LIVRE ONZIÈME
I. — M. Guizot a fait un tableau lamentable des désordres qui affligèrent l'Église pendant le septième siècle. i< L'aristocratie épiscopale tomba, dit-il, dans la même corruption, la même anarchie qui s'emparèrent de l'aristocratie civile ; les métropolitains perdirent toute autorité, les simples prêtres toute influence ; beaucoup d'évêques tinrent plus de compte de leur importance comme propriétaires que de leur mission comme chefs de l'Église. Beaucoup de laïques reçurent ou envahirent les évêchés comme de purs domaines. Chacun s'occupa de ses intérêts temporels ou diocésains ; toute unité s'évanouit dans le gouvernement du clergé séculier. L'ordre monastique n'offrait pas un autre aspect ; la règle de saint Benoît y était communément adoptée ; mais aucun lien, aucune administration générale ne liait entre eux les divers établissements; chaque monastère subsistait et se
Jlî HISTOIRE DES FRANCS DAUSTHASIE
gouvernait isolément; en sorte qu*à la fin du sep* tiènne siècle, le régime aristocratique, qui dominait dans rÉglise comme dans TËtat, y était presque aussi désordonné, presque aussi incapable d*enfanter un gouvernement un peu général et régulier *. »
Le même auteur dit encore ailleurs, lorsqu'il représente comme une époque de renaissance pour l'Église celle de Pépin le Bref et de Charlemagne : « Après avoir tout envahi, l'aristocratie épiscopale était elle-même tombée dans une anarchie pleine d'impuissance : presque plus de conciles, presque plus de pouvoir métropolitain, Fégoïsme pénétrait là comme dans la société civile : chaque évêque gouvernaft à son gré son diocèse, despote envers ses inférieurs, indépendant de ses supérie^irset de ses égaux. Jies monastères offraient k peu près les mêmes phénomènes. Si bien qu'à tout prendre, peu avant le milieu du huitième siècle, ce qui dominait au sein de l'Église comme de l'État, dans la Gaule franque, c'était la désorganisation ^. »
La conséquence de ces prémisses, c'est qu'il faut attribuer à Pépin le Bref et à Charlemagne la gloire d'avoir mis fin à une déplorable situation. Il est bien vrai que saint Benoît d'Aniane et Tévêque Chrodegang se sont immortalisés, celui-ci par l'institution des chapitres de chanoines, celui-là en donnant aux
) Histoire de ta ciinhsation en France, t. fl» leç. 19. • ibidem, leç. â6.