LIVRE VI, CHAPITRE I
se séparèrent des Neustriens, lorsque le siège principal de la royauté fut établi en Neustrie et qu'ils virent leur pays n'être plus qu'une province de la monarchie fondée par leurs aïeux; ils voulurent alors avoir un roi et un gouvernement distincts; mais chaque fois qu'ils trouvaient l'occasion de placer les trois royaumes sous le sceptre du roi d'Austrasie, qui était le leur, ils la saisissaient avec empressement, dans l'espoir sans doute de renouveler les bénéfices de la conquête. Cette malheureuse tendance à la domination et à la cupidité fut fatale aux Francs d'Austrasie ; elle les empêcha de se séparer des pays où l'élément gallo-romain était prédominant ; elle vint singulièrement en aide à ceux qui travaillaient à la destruction de la société germanique.
Cependant sous Pépin d'Herstal les Austrasiens triomphaient ; tous les États des Francs se trouvaient réunis dans les mains d'un maire du palais qui était leur chef et qui vivait au milieu d'eux. Pépin résidait tantôt à Herstal, tantôt à Jupille, deux villas séparées seulement par le cours de la Meuse. Un de ses fidèles, appelé Nortbert,' le représentait en Neustrie. Il y avait bien un roi dans ce pays, mais il était sans pouvoir ; son rôle se bornait à régner. Pépin gouverna le royaume ou plutôt les royaumes des Francs non-seulement sous Thierry III, mais encore pendant les règnes de ses fils et de son petit-fils. Thierry mourut, en 691^ à sa maison de campagne deMau-
mague, sur la rive gauche de TOise. Il laissait deux fils en bas âge, Chlovis et Childebert. Pépin fit proclamer l'aîné sous le nom de Chlovis III, dans les royaumes d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. Ce jeune roi mourut en 695, et son frère, Childebert III, lui fut donné pour successeur. Ce dernier vécut jusqu'en 711 ; il laissa, en mourant, un fils âgé de douze ans, que Pépin et les Francs reconnurent pour roi, sous le nom de Dagobert III. La vie de ces princes mérovingiens est sans intérêt pour l'histoire; c'est à eux sans doute qu'Ëginhard a voulu faire allusion dans ce passage si connu de sa biographie de Charlemagne :
« Quoiqu'on puisse considérer la race mérovingienne comme finissant seulement avec Childeric, dit cet auteur, néanmoins elle était déjà depuis longtemps sans aucune force et n'offrait plus en elle rien d'illustre, si ee n'est le vain titre de roi. Car les moyens et la puissance du gouvernement étaient entre les mains des préfets du palais, que l'on appelait majores domus et à qui appartenait l'administration suprême. Le prince, pour toute prérogative, devait se contenter du seul titre de roi, de sa chevelure flottante, de sa longue barbe et du trône où il s'asseyait pour représenter l'image du monarque, pour donner audience aux ambassadeurs des différents pays et leur notifier, à leur départ, comme l'expression de sa volonté personnelle, des réponses 4iui lui avaient été apprises et souvent même impo-