LIVRE VI, CHAPITRE IX
Arnhem et Nimègue « avec tout ce qu'y possédait Evrard, lorsqu'infidèle au roi des Francs, il s'expatria pour s'associer à ses ennemis : c'est pourquoi dit la charte de donation, tous ses biens sont échus au fisc royal, et le glorieux roi Childebert les a donnés du fisc à Pépin, père du donateur actuel, de qui ce dernier en a acquis la possession par droit héréditaire *. »
Après avoir dompté les Frisons, Charles Martel retourna en Bourgogne ; il entra à Lyon avec son armée, et puis il pénétra dans la Provence jusqu'à Arles et Marseille ^. Il força les grands de ces provinces, qui avaient cru pouvoir se rendre indépendants, à se soumettre à l'autorité des Francs. Il revint ensuite dans son pays ; le chroniqueur dit in sedem priiicipatus sui ^, ce qui ne peut s'entendre que de Jupille oud'Herstal, siège de la famille des Pépins. Il n'y fit pas un long séjour : traversant le Rhin vers le confluent de la Lippe, il entra dans le pays des Saxons, qui prétendaient aussi à l'indépendance nationale ; il ravagea leur pays, les rendit tributaires des Francs et les força à lui livrer des otages ^. Le continuateur de Frédegaire dit encore ici que le
' Mir. Opéra diplom., 1. 1, p. 49i.
* Usque Massiliensem urbem vel Ârelatum suis judicibus constituit. (Fredeg. cont, sec, ap. Bouquet, t. H, p. 466.)
» Fredeg, cont., c. 109.
* Regionem illam diris^mam stravit, gentcmque illam saeyissimam ex parte tributarios esse prsecipit, atque quamplures obsides ab eis accepit, sicque opitulante domino victor remeavit ad propria. (Fredeg, cont., c. 109.)
vainqueur s'en retourna dans ses foyers, remeavitad propria ^ mais comme toujours pour un temps trèscourt ; ce furent les Arabes qui cette fois l'empêchèrent d'y séjourner plus longtemps.
X. — Abd-el-Melek avait succédé, en 734, à Abd-el-Rahman, et avait établi son quartier-général à Narbonne. L'année suivante, il avait passé le Rhône, était entré dans Arles par capitulation, s'était emparé du trésor de la cité, et avait poursuivi ses conquêtes dans la Provence. Plusieurs seigneurs du pays firent alliance avec le chef des Sarrazins ; un duc du nom de Mauronte, l'introduisit par trahison dans la place d'Avignon. Charles Martel résolut, en 737, de porter une seconde fois ses armes contre les ennemis de l'Europe chrétienne. Il se fit précéder de son frère, le duc Hildebrand, chargé de réunir les autres ducs et comtes avec leurs troupes. A leur tête Hildebrand investit la place d'Avignon, et lorsque Charles eut rejoint son frère avec une armée plus nombreuse, ils assiégèrent cette ville et la prirent d'assaut. Les Musulmans qui la défendaient furent passés au fil de l'épée. De là Charles Martel traversant le Rhône avec son armée, alla mettre le siège devant Narbonne. Il établit autour de cette ville, dont l'attaque présentait de grandes difficultés, des ouvrages de circonvallation pour empêcher toute communication avec le dehors. Vainement l'émir de Cordoue, qui avait rassemblé une armée et une flotte, tenta de délivrer Narbonne, en faisant entrer