcher versClermont, je revenais vers Saint-Flour; heureusement, un homme à pied dont j'ai fait la rencontre, s'est avec bienveillance entièrement

détourné de son chemin pour me remettre dans

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le mien. Cet homme allait si vite, si légèrement, que je ne lui aurais donné que trente, trentecinq ans au plus; mais il avait les cheveux si gris et déjà si près d'être blancs, que j'aurais parié pour cinquante ans, et absolument pour soixante; quant à ses habits, ils pouvaient être ou d'un laïque ou d'un ecclésiastique. A force de regarder cet homme, j'ai pris une telle confiance en sa figure ouverte et franche que je me suis hasardé à lui faire part de mes doutes.

Les privilèges des écoliers. — Monsieur, m'at-il répondu, j'ai cinquante-trois ans et je suis écolier; je le suis depuis plus de quarante ans, et je ne suis pas lassé de l'être, car, à vrai dire, il n'y a de vie heureuse que la vie d'écolier, et ce sont les privilèges qui la rendent surtout heureuse. — Oh ! oh ! je voudrais bien connaître ces privilèges. — Monsieur, les voici :

D'abord le premier est de pouvoir étudier les dimanches et les fêtes. Les jeunes gens appliques, rangés, modestes, le comptent pour beaucoup; cependant, j'avoue que pour moi je n'en ai jamais fait grand usage.

Je passe à d'autres.

Au parlement, l'avocat de l'université plaide

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du côté du barreau des pairs; l'avocat du pape ne plaide que du côté du barreau du greffe. Plus d'une fois j'ai été me mettre orgueilleusement derrière notre avocat.

L'Université de Paris, fille aînée des rois de France, a rang de prince, et les écoliers aussi par conséquent.

Tous les écoliers sont d'abord nobles, cela va sans dire; ils portent l'épée. Quand ils ne sont pas présents, on les traite bien de grimauds; mais, quand on leur parle, on leur dit, ou on doit leur dire Monsieur, à la rigueur Messire, et à leurs femmes Mademoiselle, à la rigueur Madame.

Un écolier voyage-t-il, les fermiers sont tenus de lui fournir ou du moins de lui louer un cheval au prix ordinaire : il ne tient qu'à moi d'aller en demander un à la première ferme.

Un écolier arrive-t-il dans une ville où tous les logements sont occupés, il faut que les bourgeois lui en cèdent un.

Au contraire, le maître de la maison ne peut faire déloger un écolier du logement qu'il occupe.

Les artisans qui le dérangent parle bruit ou

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les mauvaises odeurs de leurs ateliers sont obligés de changer de demeure. A Toulouse, où l'on aime beaucoup à chanter, un tailleur de mon voisinage m'étourdissait de ses chansons languedociennes. Je le fis assigner devant le juge : il fut condamné à déménager ou à chanter plus bas.

Un écolier qui tue et mange la volaille de son voisin, lorsqu'elle s'approche trop près du lieu de ses études, s'il en restitue la valeur, n'a plus à craindre la justice civile»

L'écolier qui étudie à Paris est Parisien; l'écolier qui étudie à Toulouse est Toulousain; il jouit de tous les privilèges accordés à la ville, et ne supporte aucune charge.

Qui est chanoine, qui étudie à Paris, à Toulouse, ou à toute autre ville d'université, est toujours présent à son église, et en reçoit les gros fruits.

L'écolier n'est sujet à aucun octroi, à aucun droit d'entrée.

Il n'est sujet à aucun aide, à aucun subside. Malheur aux financiers imprudents qui voudraient le mettre au rôle! Si le juge était sévère,

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il pourrait les punir corporellement, ou du moins les bannir.

Malheur aux huissiers imprudents qui voudraient toucher aux maisons, aux biens d'un écolier, protégés par les signes de sauvegarde, les armes du roi et de l'université ! Il serait perdu, s'il était traduit devant le conservateur des privilèges scolastiques.

Un écolier n'est pas, d'ailleurs, tenu de payer les dettes contractées avant le temps de sa scolarité.

Que s'il en a contracté pendant ce temps, le créancier doit l'assigner jusqu'à trois fois.

Lorsque l'écolier est créancier, ses dettes passent avant les dettes des autres.

Dans aucun cas on ne peut saisir ses livres.

Le père d'un écolier ne peut être cité en justice durant le temps qu'il va voir son fils à l'université.

Le juge ne peut faire arrêter un écolier dans l'enceinte de son collège.

