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cent à ne pas discuter les faits convenus de part et d'autre avant l'audience, à ne discuter que les conséquences.
Maintenant, voyez derrière les avocats d'autres gens en robe qui les talonnent, qui leur parlent continuellement à l'oreille, qui ont, sinon une mine aussi guerrière, du moins un air aussi animé, aussi mutin, qui ont comme eux la robe noire, le bonnet noir, mais qui n'ont pas comme eux le chaperon fourré.
Ce sont les procureurs. — Ils ne peuvent prendre la parole que dans les petites causes ; et vous les voyez, dans les grandes, comme à la guerre lorsque le feu est très vif et que la seconde ligne charge les armes de la première, souffler aux oreilles des avocats de nouvelles raisons, de nouveaux moyens de droit ou de ruse.
Tout ainsi que les avocats ont été honorés par les nouvelles lois, qui ont voulu qu'ils tinssent la place des juges récusés, absents, tout ainsi les procureurs ont été honorés par les nouvelles lois, qui ont établi leurs mercuriales, leurs solennelles séances de louange et de blâme; mais les nouvelles lois ne les ont pas honorés lorsqu'elles ont pris au sérieux
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Le monelegue du robin Lequau a perdu son proucez, Translatât de grec en francez, Etdi francez en bel latin, Et peux di qui in poitevin ;
lorsque, ayant peur de leurs ongles, elles font taxer leurs honoraires par les juges; lorsque, ayant peur de leur bec, elles les traitent impoliment de corbineurs, leur défendre d'aller corbiner au-devant des messagers chargés des sacs des procès.
Messire, a continué, après une petite pause, l'avocat de Toulouse, en est-il dans votre Espagne comme dans notre France? Les procureurs, les plaideurs, sont-ils à genoux devant les juges quand on plaide leurs procès? Et, sans me donner le temps de lui répondre, il a ajouté : Vous êtes sans doute impatient de savoir quels sont ces hommes aussi à genoux derrière les plaideurs?
Ce sont les solliciteurs. — Nos lois font souvent mention des solliciteurs, qui, lorsqu'ils marchent ou parlent, ont le pied, la langue, si mobiles. Véritablement dans le mouvement et l'action du procès, ils deviennent quelquefois fort utiles ; quelquefois ils deviennent aussi fort
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inutiles; quelquefois ils sont le cocher, quelquefois la mouche du coche.
Messire, a poursuivi l'avocat de Toulouse, puisque vous et moi nous nous sommes accordés à considérer la magistrature comme une milice, nous pouvons à toute force comparera la cavalerie les juges montés, assis sur leurs sièges, à l'infanterie les avocats, les procureurs, les solliciteurs.
Mais, dans les diverses parties de la magistrature, n'y a-t-il pas des gens que nous puissions comparer aux gardes de l'artillerie? Il y en a : ce sont ceux qui écrivent les jugements rendus par les juges.
Ce sont les greffiers. — En effet, les jugements sont l'artillerie de la justice et les greffiers en sont les dépositaires.
Autrefois les greffiers étaient fort nombreux; ils le sont aujourd'hui davantage. Nous avons des greffiers civils tant et plus, des clercs de greffiers civils en titre d'office tant et plus; des greffiers criminels tant et plus, des clercs de greffiers criminels en titre d'office tant et plus; tant et plus de greffiers de parquet, de greffiers gardesac, de greffiers de l'écritoire, de greffiers des
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présentations, de greffiers des notifications poulies retraits, de greffiers de finances, de greffiers de tailles ; tant et plus de divers autres greffiers. Voyez leurs rangs continuellement s'allonger, s'élargir, s'épaissir.
Dans les armées, il y a des trompettes, des tambours pour rassembler les soldats : ny en a-t-il pas aussi dans la milice de la justice pour rassembler les juges, les avocats, les procureurs et les plaideurs? Il y en a aussi :
Ce sont les huissiers. — Les voilà oui entourent l'auditoire. N'est-ce pas qu'ils sont beaux à voir avec leurs papiers dans une main, leur verge ferrée d'argent dans l'autre, leur épée au côté, leur écusson de France pendu à la ceinture? Je crois que, s'ils étaient réunis, ils seraient deuxfoisplus nombreux que l'infanterie française.
Vous me faites encore une autre question, et c'est la dernière, m'a dit l'avocat de Toulouse, dont le discours, comme les notes de la fin d'un air, tendait vers la tonique ; vous me demandez si, de même que dans les armées, il n'y a pas dans les milices de la justice des gens qui ne combattent pas, mais qui sont nécessaires aux
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combattants, qui leur fournissent les munitions; s'il n'y a pas des munitionnaires? Il y en a de même :
Ce sont les notaires. — Et, en effet, bien qu'ils n'aient pas séance à l'audience des cours, bien que jamais ils n'y parlent, il n'en est pas moins vrai que ce sont eux qui font parler les avocats et les procureurs, qui font courir les huissiers, écrire les greffiers et juger les juges; car presque tous les procès naissent de la diverse manière d'interpréter les clauses de leurs actes.
