LIVRE IX, CHAPITRE VII
mer. L'année suivante (783), leur insurrection fut générale. Charlemagne eut à les combattre d*abord auprès de Detmold ; il en fit un tel carnage qu'à peine quelques-uns purent-ils s'échapper ^ Il se rendit ensuite à Paderborn, où il établit son camp. Il y attendait les troupes qui devaient encore lui venir du pays des Francs, lorsqu'il apprit que les Saxons s'étaient rassemblés sur la Hase, près d'Osnabruck, où ils l'attendaient pour lui livrer bataille. Vivement irrité par celte nouvelle, il réunit les troupes qui venaient d'arriver à celles qu'il avait déjà, partit eu toute hâte, attaqua l'ennemi, et combattit avec la même fureur que la première fois. Les Saxons furent égorgés par milliers ;. les Francs firent un riche butin, et emmenèrent en esclavage un grand nombre de prisonniers *.
Il est évident que depuis la défaite de Sûntel, la guerre contre les Saxons prit un caractère de cruauté qu'elle n'avait pas d'abord. Charlemagne semble avoir résolu de les dompter par la terreur et la misère. En 784, il retourne dans leur pays pour achever de le dévaster. Il traverse le Rhin avec son armée aux environs de Wesel, et après avoir ravagé le territoire des Westfaliens, il s'avance jusqu'au
* Cumque Saxones in eo loco qui Theotmelli Yocatur, ad pugnam se prœparare comperisset, ad eos quanta potuit celeritate contendit; commissoque cum eis prœlio, tanta eos cœde prostraYÎt, ut de innumerabili eomm multitudine perpauci evasisse dicantur. (Einh., Annales, 783,)
* Caesa est eonim infinita multitudo, spoliaque direpta, captivorum qnoque magnus abductus est numéros. (Ibidem,)
Weser. Quand il eut assis son camp sur les bords de ce fleuve, à l'endroit où est aujourd'hui la petite ville de Petersliagen, il vit qu'il ne pouvait pas pénétrer, comme il l'avait résolu, dans la Saxe septentrionale, à cause des grandes inondations survenues à la suite de pluies continuelles. Il tourna alors du côté de la Thuringe et arriva dans les plaines de la Saxe qui s'étendent le long de l'Elbe et de la Sale. Là, il se mit à ravager le territoire des Saxons orientaux et à brûler leurs villages, sans même que cette sauvagerie flit motivée par quelque attaque de l'ennemi ^ Pendant ce temps, son fils Charles qu'il avait laissé avec une partie de l'armée sur la frontière des Westfaliens, eut un engagement de cavalerie avec les Saxons, en tua un grand nombre, dispersa les autres, et revint victorieux retrouver son père à Worms *.
Mais ce n'était point assez : Charlemagne conduisit une nouvelle armée dans le pays correspondant aux comtés de Pirmont et de Schwalenberg, puis il s'avança, en ravageant tout sur son passage, jusqu'à Rinn, au confluent du Weser et de la Werne ; et comme la rigueur de la saison, non moins que les inondations, l'empêchaient de pousser plus loin ses
* Ipse per Thuringiam iter faciens, yenit in campestria Saxonis» qu» Albi atque Sais fluminibus adiacent, depopuîatisque Orientalium Saxonum agris ac villis incensis, de Scahningi... in Firanciam regressus est, (Einh., Arm., 784.)
' KarlUs yero filins ejns... commisso cum eis equestri prœlio, felici ac pfospero eyentu dimicayît ; nam magno eorum numéro interfecto, csteris in difersa fugatis, yictor ad patrem Wormaciam reyersus est. (Ibid.)