‹ Histoire des Français des diverses états (volume 2)Chapitre 59 sur 96 · TANNEURS · texte numérisé non relu

TANNEURS

Un grand chasseur, qui vivait dans les temps voisins du déluge, ayant pendant plusieurs jours poursuivi des bêtes fauves, eut les pieds blessés; il s'avisa de les envelopper dans les peaux des bêtes qu'il avait tuées. Son fils, qui eut les pieds plus délicats, adoucit avec de la graisse la chaussure qu'avait inventée son père; son petit-fils, qui eut les pieds encore plus délicats, fit une chaussure de peau comme son grand-père et la graissa comme son père, mais ne la trouvant pas assez forte ni assez douce, il la doubla de tendres écorces d'arbres. Quelle fut sa surprise quand il s'aperçut que le tissu de la peau de sa chaussure s'était dégorgé de la lymphe et de la graisse, et s'était gonflé des parties d'écorce brisées par le mouvement de la marche. Il continua à se servir de ces chaussures qui s'amélioraient par l'usage. Ses petits-fils parvinrent à faire encore mieux; ils broyèrent des écorces, mirent les peaux débourrées, nettoyées dans cette poudre, afin quelles en fussent mieux pénétrées, et l'art de tanner fut découvert. Cet art s'étant rap dément propagé, les divers procédés en furent

successivement perfectionnés. Aujourd'hui on commence par le dernier ; c'est-à-dire qu'on débourre les peaux au moyen d'un lait de chaux3°7, dans lequel elle demeurent jusqu'à ce que le poil, ébranlé dans ses racines, en soit facilement arraché. Ensuite on les couche dans une cuve où on les range entre des assises de tan ou poudre d'écorce de chêne. On les y laisse plus ou moins, suivant la diverse qualités des cuirs303.

On les presse, on les étire3o;, c'est-à-dire qu'au moyen d'un instrument de métal on les rend d'une épaisseur partout égale : enfin on les lisse: voilà pour le cuir fort, le cuir de bœuf. Le cuir mince, destiné aux empeignes de souliers ou aux tiges de bottines, est fabriqué différemment; on le fait tournoyer, avec un bâton dans un bain d'eau chaude mêlée de poudre de tan : on le coudre310.

Le corroyage ou l'opération par laquelle le cuir est engraissé et adouci se fait au moyen du suif et de l'huile3".

On donne au cuir diverses façons; avec la pomelle on l'adoucit, on l'unit: avec des instrumens de fer on lui donne le grain ' .

On teint aussi les cuirs ; on leur donne toutes sortes de couleurs32.

L'art de tanner, ou du moins l'art de bien tanner nous est incontestablement venu de l'Espagne. Il est entré par Toulouse3'4; aujourd'hui nous tan-

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nons des peaux debufïle, de cerf , de chien", toutes sores de peaux.

Tanneur, tannerie, tan : ce mot est bien court , il est peut-être un des débris d'un ancien mot plus long que nous ne connaissons plus.

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