Voyez-les, je vous prie, voyez sortir de leur fraise toujours bien blanche, toujours bien plissée, leur visage fleuri, jovial, content et satisfait; ce n'est cependant pas aujourd'hui frérie de la Saint-Jean, fête du plus ancien notaire qui soit en Paradis.
Est-ce qu'ils auraient oublié qu'on dit le cabinet des avocats, l'étude des procureurs, qu'on dit la boutique, qu'ils disent eux-mêmes comme aux derniers siècles la boutique des notaires? Non; c'est qu'ils pensent qu'en Dauphiné les ordonnances ont grand'peine à empêcher les nobles de se faire notaires, et que, s'il y a des états plus honorés, il n'y en a pas de plus honorable-
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Est-ce qu'ils auraient oublié que les juges qui les ont examinés, institués, peuvent les mander, les admonester, les suspendre? Non; c'est qu'ils pensent que chaque peau de parchemin leur vaut un demi-écu, outre leurs vacations, tandis que les conseillers aux parlements, presque aussi mal payés qu'avant la découverte des mines d'Amérique, n'ont guère que quinze, vingt sous par jour, dont ils donnent, je ne sais si c'est par fierté, je ne sais si c'est par honte, la quittance en latin; tandis que les conseillers aux présidiaux n'ont que cinq sous par jour; tandis que les juges royaux, du moins certains juges royaux, n'ont que trois liards, n'ont qu'un liard par jour.
Est-ce qu'ils auraient oublié que, s'ils font un faux, ils ont le poing coupé? Non; c'est qu'ils se disentque tout homme qui, avec un bonnet noir, une robe noire, un cabas rempli de papiers, voudrait, autre part qu'aux mariages des comédies, faire le notaire, serait pendu.
Est-ce qu'ils auraient oublié qu'ils ont été divisés en trois classes, en notaires pour recevoir les actes, en tabellions pour donner les grosses, les expéditions, les extraits des actes des notaire
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vivants, en garde-notes, en collationnaires, pour donner les grosses, les expéditions, les extraits des actes des notaires morts? Non; c'est qu'ils pensent qu'ayant presque partout échappé à cette fiscale mutilation de leur état, ils en triomphent en tête de leurs actes : « Par-devant nous, notaire, tabellion, garde-note, ont comparu... »
Est-ce qu'ils auraient oublié qu'ils sont déjà cent à Paris, quarante à Bordeaux, vingt à Tours, douze à Sens, et, à proportion, autant dans les autres villes? que ce grand nombre peut encore devenir plus grand? Non; c'est qu'ils savent que les seigneurs ne peuvent donner plus de commissions de notaire qu'en portent les titres de leur terre; c'est qu'ils se croient sûrs que les parlements, les états provinciaux, ne cessent et ne cesseront de s'opposer à la création de nouveaux offices.
Est-ce qu'ils auraient oublié que le roi paie en offices de notaire les dépenses de la toilette de la reine, qui porte dix, vingt offices à chaque pendant d'oreille, vingt, quarante à son collier?
La vénalité des offices. — Non; c'est qu'ils n'ignorent pas qu'aujourd'hui une grande partie des dépenses de la maison du roi, ainsi que des
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dépenses de la guerre, de la marine, est acquittée avec les finances des offices vendus, et qu'il est possible que l'argent de l'office d'un président au parlement soit employé aux chausses des valets, aux fers des mules, aussi bien qu'aux diamants, à l'orfèvrerie de la couronne. — Quoi! ai-je dit, ou plutôt me suis-je écrié, les charges, les dignités de votre milice de la justice sont donc vénales? — Oui, vraiment, m'a répondu l'avocat de Toulouse : notre magistrature a donné cent quarante millions à la France pour avoir le droit d'être héréditairement inamovible, fixe, héréditairement laborieuse, appliquée, studieuse, héréditairement grave , sage, intègre; oui, vraiment, elle a rempli plusieurs fois les coffres de l'état, pour avoir, aux premiers nouveaux besoins, le droit de les remplir encore. J'étais étonné, surpris. Messire, a ajouté l'avocat de Toulouse, en reprenant le chemin de la ville, croyez ce que je vous dis. Je dois être, sans doute, et je suis l'avocat des juges aussi bien que des plaideurs ; mais, surtout en ce moment, je dois être et je suis l'avocat de la vérité.
Lorsque j'étais roi de l'école... (page 8-1)