‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 7 sur 200 · LIVRE VI, CHAinTUE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAinTUE IV

IV. — Cependant les Neustriens qui, du vivant de Pépin d'Herstal, s'étaient soumis à la domination de TAustrasie, voulurent à leur tour se séparer du royaume de l'Est. Quand ils apprirent que Plectrude envoyait à Paris son petit-fils Théobald, pour l'y faire reconnaître maire du palais, ils prirent les armes en tumulte, et, conduisant avec eux leur roi Dagobert III, qui n'avait que seize ans, ils attendirent le cortège austrasien dans la forêt de Cuise, près de Compiègne. Arrivés là, Théobald et les leudes qui l'accompagnaient furent assaillis par cette multitude, qui en fit un grand carnage ^. Théobald échappa au péril par la fuite; il fut ramené en Austrasie, où il mourut peu de temps après ^.

Les Neustriens, après avoir remporté cette facile victoire, choisirent pour maire du palais un Franc 'd'Anjou, nommé Ragenfrid. Dagobert III étant mort dans le même temps, ils lui donnèrent pour successeur, à l'instigation de Ragenfrid, un mérovingien du nom de Chilperic, qui fut tiré d'un couvent pour monter sur le trône '. Le nouveau maire du palais voulut étendre son autorité sur l'Austrasie, où régnait

1 Franci, commissa acie in Coatia silva, contra Theudoaldum et leudes

Pippini quondam et Grimoaldi iniere certamen ; corruit ibi immodicus exercitus. Theudoaldus itaque a sodalibus suis per fugam lapsus evasit. (Fredeg., Chron. conthi., c. i05.)

* Theobaldus vero cum paucis vix evasit, qui non multo post tempore vitam innocentera finivit. [Annales Mettens., ann. 716.)

* Eodem tempore Dagobertus rex obiit, regnavitque annis v. Franci Danielem quendam clericum, csesarie capitis crescente, in regnum stabiliunt atquc Chilpr ricum nuncupant. (Fredeg., Chron, contin., c. 106.)

encore Plectrude. Il s'allia avec Radbod, duc des Frisons, et ils résolurent d'envahir l'Austrasie des deux côtés à la fois. Radbod remonta le Rhin jusqu'à Cologne avec un grand nombre de bateaux ; Raghenfrid se dirigea vers le même point par la Champagne et l'Ardenne *. Les récits de cette expédition sont fort obscurs et incomplets ; ce qui paraît le plus clair, c'est que les coalisés eurent soin de rançonner Plectrude, qui était en possession du trésor de son mari ^. Ils se retiraient chargés de butin, lorsque tout à coup Charles Martel fit son apparition. Il venait de recouvrer sa liberté, au milieu des embarras de Plectrude.

V. — Charles Martel se présente aux Austrasiens comme le fils et le vrai successeur de Pépin; il est salué par eux avec acclamation et se met immédiatement à leur tête ^. Sans se donner le temps d'organi-

1 Cujus in locum Raginfridum majorem domus sub Dagoberto rege constituunt. Tune gens illa omnium benefieiorum invieti prineipis pariter oblita, in Austrasiam toto impetu properantes, usque ad Mosam fluvium totam illam regionem vastaverunt, fœdus quoque cum Radbodo, duee Frisionum, eontra Karolum paeti sunt. {Annales Mettens,, l. c.)

* Munera multa et thesauros a praefata Plectrude accipientes reversi sunt. Chron. Moissiac, c. 103.)

» Sed Dominus qui dat et non improbat, Karolum de insidiis novercalibus eruens, palam eum trepidantibus manifestum produxit. Tune veluti cum sol radios praeclaros eclipsim ad modicum passes cuncto exerit orbi, sic Pippini Karolus dignissimus hœres languentibus et pêne desperantibus de sainte populis robustissimus defensor illuxit ; ut autem aperte cunctanti plebi apparuit, tanto favore tantaque gratulatione ab universis susceptus est, acsi dominator eorum Pippinus ad eorum consolaiionem revixisset. {Annales, Mettenses, ann. 746.)

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