Qui se prend à un écolier se prend à tous.

Si un écolier a battu un ecclésiastique, il peut être relevé de l'excommunication par ses supérieurs.

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Si un écolier, dans une querelle, a commis un meurtre, et s'il s'est d'ailleurs distingué par ses progrès, il obtient grâce. Je me souviens qu'à Grenoble, un de nos camarades ayant été condamné à mort, nous allâmes crier devant le tribunal : Les catégories! les catégories! les éthiques! les éthiques! ce qui voulait dire qu'il était habile dans les catégories et les éthiques : il fut mis en liberté.

Les serviteurs et domestiques des écoliers participent à leurs privilèges. J'ai eu pendant longtemps à mon service un laquais assez mauvais drôle qui ne m'a pas demandé d'autres gages.

Peut-être, Monsieur, croyez-vous que ce sont là tous les privilèges des écoliers. Rebuffe en a compté jusqu'à cent quatrevingts, et sans doute il ne les a pas tous comptés.

Vive la joie! Messire, lui ai-je dit, je vois qu'en France les écoliers ne sont pas plus mal qu'ailleurs; je voudrais seulement savoir s'ils s'y instruisent aussi bien. — Ils s'y instruisent mieux, m'a-t-il répondu; notre siècle réformateur a réformé aussi nos vieilles méthodes; les routes de l'enseignement ont été, comme nos grands chemins, aplanies, élargies, alignées, et

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elles l'ont été dans toutes les parties. Je vais vous en convaincre.

Les écoles de lecture. — Monsieur ! souvenezvous d'un vieux écolier que vous avez rencontré dans les champs de seigle de la Planèse, quand à Paris vous passerez à la Vallée de misère; je n'y suis pas né, mais peu s'en faut; ma mère y demeurait; elle est originaire de Saint-Flour, où, étant venue de Paris à pied voir ses parents, elle me mit au monde presqu'en arrivant, et presque aussitôt elle repartit, m'emportant pendu à ses épaules, continuant, le long du chemin, à faire son métier d'acheteuse et vendeuse de peaux de lapin. Quant à mon père, il était matelot sur l'Allier; il descendit ensuite l'Allier, et devint matelot sur la mer, où, en quelques années, il devint officier de marine. Il l'était lorsque je fus assez grand pour apprendre à lire.

Monsieur! puisque vous allez à Paris, vous saurez d'avance qu'il y a sous le Châtelet une grande arcade qui vous paraîtra telle qu'elle est, vilaine et noire, qui me paraissait et qui me paraît encore belle et gaie, car c'était par là que, lorsque j'étais roi de l'école, mes petits cama-

rades venaient, suivant l'usage, me conduire chez moi en chantant.

Plus le nombre de mes années s'accroît, plus j'aime à me rendre présents les jours du jeune âge. Je me rappelle que nous entrions le matin à huit heures, et que nous sortions à onze ; que, le soir, nous entrions à deux, et que nous sortions à quatre en hiver et à cinq en été.

Notre maître ne l'était pas en titre; de temps en temps, il nous récitait avec emphase ses lettres de coadjuteur ou vice-gérant que lui avait données le chantre de l'église de Paris, chef général de toutes les petites écoles de laville; il finissait toujours ainsi : Mes lettres, comme toutes les lettres, valent pour un an; je suis maître pour un an; les trois cent trente maîtres, tous, nous sommes maîtres pour un an.

Dans d'autres moments, il s'écriait : A Paris, nous sommes peut-être trop de maîtres; mais, en province, nous ne sommes pas assez. Allez en Pologne, vous ne trouverez pas de si petit village qui n'en ait un. Allez dans les Pays-Bas, vous aurez de la peine à vous procurer un domestique, une servante qui ne sache lire et écrire.

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Il va sans dire, a poursuivi je vieux écolier, que ie me souviens aussi, et avec plus de plaisir, de nos jours de vacances, qui étaient les dimanches et l'après-midi du jeudi. Ces jourslà plusieurs d'entre nous ne manquions guère d'aller aux audiences de la chantrerie; en sortant, nous contrefaisions la voix des jeunes maîtres, la voix des vieux maîtres, leurs invectives, leurs injures mutuelles, et ensuite la voix du promoteur donnant ses conclusions, du chantre prononçant ses jugements : Vous avez tenu des écoles buissonnières, des écoles mal sonnantes, suspectes d'hérésie, je ne puis vous instituer. — L'écolâtre d'Amiens a pu vous instituer à Amiens, l'écolâtre de Reims a pu vous instituer à Reims, le scolastique d'Orléans a pu vous instituer à Orléans; mais je ne puis, moi, vous instituer à Paris.

