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LIVRE X, CHAPITRE IX. S

De nous fait connaître les résultats des recommandations de Théodulfe dans son diocèse, et ils furent probablement à peu près nuls ; mais la tentative mé* rite d'être remarquée *. »

En effet, que pouvait-on attendre de cette tentative isolée d'un évéque, lorsque l'Église professait sans vergogne la haine de l'enseignement public? M. Hauréau cite ces paroles adressées à un évéque par le pape le plus versé dans la connaissance de l'Écriture Sainte, par saint Grégoire le Grand : « Mon frère, j'ai appris, ce que je ne puis répéter sans douleur et sans honte, que vous avez cru devoir enseigner la grammaire à quelques personnes : apprenez combien il est grave, combien il est affreux (quam grave nefandumque) , qu'un évéque traite de ces choses que doit ignorer même un laïque ^. »

A Rome, suivant le même auteur, et dans les pays où dominait l'esprit romain, les souvenirs de l'antiquité païenne étaient exécrés : si l'on recherchait les manuscrits anciens, c'était pour les détruire, ou pour en effacer les caractères et tracer sur le même velin des prières, des légendes sacrées. Alcuin, le savant Alcuin, à qui l'on attribue la fondation de l'école palatine, l'ami et le conseil de Charlemagne, faisait un reproche à l'évêque de Trêves de préférer l'Enéide aux quatre évangélistes ; il craignait que la lecture des grands poètes de l'antiquité ne fit perdre du côté

1 Histoire de la civilisation en France^ 22* leçon.

* Singularités historiques et littéraires, Paris i86i, p. il.

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de la religion ce qu'elle pouvait foire gagner du côté du goût. Il interdit formellement à Técole de Tours, sa plus chère création, la lecture de Virgile : « Vous n'avez pas à vous souiller de sa luxurieuse éloquence, dit-il à ses élèves ; les poètes sacrés vous sufRsent ^ . » Smaragde, qui écrivit une grammaire latine, craignait d'avoir à s'en repentir ; il redoutait la haine des clercs et des moines. « Étrangers, pour la plupart, aux premiers mots de toute science, dit M. Hauréau, négligeant même d'apprendre les prières les plus usuelles, le Pater et le CrevlOy ils justifiaient leur ignorance en l'appelant la foi des simples. Smaragde ne pouvait se dissimuler qu'il allait, en écrivant sur la grammaire, s'exposer aux éclats de leur ressentiment. Il partage donc les ennemis de toute discipline intellectuelle en ^deux catégories. Les uns sont des individus d'un esprit grossier, qui n'éprouvent aucun besoin de s'élever au-dessus de leur native impéritie. Les autres sont des paresseux, qui, s'efforçant de cacher leur indolence sous le masque de la piété, disent qu'il ne s'agit pas de Dieu dans la grammaire, et que c'est un art païen, qu'il faut mépriser, qu'il faut proscrire. Aux premiers, il dédaigne de répondre; mais avec les seconds, qui sont des gens considérables, jouissant dans l'Église d'un grand crédit, il discute, il argumente ; et, pour leur démontrer qu'on peut, sans commettre un acte

> Vita Àlcuini, ap. Frob. I, p. W; Mabillon, sec. IV, p. I, p. 156.

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impie, étudier et pratiquer les règles recueillies par Priscien et par Donat, il rappelle l'exemple des Juifs enlevant aux temples de l'Egypte leurs vases d'or et d'argent, pour en orner l'autel du vrai Dieu. Il va phis loin : il fait aux scrupules de ces dévots une bien étrange concession. Leurs oreilles seraient, disentils, offensées par des exemples choisis dans les œuvres profanes de Virgile et de Cicéron : eh bien ! pour expliquer et justifier les prescriptions didactiques de Donat, il ne citera que des phrases empruntées aux livres saints, aux Pères de l'Église. Ainsi tombera la plus grave objection qu'on ait encore faite à l'étude de la grammaire.

<c Voilà les engagements que prend l'astucieuit écolâtre, dans la préface de son livre. N'est-il pas bien intéressant de voir quelle était, en ce temps-là, l'autorité de l'ignorance, et quelles ruses il fallait employer pour faire brèche à ses retranchements? Eoseigner l'art de parler et d'écrire, elle appelait cela corrompre la jeunesse. Ainsi les libres-penseurs du neuvième siècle, c'étaient les grammairiens ^ »

Le même auteur dit, en parlant de Théodulfe : « Il s'accuse, et, autant qu'il le peut, il s'excuse d'avoir entretenu quelque commerce avec les historiens, les grammairiens, les poètes profanes, Trogues Pompée, c'est-à-dire Justin, Donat, Virgile et Ovide. » Ainsi de tous les savants que Gharlemagne avait fait

^ Hauréau, Singularités historiques et littéraires, p. iOS.

venir de divers pays, il n'en est pas un qui ose avouer hautement sa vocation pour les lettres, son goût pour les travaux intellectuels. L*étude même de la grammaire est une impiété aux yeux de FÉglise, qui, seule, est encore dépositaire de quelques notions de littérature, et qui ne désire rien tant que de les faire disparaître à jamais dans un suprême holocauste.

En résumé, que Gharlemagne recherchât la science pour elle-même, ou qu'il la recherchât dans l'intérêt de son pouvoir et de l'influence ecclésiastique dont il croyait avoir besoin, toujours est-il que s'adressant aux docteurs de l'Église, il ne fit que se fourvoyer. Son amour de l'instruction fut plus nuisible qu'utile à la cause germanique, qui était celle du véritable progrès, de la civilisation future, en un mot, celle de l'avenir. Toutes les études furent dirigées dans le sens du progrès sacerdotal, et le pouvoir de l'Église seul profita de l'augmentation d'influence résultant pour le clergé d'une instruction un peu plus étendue.

X. — L'habitude de vivre entouré de gens d'église, joint à un ardent désir d'apprendre, de tout savoir, eut pour conséquence d'entraîner Gharlemagne sur le terrain de la théologie et de l'engager dans des querelles religieuses, d'où il ne sortit pas toujours triomphant. Exemple : sa discussion avec le pape Adrien sur le culte des images.

Nous avons déjà dit l'émotion produite en Italie par l'hérésie des Iconoclastes et surtout par le décret

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