LIVBE VI, CHAPITRE VI. S
roi Chilpéric, pour demander à être remis en possession de Fautorité que son père avait exercée sur les Francs occidentaux. Pour toute réponse Raghenfrid le fit sommer, au nom du roi, de se préparer à subir le jugement de Dieu le lendemain, pour que la puissance divine décidât à qui appartiendrait le royaume des Francs. La bataille fut livrée le 21 mars 717; elle fut très-cruelle, disent les chroniques, et l'on combattit longtemps avant de savoir à qui resterait la victoire. Les Neustriens, qui étaient de beaucoup supérieurs en nombre, succombèrent enfin; Raghenfrid prit la fuite avec le roi Chilpéric; Charles les poursuivit Tépée dans les reins jusque sous les murs de Paris ^.
Un des résultats de la victoire de Vincy fut d'arracher à Plectrude la mairie du palais d'Austrasie et ce qui lui restait du trésor de Pépin *. L'Austrasie n'avait point de roi ; Charles Martel lui en donna un dans la personne de Chlotaire IV, mérovingien obscur et douteux ^. Aux yeux des Neustriens, Chilpéric II
1 Succedenti tempore Carlus commoto exercitu, contra Chilpericum et Raganfridum direxit. Bellum inierunt die Dominica in Quadragesima, duodecîmo Calendas Âprilis, in loco nuncupato Vinciaco, in pago Caméracensi, nimia csede invicem conlisi sunt. Chilpericus et Raganfridus devicti in fugam lapsi terga vertentes evaserunt, quos Carlus persecutus, usque Parisius civitatem properavit [Contin. Fredegarii Chronic,,e, 406; Recueil des historiens des Gaules et de France, 1. 1, p. 453.)
* Deinde coloniam urbem reversus ipsam civitatem cepit reseralam., Plechtrudis theraunis patris sui ei reddidit, et cuncta dominio suo restituit. (Fredeg. Chron. contin., c. 107.)
3 Regem sibi constituit nomine Chlotarium. (Ibidem.)
2i HISTOIRE DES FRANCS DAUSTRASIE.
était le souverain légitime de la monarchie entière, et Raghenfrid le maire du palais des deux royaumes. Celui-ci aurait bien voulu réaliser cette fiction, mais depuis la bataille de Vincy, il devait craindre, au contraire, que le roi et le maire du palais d'Austrasie n'étendissent leur puissance sur la Neustrie même. Cette crainte lui fit chercher un appui dans le Midi ; il fit alliance avec le plus puissant des ducs de ce pays, avec Eudon, qu'il avait combattu peu de temps auparavant *.
Presque tous les historiens ont considéré Eudes ou Eudon, duc d'Aquitaine, comme petit-fils de Charibert, frère de Dagobert !•'. Cette généalogie était fondée sur la charte d'Alaon, publiée par Dom Vaissette *, et dans laquelle il est dit qu'à la mort de Chilpéric, fils de Charibert, le roi Dagobert donna l'Aquitaine à Boggis et à Bertrand, frères de Chilpéric ; que Boggis et Bertrand étaient fils de Charibert et de Gisèle, fille d'Amand duc de Gascogne ; qu'Eudon, fils de Boggis, posséda à titre héréditaire d'abord une partie de l'Aquitaine et puis l'autre partie, ayant recueilli la succession de Bertrand, son oncle, qui fut abandonnée par saint Hubert, évêque de Ton-
1 Ghilpericus et Raganfridus legationcm ad Eudonem dirigunt, ejus auxilium postulantes rogant, regnum et munera tradunt. (Ibid.)
* L'Histoire du Languedoc par Dom Vaissette, 5 volumes in-fo, dont on a publié une nouvelle édition, enrichie de notes et d'additions, est le principalouvrage qui traite de l'histoire d'Aquitaine. Il a servi de base à Texeellent abrégé publié par M. Fauriel, dans son Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains.