LIVRE VI, CHAPITRE V
ser ses forces, il marche avec une poignée d'hommes contre Radbod, qui le repousse avec perte, tout en évacuant le pays, ensuite contre Raghenfrid, qui ramenait son armée en Neustrie par la forêt des Ardennes. Il atteint Tarmée neustrienne sur TAmblève, près de Malmedy, et n'hésite pas à l'attaquer. Nous possédons quelques détails sur ce fait d'armes, qui est d'un si haut intérêt pour l'histoire des Francs d'Austrasie.
L'armée de Raghenfrid se dirigeait vers la Neustrie, lorsque Charles Martel l'aperçut dans la plaine d'Amblève. Les Neustriens fatigués avaient déployé leurs tentes, et prenaient leur repas au milieu du jour. Aussitôt il divise sa petite armée en plusieurs corps, auxquels il donne ses instructions ; lui-même se dirige dans la forêt avec cinq cents hommes, gravit la montagne qui domine la villa d'Amblève, et trouve une position qui lui permet de voir tout ce qui passait dans le camp ennemi. Le moment était venu de tenter le sort des armes ; voici comment l'auteur des Annales de Metz rend compte du combat qui ne tarda point à s'engager :
« Charles, considérant du haut de la colline le camp et l'armée des Neustriens, avisait par de prudentes réflexions, comment il pourrait leur faire quelque dommage. L'armée ennemie était immense et couvrait toute la plaine où est située la villa d'Amblève. Or, c'était l'heure du dîner, et comme le temps était chaud, les guerriers de Chilperic prenaient leur
repas sous leurs tentes et sous les ombrageSi Pendant que l'invincible prince, du haut de la colline, porte partout ses regards, un. soldat de son armée s'approche de lui et le prie de lui permettre de jeter le trouble dans le camp des ennemis, en se précipitant seul au milieu d'eux. Le soldat ayant à force de prières obtenu ce qu'il désirait, prend aussitôt sa course et s'élance à travers les ennemis assis sur l'herbe ; tenant d'une main son bouclier, de l'autre son épée, il court en tout sens, immole tout ce qui se trouve sur son passage et crie de toutes ses forces que le prince Charles le suit. Les Nerviens accourent de divers côtés et tâchent de frapper cet ennemi déchaîné et furieux ; mais lui se porte rapi- '
dément du côté de son fidèle maître, dont il attend le secours. Charles, qui voit son brave soldat dans un si grand aanger, ne veut pas le laisser périr. Il ordonne sur-le-champ à ses compagnons de prendre leurs armes et court hardiment délivrer son serviteur en péril : il l'arrache des mains de ceux qui le poursuivent, renverse ses ennemis et met en fuile toute cette multitude. Plusieurs cherchaient un asile dans l'église d'Amblève... Le très-sérénissime Charles accorda la vie à ceux qui s'étaient ré- ,
fugiés dans l'église, et leur permit de rejoindre, '
sans aucun mal, le roi Chilperic qui fuyait à travers |
la plaine * . » t
» Dum hœc agerentur, nuncius advolat, et Chilpericum, cuni Ragin- }
frido Arduennam silvam sum innumerabili excrcitu transisse manifestai. i