Les écoles d'écriture. — Mon père avait avancé dans les grades; il lui tardait beaucoup que j'eusse avancé aussi dans l'instruction, que j'allasse apprendre à écrire. J'y allai enfin. Le maître écrivain, pendant les leçons, souvent interrompues ou même suspendues par les appariteurs de l'Université qui venaient fermer les

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écoles qu'avait ouvertes le chantre, par les appariteurs du chantre qui venaient fermer les écoles qu'avait ouvertes l'Université, nous lisait et nous commentait lentement les quatrains de Jean Lemoine pour apprendre à bien tailler la plume, à bien la tenir, à bien écrire; il nous vantait aussi les règles de l'art d'écrire données par le cordelier Gigantis. Il parlait avec un grand respect de Le Gaingneur, écrivain ordinaire du roi, le plus célèbre écrivain de France, qui faisait de si grandes, de si belles lettres à queue de serpent, à pattes, à becs d'oiseau, à ramages, à enroulements; mais il mettait audessus de tous Hamon de Blois. Il nous disait que c'était le plus grand écrivain connu, le plus grand écrivain du monde. Il ne nous disait pas qu'il avait été pendu.

Souventes fois, en se pavanant sur sa belle chaise de bois sculpté, qui lui attirait une grande considération, il répétait que les temps modernes avaient plus sensiblement gradué leurs progrès parla perfection du signe matériel de la pensée que par la perfection de la pensée, fausseté ou du moins erreur insigne, car, aux siècles passés, l'or, l'azur, coulaient de toutes

les plumes; et même, au siècle dernier, unie avec la peinture, l'écriture a longtemps lutté contre l'imprimerie; elle l'a même vaincue par la pureté et la finesse des formes ; mais, vaincue à son tour par la rapidité de la presse, elle s'est dépitée, irritée de l'irrévocable préférence donnée à sa rivale; et, pour ainsi dire, elle s'est, dans sa mauvaise humeur, dans son dépit, hérissée de longues queues, de pointes tortueuses et barbares. Notre jeune maître se moquait des anciennes écritures, des anciens écrivains, trouvait et nous faisait trouver ces innovations pleines de raison, de grâce et de goût. Je dois, cependant, convenir qu'il nous enseignait avec beaucoup d'art l'écriture du temps; je lui veux aussi du bien de nous avoir appris non seulement à écrire, mais encore à signer. Nous avions pour modèle sa signature, que nous pouvions, nous disait-il, aller voir bien plus belle au tableau des signatures des maîtres écrivains de Paris, déposé chez monseigneur le prévôt.

Les collèges. — J'entrai au collège la même année que mon père fut nommé capitaine de vaisseau. Mon père témoignait plus de joie de mon avancement que du sien.

Guttemberg.

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Bien des gens passent de longues années dans les collèges et en sortent qui savent sur le bout du doigt leur histoire de France, qui, cependant, ne savent pas l'histoire des collèges, de l'instruction publique; quant à moi, quoique naturellement peu curieux d'anciennes recherches, j'ai, cependant, écouté volontiers ceux qui, à cet égard, en avaient fait, et je crois ne pas avoir entièrement oublié ce que je leur ai entendu dire.

Le saint roi Louis IX fonda à Paris, en 1252, le collège de Sorbonne ; c'est le plus ancien des collèges de la France.

Depuis, à Paris et en province, on en fonda d'autres, et on ne cessa d'en fonder pendant les xme, xive et xve siècles; mais c'étaient toujours des collèges de boursiers, des monastères, des cloîtres d'écoliers.

Le quinzième siècle, qui avait tant besoin de s'instruire, qui, dans les dernières années, en témoigna tant le désir, ouvrit les portes de plusieurs de ces collèges : l'instruction cessa d'être claustrale pour devenir publique.

Le seizième siècle a ouvert la porte de tous les

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collèges, les a réformés tous, et la nation française est devenue une nation lettrée.

Combien d'écoliers estimez-vous qu'il y a, certaines années, à l'Université de Paris? Je crois moins ceux qui disent qu'il y en a trente mille que ceux qui disent qu'il y en a quarante mille. A l'Université de Bordeaux, le seul collège de Guienne en compte deux mille cinq cents. Les autres universités, notamment celle de Toulouse, ne sont pas moins florissantes.

