‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 2 sur 200 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

I. — Nous avons vu les Francs traverser la forêt charbonnière, s'emparer d'abord de la partie de la Gaule située au nord de la Somme, et puis, franchissant cette limite, étendre leurs conquêtes jusqu'aux Pyrénées. Nous avons également vu l'aristocratie gauloise, transformée en caste sacerdotale, pactiser avec les vainqueurs, les convertir à la foi catholique et s'insinuer dans leurs assemblées nationales, ainsi que dans les conseils des rois. Du rapprochement des deux peuples naquit un ordre social bâtard, qui n'était entièrement conforme ni aux mœurs des Francs, ni à celles des nations gallo-romaines, mais dans lequel les deux éléments, bien qu'ils fussent hétérogènes, vinrent se fondre sous l'action de croyances religieuses habilement exploitées.

Les Francs établis sur le territoire conqui$, s'effor-

cèrent, d'accord avec les chefs du clergé, d'introduire cet ordre social nouveau dans les contrées d'où ils étaient venus et dont la population sans mélange était exclusivement germanique. Les tentatives du parti que nous avons appelé gallo-franc furent une des causes de la lutte qui s'engagea entre l'Autrasie et la Neustrie; toutefois il est juste de reconnaître que l'histoire contient peu de traces de l'opposition des Austrasiens au régime inauguré par le triomphe de ce parti. Les grands furent gagnés sans peine par de larges distributions d'honneurs et de bénéfices ; on en vit même un bon nombre entrer dans les rangs du clergé; et quelques-uns, tels que saint Arnulfe et saint Lantbert ou Lambert, furent mis en possession de hautes dignités ecclésiastiques. La multitude seule eut besoin d'être contrainte ; sa haine se manifesta par le meurtre de quelques missionnaires *; mais que peut la multitude dans un pays où il n'y a point de villes, et presque pas d'agglomérations d'habitants?

La cause principale de l'antagonisme des deux races, fut l'esprit d'envahissement et de conquête qui animait les Francs en général. Les Austrasiens

^ Ainsi périt saint Liévin, qui nous a laissé un témoignage irrécusable des sentiments qui animaient la population du Brabant : « Quand je vis ces peuples, dit-il, le soleil ne brilla plus à mes yeux de sa vive clarté ; je ne vis plus que la nuit autour de moi. C'est dans ce lieu, en effet, que le Brabançon se laisse emporter au mouvement de sa colère barbare, et qu'il me poursuit de ses fureurs sanguinaires. (Vita S, Lnvini episc. et martyr, inter ^cïa S5. ord. S. Betied., t. I, p. 403.).

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