‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 12 sur 200 · LIVRE VI, CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE VllI

m^nie gothique; ils avaient ensuite pris Nîmes et Carcassonne, s'étaient avancés au travers de la Bourgogne jusqu'à Autun ; ils venaient enfin de saccager Bordeaux; ils ravageaient le Périgord, la Saintonge, l'Angoumois, le Poitou ; leurs bandes innombrables parcouraient en tous sens les plaines et les montagnes, sans rencontrer la moindre résistance. L'espèce d'armée qu'Eudon avait essayé de leur opposer avait été tellement battue sur la Garonne, que les débris mêmes en avaient disparu et s'étaient fondus dans la masse des populations consternées. Le moment était venu où la Gaule allait subir le même sort que l'Espagne ; c'en était fait de la civilisation et du christianisme, si le vaillant chef des Austrasiens n'était accouru pour les sauver.

A cet immense intérêt de la civilisation occidentale se trouvait lié l'intérêt déjà grand par lui-même de la reconstitution de la monarchie. Charles fut assez heureux pour les faire triompher l'un et l'autre. Ayant réuni toutes les forces des Francs, il entra en campagne vers le milieu de septembre. Selon toutes les probabilités, ce fut à Orléans qu'il passa la Loire ^. Abd-el-Rahman, le chef des Sarrasins, était sous les murs ou aux environs de Tours, lorsqu'il apprit que les Francs s'avançaient à grandes journées. Ne jugeant pas à propos de les attendre dans cette position, dit M. Fauriel, il

1 Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale, t. II, p. 118.

leva aussitôt son camp et recula jusqu'au voisinage de Poitiers, suivi de près par Tennemi qui le cherchait. Les Francs ne tardèrent pas à paraître. Les deux armées s'abordèrent avec un certain mélange de curiosité et d'inquiétude, assez naturel entre des peuples si différents. C'était la première fois que les Francs et les Arabes se trouvaient en présence sur un champ de bataille ; ces derniers n'avaient pas vu jusque-là d'armée en si belle ordonnance, si compacte dans ses rangs, si imposante, tant de guerriers de si haute stature, décorés de si riches baudriers, couverts de si fortes coites de mailles, de boucliers si brillants et ressemblant si bien par l'alignement de leurs files à des murailles de fer *.

Abd-el-Rahman et Charles restèrent une semaine entière, campés ou en bataille, vis-à-vis l'un de l'autre, s'en tenant à des menaces, à des feintes, à des escarmouches; mais au septième ou huitième jour, une action générale et décisive s'engagea. Elle dura toute la journée; les chances du combat se balancèrent entre les deux partis, jusque vers les approches du soir. Alors un corps des Francs pénétra dans le camp ennemi ; il y eut là une mêlée sanglante, où Abd-el-Rahman fut tué avec un grand nombre des siens. Cette circonstance décida du sort de la bataille. La nuit tomba, et le lendemain il n'y avait plus un Arabe à l'horizon ; tous avaient fui dans

> Fauriel, /. c.

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