On peut juger de l'état des études de nos collèges par le nombre des jeunes gens qu'on voit en robe noire et en ceinture, car c'est l'habit des écoliers.

Ce qui distingue les régents, ce n'est pas tant leurs robes à longues rangées de boutons que leur bonnet, qui est carré, à la différence de celui des écoliers, qui est rond.

Il n'y a guère aujourd'hui de ville un peu considérable où l'on ne voie un plus ou moins grand nombre de ces bonnets ronds et de ces bonnets carrés.

Je reviens à moi.

Je fus d'abord écolier à l'un des plus renommés collèges de l'Université, et ce n'est pas

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sans attendrissement que je vous dirai que mon bon père, qui déjà avait commandé un gros vaisseau sur l'Océan Atlantique, embrassa par douzaines, en allant payer mes lettres de scolarité, tous mes petits camarades, réunis devant la porte de la classe, leur demandant leur amitié pour moi. Mon père, après avoir payé ces lettres, paya au régent la contribution pour le cours des études à raison de deux sous par mois d'écolage; il paya aussi ma contribution pour les bancs, les chandelles et les toiles des châssis.

Dans les collèges, et c'est au profit de l'instruction, les maîtres sont très respectés. Lorsqu'un régent passe, tous les écoliers s'arrêtent, se découvrent et s'inclinent. Lorsqu'il entre en classe, ils applaudissent, frappent le plancher avec leurs pieds, les bancs avec leurs livres, et crient : Vivat !

Ordinairement, chaque régent choisit pour aide un de ses écoliers, qui, sous le nom d'explorator, a les yeux sur la classe quand il les a, lui, sur son cahier. L'explorafor, ou l'observateur, tient aussi comme censeur des causeurs la liste de ceux qui parlent français : car l'Université a tant d'horreur pour le français, qu'un

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papetier auquel le recteur faisait, dans une harangue latine, des reproches sur ses fournitures, lui ayant dit : « Parlez français, je vous répondrai », fut mis en cause devant le parlement, où l'on ne prit pas les choses si au vif, où l'on excusa le papetier de ne pas entendre la haute latinité.

Monsieur, a continué le vieil écolier, il faut vous dire que dans notre France moderne les pères de famille des villes, encore plus les pères de famille des grandes villes, encore plus les pères de famille de Paris, se séparent trop facilement de leurs jeunes enfants, persuadés qu'ils sont, par les livres, qu'il n'y a de bonne éducation que sous les vastes toits des gymnases. Telle n'était pas l'opinion de mon père; maisr lorsqu'il repartit pour la mer, il ne put que me mettre en pension, et tout aussitôt je fus au premier rang des écoliers : caries externes ou galoches, ainsi appelés de l'espèce de chaussure qu'ils portent en hiver, sont méprisés par les carriéristes ou pensionnaires des pédagogues, qui sont à leur tour méprisés par les pensionnaires du collège ou de la pension du principal. C'est à cette pension que j'avais été mis. Là on

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apprend, surtout quand le principal est un haut magistrat, un conseiller, un président au parlement, comme il y en a, les belles manières du monde.

On y apprend aussi, dans l'élégant latin d'Erasme ou d'autres instituteurs, les beaux préceptes d'éducation. Par exemple, j'appris qu'il fallait dire : Monsieur, en parlant au maître;, qu'il fallait, en parlant à des personnages, des magistrats, à de vénérables et scientifiques personnes, à des régents de théologie, des docteurs, des clercs, fléchir de temps en temps le genou ; qu'il ne fallait point parler des dents, qu'il ne fallait point se gratter la tête, qu'il ne fallait point gesticuler, qu'il ne fallait point tenir les pieds écartés, ni se pencher tantôt sur une jambe, tantôt sur l'autre. J'entendais souvent à table les maîtres crier aux nouveaux venus : Poculum a dextris! ad lœvam panis ! Le verre à droite! le pain à gauche î II arrivait à déjeunes villageois de ne pas toujours baisser les yeux quand ils buvaient; si les maîtres le remarquaient, ils leur criaient : Bibere intortis o cuits iUiberale est ! Et de même le principal criait à ces gros villageois qui ne savent rien dire, mais

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qui mangent admirablement bien et ne se taillent guère de petits morceaux: Carnem minutim in quadra dissere! Au jeu, vous auriez continuellement entendu : Absit dolus, absit mendaciuml Là aussi j'appris à mes dépens qu'on ne devait point parler au lit. Un soir, je voulus demander à mon ami si le lendemain nous irions aux champs : In cubiculo laudatur silentium fut toute sa réponse.

