CHAPELIERS
J'ai rencontré aujourd'hui, dernier dimanche de carnaval, maître Jacques, chapelier de ma connaissance : il avait l'air fort triste : Q'avez-vous ? lui ai-je dit; il semble que nous soyons déjà à la plus rigoureuse semaine du carême. Ah ! s'est-il écrié avec douleur, nous ne feutrons plus ni en castor **, ni en lièvre, ni en laine , ni d'aucune manière. On
5o XIVe SIÈCLE.
ne veut plus aujourd'hui de ces beaux grands chapeaux à roue, ornés de rubans et de plumes52 qui paraient toutes les salles d'assemblée , toutes les réunions; on ne veut que des chaperons. Maintenant tout le monde est coiffé de drap 53 ; et , pour ne pas abandonner mon état , je me suis fait tailleur. Les chapeliers, a-t-il ajouté, sont réduits aux deux moindres parties de leur fabrication : les gants de laine, les bonnets tissus ou cousus54; ils ne sont plus que gantiers ou bonnetiers , bien qu'ils continuent à s'appeler chapeliers. Il n'y a plus de chapeliers, puisqu'il n'y a plus de chapels.
L'étymologie donnée par maître Jacques est bonne: chapel, ou plutôt capel, comme on disait autrefois, vient de cap , cap vient de caput.