LIVRE X, CHAPITRE VllI. S
Il y a encore le grand capitulaire d'Aix-la-Chapelle, de Tan 789, dans lequel on trouve un chapitre intitulé : De minûtris altaris Dei, et de schola. Charlemagne, s'adressant aux évêques, leur dit : « Que votre lumière brille devant les hommes ; qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre père, qui est dans les cieux. Que les ministres de Tautel attirent beaucoup d'hommes au service de Dieu ; qu'ils ne s'entourent pas seulement de jeunes gens de condition servile, mais qu'ils s'associent également des fils d'hommes libres, dHngenui * ; qu'on établisse des écoles de lecture pour les enfants ; que les psaumes, les notes, le chant, le calcul, la grammaire, soient enseignés dans tous les monastères et dans tous les évêchés. Mais qu'on ait des livres catholiques bien corrigés, car il arrive souvent qu'on se sert de livres incorrects pour adresser ses prières à Dieu. Ne souffrez pas que vos enfants gâtent les livres, soit en les lisant, soit en les transcrivant. S'il faut écrire un évangile, un psautier, un missel, que l'on confie ce travail à des hommes d'un âge mûr, et qu'ils y mettent toute leur attention ^. »
Enfin la deuxième addition aux livr^ des capitulaires contient un chapitre intitulé De scholis par singulas urbes habendis. Il y est ordonné aux évêques d'établir des écoles, et de préparer et instruire
' Et non solum servilis conditionis infantes, sed etiam ingenuorum filios adgregent sibique socient. {Cap. Aquigr., c. 70; Baluz., t. I,col. 237.) • Ibidem,
,Î80 HISTOIRE DBS FRANCS D ACSTRASIE.
des soldats du Christ pour Futilité de TÉglise ^. De mdme, le troisième canon du concile de Ghâlons*sur-Saône, assemblé en 813, par ordre de lempereur, ordonne aux évêques d'établir des écoles, où les élèves apprendront les bonnes lettres, pour être capables d'instruire les peuples.
Partout et toujours c'est la même pensée, le même but. On voulait que les membres du clergé fussent plus instruits que le commun des hommes, atin d'augmenter l'influence, l'autorité morale qu'ils exerçaient sur le peuple ; mais il n'y a rien dans tous ces documents qui justifie ces assertions répétées par presque tousles historiens que Charlemagne fut le restaurateur des lettres et des sciences, qu'il rétablit les anciennes écoles de la Gaule, l'enseignement public proprement dit, et qu'il donna aux études une impulsion merveilleuse. La vérité est qu'il s'efforça de faire du clergé catholique une caste supérieure par Hntelligence et l'instruction aux autres classes de la société.
IX. — Si après avoir examiné tous les actes émanés du souverain, nous recherchons de quelle manière ils furent interprétés par ceux qui étaient chargés de leur exécution, nous arrivons au même résultat. Cependant il est juste de reconnaître que parmi les )iommes lettrés que Charlemagne avait fait venir à sa
^ Decretimus ut unusquisque episcoporum in scholis habendis, et ad utilitatem ecclesiœ militibus Ghristi prseparandis et educand/s, adhinc jTiajus studium adhiberet. (Baluz., 1. 1, col. 1137.)
LIVUE X, CHAPITRE IX. Ml
CCHIP , il s'en trouva queFqu^-uns qui s'occupèrent sérieusement d'inslructionf. Leidrade, entre autres, à qui l'empereur a^ait confié l'église de Lyon, ne négligea rien pour y introduire quelques éléments de culture intelleotueHe. Il nous est resté une lettre dans laquelle il rend à Cliarlemagne un compte détaillé de ses travaux et de leurs résultats. «J'ai, dit-il, des école» de chantres dont plusieurs sont déjà assez instruits pour pouvoir en instruire d*autres. En outre, j'ai desf écoles de lecteurs qui non-seulement s'acquittent de leurs fonctions dans les offices, mais qui, par la méditation des livres saints, s'assurent les fruits de Tintelligence des choses spirituelles. Quelques-uns peuvent expliquer le sens spirituel des Évangiles; plusieurs ont l'intelligence des prophéties; d'autres, des livres de Salomon, des psaumes et même de Job. J'ai fait aussi tout ce que j'ai pu dans cette Église pour la copie des livres.... *.
On voit qu'il s'agit encore de l'instruction des clercs, exclusivement. Théodulfe seul paraît avoir compris autrement les ordres de l'empereur. Nous avons de lui, sur les devoirs des prêtres, ua capitulaire qu contient entre autres les deux articles suivants :
« Si quelqu'un des prêtres veut envoyer à l'école son neveu, ou tout autre de ses parents, nous lui permettons de l'envoyer à l'église de la Sainte-Croix, ou m monastère de Saint-Aignan, ou de Saint-Benoit,
* Guizot, Histoire de la civilisation en France, 22« leçon.
tSi HISTOIRE DES FRANCS O'AUSTRASIE
OU de Saint-Lifard, ou à tout autre des monastères confiés à notre gouvernement.
« Que les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs et les campagnes ; et si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petits enfants pour leur faire étudier les lettres, qu'ils ne refusent point de les recevoir et de les instruire, mais qu'au contraire ils les enseignent avec une parfaite charité, se souvenant qu'il a été écrit : « Ceux qui auront été savants » brilleront comme les feux du firmament, et ceux » qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la » justice , luiront comme des étoiles dans toute » l'éternité *. » Et qu'en instruisant les enfants, ils n'exigent pour cela aucun prix, et ne reçoivent rien, excepté ce que les parents leur offriront volontairement et par affection *. »
M. Guizot, dont l'impartialité ne saurait être mise en doute, reproduit les deux paragraphes ci-dessus, et voici comment il en apprécie la portée : « Ce dernier article, dit-il, est presque le seul monument de cette époque qui institue positivement un enseignement destiné à d'autres qu'à des clercs. Toutes les mesures soit d'Alcuin, soit de Charlemagne, ont l'éducation littéraire des clercs pour objet ; ici il s'agit des fidèles en général, du peuple ; et non-seulement du peuple des villes, mais du peuple des campagnes, bien plus négligé en fait d'instruction. Rien
1 Daniel, c. XIO. ▼. 3.
■ Theod, capit, $ 49, 20. Hist, Utter,, t. HI, p. 460-462.