TISSERANDS EN FIL
Ces jours-ci j'étais un peu triste, un peu mélancolique, un peu malade ; le gardien me dit : Voulez-vous venir à l'abbaye des Bernardines , avec le frère Simon ? vous ferez sous-diacre à la grand'messe ; vous chanterez l'épître , les graduels, les proses : cela vous distraira. J'acceptai : au sortir de la sacristie, madame l'abbesse nous fit servir un grand déjeûner au parloir. Elle y vint quelque temps après. Je ne sais plus à quel sujet il fut question
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d'arts mécaniques ; tant y a que frère gardien dit que je m'en occupais quelquefois. Aussitôt l'abbessc donna ordre, avec beaucoup de vivacité , qu'on appelât Vincent. Un moment après , il entra un homme d'environ quarante ans. Frère Aubin , me dit labbesse, voilà maître Vincent qui , étant devenu veuf, désire d'être frère convers de l'abbaye33'; il se chargerait de conduire le tissage , ainsi que l'apprêt de nos toiles et de nos étoffes : veuillez l'interroger un peu et vous assurer qu'il est en état d'occuper cet emploi.
Ce bonhomme, à qui je fis quelques questions sur les toiles , me répondit fort posément et sans se troubler.
Il dit d'abord que le tissage des toiles était le plus simple et le plus facile.
Il parla ensuite des boucrans , des boucassins , des futaines339, du coutil340 , du linge ouvré34'.
Il parcourut tous les procédés du blanchiment à l'étendage , à la rosée342.
Il décrit avec beaucoup de netteté les opérations pour teindre343, pour cirer34' les toiles.
Suivant lui , nos plus belles toiles sont celles de Rennes. Le feu roi Charles -le-Sage n'en trouva pas de plus belles pour offrir au Soudan d'Egypte3^,
Le frère gardien ayant demandé quel était le prix île la toile , Vincent lui répondit queTaune de bonne îoile valait trois sous quatre deniers 34<5 et, ajoutait- il ;
ce n'est pas trop , puisque la livre de fil coûte seize deniers M?.