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gres ou de Liège, fils unique de Bertrand. Bien que cette charte, donnée à Compiègne par Charles le Chauve, le 21 janvier 845, ait été attaquée comme suspecte, M. Fauriel Ta néanmoins reproduite dans l'appendice du tome III de son Histoire de la Gaule méridionale, et Ta fait suivre de considérations destinées à prouver l'exactitude de son contenu. Mais des recherches nouvelles ont démontré le peu de fondement de cette prétention; les arguments de M. Fauriel ont été si victorieusement combattus par M. Rabanis, que l'opinion de ce dernier est aujourd'hui généralement préférée ^. L'origine d'Eudon est inconnue; il apparaît dans l'histoire comme un duc ou un gouverneur ordinaire, qui s'est rendu indépendant à la faveur des troubles.
VII. — Après la bataille de Vincy, Raghenfrid et Eudon réunirent leurs armées, qui étaient considérables mais composées d'éléments divers, tandis que celle des Austrasiens formait un corps national, le plus compacte et le plus robuste de l'Europe. « Le peuple tout entier, dit M. Henri Martin, n'était qu'une armée, se personnifiant dans le plus grand homme de guerre que l'Occident eût vu naître depuis Chlovis *. » A la tète de cette vaillante nation, Charles courut au devant de l'armée neustro-aquitaine et la rencontra sur les rives de l'Aisne, près
* Les Mérovingiens d'Aquitaine ou Essai historique et critique sur la charte d'Alaon, 2» édit., 1856.
• Histoire de France, t. H, p. 180.
de la ville de Soissons. Le choc fut terrible; celle masse confuse se débanda à la première charge des Austrasiens, et il fut impossible de la rallier. Vaincus, *mis en déroute, les alliés firent ce qu'on appelle poliment une retraite précipitée; Raghenfrid s'enfuit vers la Seine inférieure ; Eudon et Chilpéric prirent le chemin de la Loire ; ils furent poursuivis jusqu'à Orléans.
A partir de ce moment, Charles Martel est maître de la monarchie ; il a reconquis la position de Pépin d'Herstal : ce n'est plus un maire du palais, c'est, à proprement parler, un régent. Son roi Chlotaire IV étant mort, vers la fin de l'année 719, il traite avec Chilpéric II ; il offre de le reconnaître comme roi, à condition que Chilpéric, de son côté, le reconnaîtra comme maire du palais dans les trois royaumes. Cette proposition fut acceptée avec empressement, et Charles envoya des ambassadeurs à Eudon, pour recevoir le roi ^. Mais Chilpéric II ne jouit pas longtemps de sa nouvelle position ; il finit ses jours à Attigny dans le courant de l'année suivante. La mort de ce prince ne fit que consolider la puissance de Charles Martel. D'accord avec les grands de Neuslrie, il plaça sur le trône un fils de Dagobert III, nommé Thierry, qui n'était âgé que de sept à huit ans. Le maire du palais devenant ainsi le tuteur du nouveau
* Carolus per missos suos ab Eudone duce idemque praedictum Chilpericum regem recepit. (Fredeg. Contin., c. 407.)
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roi, il n'y avait plus d'obstacle à ce qu'il exerçât le pouvoir royal dans toute sa plénitude.
Cependant la Neustrie n'était pas entièrement pacifiée. L'ancien maire du palais, Raghenfrid, cherchait à raviver des haines mal éteintes. Il se rapprocha de la descendance de Pleclrude, les fils de Drogon, Arnould, Godefroid, et Hugues. Quand Charles Martel fut informé du complot, il fit saisir Arnould et Godefroid, qui furent jetés dans une prison. Godefroid mourut dans les fers peu de temps après *; mais Arnould obtint sa liberté, et Charles Martel lui rendit le gouvernement de la Bourgogne ; il éleva en même temps son frère Hugues à la dignité d'abbé dans le monastère de Fontenelle en Neustrie. Quant à Raghenfrid, qui s'était retranché dans la ville d'Angers, où il espérait recevoir du secours du duc d'Aquitaine, il fut forcé de capituler. Charles le traita avec indulgence ; il lui accorda le gouvernement du comté d'Anjou ; mais il y mit pour condition que le fils de Raghenfrid lui serait donné en otage.
VIII. — Ayant ainsi affermi son pouvoir au-dedans de la Gaule, Charles Martel se mit à la tête d'une armée nombreuse et alla faire reconnaître son autorité par les peuples de la Souabe, de l'Allemanie et de la Bavière. Nous n'avons malheureusement sur ces expéditions lointaines de Charles que des données in-
» Anno 723, duo filii Drogonis ligati, Arnoldus et unus mortuus. (Anliai. Nazariani, ap. Bouquet, t. II, p. 640.)
» HLS70IRE DES FBAXCS D AUSTRISÎE-
suffisantes. >'ous s^vcrs corenJanl q-e les Bavarois se soumirent h sa puissance et lui payèrent une forte rançon. Le vair^/jeur eonc^^^a le duché au troisiènQe fils de Théodon II, nommé H'jgbert ; et, sa femme Rotrude étant morte d^p*jis p.?u de temps, il épousa la fille de Théodon, nommée Swina ou SwanehiMe *. De ce mariage naquit Grifon, dont nous aurons à raconter les démêlés avec ses frères, Carloman et Pépin, fils de Rotrude.
A peine avait-il soumis la Bavière, que Charles Martel fut appelé dans la Gaule méridionale, où Eudon avait levé Fétendard de la révolte. Il franchit la Loire et traversa rapidement l'Aquitaine. Refoulé jusqu'au pied des Pyrénées, Eudon se soumit au vainqueur, dont peu de temps après il fut obligé d'implorer la protection contre les Musulmans.
Le fait d'armes le plus glorieux de la vie de Charles est la bataille de Poitiers, qui lui valut le surnom de Marjel. On en a peut-être exagéré les proportions ; mais on ne saurait estimer trop haut ses résultats. L'Europe occidentale était menacée du joug des Sarrasins; déjà l'Espagne entière leur était soumise; ils avaient franchi les Pyrénées, s'étaient rendus maîtres de Narbonne et avaient subjugué toute la Septi-
^ Succiduis diebus, e?oIuto anni circulo (725), coadunata agminum maltitudine, Rhenum fluYium transiit, Âlamannosque et Suevos lustrât, nsqae Danabium peraccessit, illoque transmeato, fines Bajoarenses occupavit. Sobacta regione illa, tbesauris multis cum matrona quadam nomine Bilitrudc et nepte sua Sonichilde regreditur. (Fredeg, Contin,, c. 108.)