Les bourses. — J'étais en rhétorique lorsque la mer engloutit mon père avec toute sa fortune; ma mère se retira à Saint-Flour, et une sœur de mon père me fit entrer au collège de Montaigu, qui est le collège des pauvres. Ce nom de Montaigu me fit trembler, et ce n'était pas sans rai-» son; mais tout de suite il fallut marcher. Bientôt nous arrivons. Une porte grillée, une espèce de porte de prison s'ouvre. Nous entrons; on nous présente au principal ou père des pauvres. C'est, lui dit l'ami de mon père, un jeune garçon qui est né de légitime mariage et qui est sans fortune. — Il est bien délicat, lui dit le père des pauvres. — Oh! Monsieur, lui répondit l'ami de mon père, il le paraît; il ne l'est pas. Nous allâmes nous présenter au prieur des

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Chartreux, qui fronça le sourcil lorsque l'ami de mon père, auquel il fit la même objection, lui fit la même réponse. L'admission fut confirmée. Nous allâmes la porter au pénitencier de Notre-Dame; celui-ci, accoutumé aux figures pales ou maigres, donna son visa sans objection. Nous retournâmes à Montaigu ; l'ami de mon père me remit au père des pauvres; il sortit ; la porte grillée se referma, et je me trouvai, comme un pinson nouvellement pris, dans une grande cage de hautes murailles noires, qui ne me laissa aucun espoir d'évasion.

Presque aussitôt, j'y devins de la couleur des autres oiseaux; je veux dire qu'on m'ôfa mes habits de ville, et qu'on me revêtit d'une vilaine petite cape de drap tannée qui a fait donner aux écoliers de ce collège le nom de capettes.

Quelle vie, Monsieur, que celle des capettes de Montaigu! Tous les jours, n'importe la saison, nous nous levions à quatre heures du matin p >ur aller à la chapelle chanter les matines. Ensuite, à déjeuner: du pain, à dîner : un potage aux herbes et un plat de fèves, ou bien un plat de pommes cuites, ou bien un œuf, ou bien la moitié d'un hareng; jamais de viande, jamais de

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vin; toujours étudier ou prier; pour la moindre faute, les punitions les plus rigoureuses. L'ombre du terrible principal Tempête semble se promener encore sous les lugubres portiques des cours; et, la nuit, il semble qu'on la rencontre quand on rencontre le père des pauvres marchant en silence, armé de sa lanterne de voleur, qui, à volonté, éclaire, n'éclaire qu'à demi, n'éclaire pas.

On se lasse d'être bien, à plus forte raison d'être mal ; toutefois je pris patience jusqu'aux vacances; mais alors, un après-midi qu'il faisait chaud, que le portier avait laissé par hasard ouverte la porte, à laquelle il tournait le dos, je m'enfuis si subtilement et si vite, qu'il lui fut impossible de m'atteindre.

Je gagnai la campagne par le côté par où l'on devait le moins me poursuivre, par la porte Saint-Denis.

Dès ce moment, je redevins heureux. Il serait trop long maintenant de vous dire comment, suivant la plus ou moins longue persistance de mon goût pour la bière, pour le cidre, pour le vin, pour le vin de l'Orléanais, du Languedoc, de la Provence, je fis du Nord au Midi, en qua-

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Jité de boursier, un plus ou moins grand nombre de classes dans divers collèges; commençant et recommençant mes cours, tantôt sous le titre d'un pauvre écolier qui ne pouvait terminer ses études sans réclamer les fonds obituaires affectés à ce genre de secours, tantôt sous le titre de nouveau converti, tantôt sous le titre d'étudiant suisse entretenu par le roi; ici, sous le titre d'écolier qu'on avait retenu prisonnier chez les nations avec lesquelles nous étions en guerre, là, sous le titre de vieux gendarme qui se destine aux ordres; là encore sous le titre d'un des enfants de la nourrice du roi; plus loin sous un autre titre, et plus loin sous un autre...

Comment à Toulouse, ayant été nommé boursier, ou, ainsi qu'on dit dans cette ville, collégiat au collège de Foix, qui était bien aussi, comme celui de Montaigu et comme tous les anciens collèges, une noire souricière, toutefois avec cette grande différence que toujours la porte en était ouverte, j'y faisais depuis plusieurs années, notamment à ce collège, bonne chère, chère lie.

