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I. — LES AUBERGES FRANÇAISES

Je me suis surtout aperçu que j'avais passé les Pyrénées, lorsque je suis entré dans les auberges. Quelles bonnes, quelles excellentes auberges! On y est aussi bien et mieux que chez soi. Quelle différence avec les auberges de l'Espagne, où l'on est obligé de tout porter, excepté l'huile, le vinaigre et le sel !

Ici, tous les aubergistes, tous les cabaretiers, tous les taverniers, ont des lettres du roi.

Ici, toutes les maisons où l'on donne à coucher, à manger, portent, écrit en gros caractères :

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Hostellerie, cabaret, taverne par la permission du roi.

Les auberges des voyageurs à pied. — Ici, il y a des auberges où l'on ne loge que les gens à pied.

On lit sur la principale porte, en gros caractères : Dînée du voyageur à pied, six sols ; couchée du voyageur à pied, huit sols.

Les auberges des voyageurs à cheval. — Ici, il y a aussi des auberges où l'on ne loge que les gens à cheval.

On lit sur la principale porte, en gros caractères : Dînée du voyageur à cheval , dou^e sols; couchée du voyageur à cheval, vingt sols.

Un voyageur à pied voudrait dîner, souper splendidement comme un voyageur à cheval, il ne le pourrait; un voyageur à cheval voudrait dîner, souper sobrement comme un voyageur à pied, il ne le pourrait non plus. Les lois françaises empêchent l'un de trop dépenser, l'autre de ne pas dépenser assez.

Les repues. — Je note que les auberges marquées pour le dîner des voyageurs, où quelquefois l'on est traité assez peu chrétiennement, où Ton est quelquefois exposé à mettre sous sa

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fourchette du corbeau, du serpent, du cheval, et d'autres viandes de cette espèce, que, depuis quelques années, le siège de Sancerre a ajoutées aux aliments en usage, sont, dans les itinéraires, nommées repues.

Les gîtes. — Et que les auberges où l'on couche y sont nommées gîtes. J'ai trouvé celles-ci incomparablement meilleures : vastes écuries, vastes remises, vastes cuisines, vastes salles, grandes tables, grands feux, belle vaisselle d'argent, beaux lits de soie. La magnificence de ces auberges s'annonce même à l'enseigne, pendue sous de beaux grillages dorés.

Je pensais, et je devais naturellement penser, que les troncs pour les pauvres étaient plus pleins dans les gîtes que dans les repues; j'ai appris que c'était le contraire. Peut-être, dans la nature humaine, midi est-il une meilleure heure d'aumône que l'heure où l'on se couche, où l'on se lève.

Les aubergistes. — On dit que les Français sont les plus polis des hommes; on devrait ajouter que les aubergistes sont les plus polis des Français. Dès que vous entrez dans une auberge, vous êtes accueilli par la gracieuse figure

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de votre ami. A la vérité, quand ensuite vous ne pavez pas votre dépense, l'aubergiste vous fait conduire tout droit en prison, ou du moins vous fait saisir votre cheval; mais aussi pourquoi, sans argent, se mettre en voyage?

Depuis quelques années les aubergistes sont fort imposés; ils vous le disent. Plusieurs, à cause des services qu'eux ou leurs prédécesseurs ont rendus à l'Etat, sont francs d'impôts; ils vous le disent encore plus volontiers.

Maintenant les aubergistes ne vous désarment plus ; et, ce qui est bien autrement important, ils ne sont plus maintenant divisés en royalistes et en ligueurs. Vous n'êtes plus obligé, quand vous arrivez dans une ville, de réformer vos opinions suivant que l'enseigne de l'auberge où vous allez loger représente Henri III, le duc de Guise, l'écusson de France, la croix de Lorraine.

Voyez-vous dans la plaine?... (page 19)

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