LIVRE IX, CHAPITRE VI
Arrivée au mont Sûntel *, Farinée se trouva en présence de Tennemi. Le camp des Saxons était placé sur le versant septentrional de cette montagne. Théoderic établit le sien du même côté ; mais les Francs orientaux restèrent campés sur la rive même du Weser, qu'ils avaient traversé, c'est-à-dire entre le Weser et le mont Sûntel. Craignant sans doute d'être devancés par Théoderic, ils attaquèrent les Saxons, non pas, dit Éginhard, comme s'ils eussent eu affaire à des gens préparés à les recevoir, mais comme si déjà il n'eût plus fallu que poursuivre des fuyards et ramasser leurs- dépouilles *. Chacun s'abandonna à toute la vitesse de son cheval, et ce fut avec celte fureur aveugle qu'ils fondirent sur les Saxons rangés en bataille devant leur camp. Cette attaque désordonnée eut le résultat qu'il était facile de prévoir : les Francs, entourés par les Saxons, furent taillés en pièces; ceux qui parvinrent à s'échapper arrivèrent en fuyant dans le camp de Théoderic. La perte des Francs fut considérable, moins encore par le nombre que par le rang de ceux qui succombèrent. Les deux lieutenants du roi, Adalgise et Geilon, quatre comtes et vingt des officiers les plus distingués et les plus nobles de
corn his copiis, quas audita Saxonum defectione raptim in Ribuaria congregare potuit. (Ëinh. Annales, 782.)
' Suntal, aujourd'hui Sttndel ou Sûntel, sur la rive septentrionale du Weser, dans la Hesse électorale.
s Non quasi ad hostem in acie stantem, sed quasi ad fugientium terga inseqttenda spoliaque diripienda. (Einh., Annales, 782.)
ttO HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIE.
Tarmée perdirent la vie *. Le versant septentrional du Sûntel est encore appelé de nos jours dos Dachtelfeld, le champ du soufflet.
Cette défaite paraît avoir éteint, pour un moment, en Ghariemagne les sentiments d*humanité qui lui étaient naturels. Il se hâta de rassembler une armée et de se rendre en Saxe pour y exercer de terribles vengeances. Ne pouvant atteindre Witikind, qui était Fauteur principal de Finsurrection, mais qui déjà avait repris le chemin du Nord, il voulut se venger sur les malheureux qui lui avaient servi d'instruments. Ayant réuni les Saxons dans une assemblée générale, il se fit livrer par eux, pour les tuer, ad occidendum, dit la chronique, quatre mille cinq cents hommes qui avaient participé activement à la révolte *. Éginhard avoue ingénument que, par ordre du roi, on leur trancha la tète à tous le même jour. Cette boucherie eut lieu à Verden, près du confluent de l'Aller et du Weser ^.
VIL — Cependant les Saxons ne se tenaient pas pour vaincus sans retour. L'exécution de Verden, loin d'abattre leur courage, n'avait fait que le rani-
> Einh., Ami,, 782. Voir la note de M. Teulet.
* Tune omnes Saxones itenim conYenientes, subdiderunt se sub potestate... d. rege, et reddiderunt omnes malefactores illos, qui ipsud rebellium maxime terminaverunt, ad occidendum, quatuor millia quingentos. (Ann. Laur, maj., 7S2.)
> ... et super Alaram fluvium, in loco qui Ferdi vocatur, iussu régis •mues una die decollati sunt. (Einh., Annales, 783.) Ingentem Saxonum turbam atroci confoditgladio.(i4nn.I.aure»ft.,782.)