Mais je vous dirai seulement comment, après la cessation de nos discordes civiles, la paix

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ayant ramené l'ordre, je fus dépossédé de ma bourse.

Mes camarades et moi nous allions au collège de l'Esquile ou de la Cloche. Un jour, le régent de philosophie me fit appeler; il savait que mon nom de baptême était Jean, et il me croyait Parisien. — Jean de Paris, me dit-il, tout le monde vous en veut de manger depuis longtemps le pain des enfants de dix ou douze ans, dont vous tenez dérisoirement la place, et votre régent, qui pourrait être votre fils, même absolument votre petit-fils, est résolu de vous fairebaisser en public les chausses, la première fois que vous ne saurez pas votre leçon. — Je me mis à rire. — Jean de Paris, reprit-il avec un air plus sérieux, sachez, puisque vous ne le savez pas, que c'est de nos jours seulement que, par une concession qu'a faite l'ancien usage des grandes écoles aux progrès de la civilité, on ne donne plus le fouet aux étudiants des facultés de théologie, de droit canon, de droit civil, de médecine; mais que, dans la faculté des arts de nos universités, vous en êtes continuellement témoin, on le donne toujours fort et ferme. Et, à votre occasion, Ton veut le donner plus fort,

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plus ferme, sans distinction ni de taille ni d'âge. Maintenant voici ce qui me reste à vous dire.

Les grades. — Jamais le fouet n'est entré dans ma classe, j'en ai rendu exempts mes plus petits comme mes plus grands philosophes; inscrivezvous, et vous ne risquez plus rien que d'avoir des grades. — Mais, lui dis-je, il faut que je vive. — Oh! me répondit-il, on y a pourvu : démettez-vous de votre bourse de grammairien au collège de Foix, et tout de suite on vous nommera boursier philosophe au collège deMaguelone. — Maître, je crains la contention d'esprit. — -Bon! on n'apprend en philosophie que ce qu'on apprenait, ily a je ne sais combien d'années ou de siècles, savoir : pendant le premier cours, les institutions de Porphyre, la logique d'Aristote; et, pendant le second, sa physique, sa métaphysique, le traité de la sphère, les éléments d'Euclide. — Ah ! j'aimerais mieux avoir le fouet que d'apprendre les mathématiques — N'ayez peur; maintenant on n'en tient plus aussi grand compte dans l'instruction publique. Voyez Charpentier, régent de mathématiques au collège royal, qui n'en savait pas un seul mot, et qui, par arrêt du Conseil d'état, a été

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maintenu dans sa chaire. — Maître, je crains aussi les arguments; à mon âge, les contestations, sous quelque forme qu'elles soient, font du mal; j'entends ne pas argumenter. — Vous n'argumenterez pas. — Ni monter sur le pupitre, ni être augmenté. — Vous ne monterez pas sur le pupitre, vous ne serez pas augmenté; vous écouterez seulement, et même vous n'écouterez pas si cela vous fait du mal ; ensuite, à la fin des cours, vous ferez une thèse de logique, de morale, ensuite une de mathématiques, de physique, de métaphysique, qui sera la table des matières que vous aurez apprises, que vous serez censé avoir apprises, ou vous ne la ferez pas; vous la dédierez au viguier, au juge mage, ou, comme dit la chanson,

« Au capitani do lo basoche

<( Que n'o pas un hardit en poche »,

ou vous ne la dédierez pas; vous la soutiendrez, ou vous ne la soutiendrez pas. Si, d'ailleurs, vous en avez envie, vous serez gradué par bénéfice d'âge, sans rien savoir, ou, si vous n'en avez pas envie, vous ne le serez pas.

Je passai du collège de Foix au collège de

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Maguelone; je suis encore à comprendre comment je n'y mourus pas de faim. Je vous ai déjà dit : Quel collège que celui de Montaigu! je vous dirai maintenant : Quel cuisinier que celui du collège de Maguelone! Notre dîner de huit heures et demie du matin ne valait pas un déjeuner. On nous nourrissait d'après le traité du médecin Dubois, au meilleur marché. Je ne pus y tenir que cinq ou six semaines. A la septième, je m'enfuis et du collège et de Toulouse. Je sortis par la porte de Montoulieu, qui, si je ne me trompe, est la porte du nord, non pour éviter les poursuites, mais pour prendre la route de Paris, où j'arrivai frais, gaillard et content.

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