LIVRE YIII, CHAPITRE XVI
convenable à Léon, successeur des Apôtres, et à tous les Pères qui se trouvaient présents, ainsi qu'au reste du peuple chrétien, de nommer empereur Charles, roi des Francs, déjà mattre de la résidence des anciens Césars, souverain de lltalie, des Gaules et de la Germanie. Dieu ayant placé tous ces pays sous sa domination, ils pensèrent qu'il y avait justice à lui donner le nom d'empereur, puisqu'il l'était réellement *. »
Éginhard, qui représente le couronnement de Charlemagne comme une surprise faite au roi par le pape Léon, en fait le récit suivant : ce Le saint jour de la nativité de notre Seigneur *, le roi vint dans la basilique du bienheureux saint Pierre, apôtre, pour assister à la célébration de la messe. Au moment où, placé devant l'autel, il s'inclinait pour prier, le pape Léon lui mit une couronne sur la tète, et tout le peuple s'écria : — à Charles-Auguste , couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, Vie et Victoire ^. — Après cette proclamation, il reçut l'hommage du souverain pontife, selon la coutume établie du temps des anciens empereurs, et dès lors, quittant le nom de patrice, il porta celui d'empereur et d'auguste *. »
I Annales Lauresh., ann. 804. Voyez aussi la chronique de Moissiae.
* C'est le premier jour de Tan 801, Tannée commençant alors aux fôtes de Noël.
* C'était la formule usitée sous les empereurs romains.
* Einh. Annales, 801.
Ainsi fut rétabli l'empire d'Occident, qui avait cessé d'exister depuis la déposition d'Augustule. Il est hors de doute que ce grand événement, de même que la comparution du pape devant un tribunal présidé par le roi des Francs, avait été concerté entre Gharlemagne et Léon II[ à Paderborn. Éginhard assure cependant que Charles avait une grande aversion pour le titre d'empereur, et que malgré l'importance de la fête, il ne serait pas entré dans l'église ce jour-là, s'il avait pu prévoir les intentions du souverain pontife ^. Quoiqu'il en dise, nous ne pouvons nous empêcher de partager l'avis de ceux qui ont vu dans la surprise faite au roi par le pape, ainsi que dans le jugement du pape en présence du roi, les deux actes d'un drame, qui devait se terminer par un troisième, c'est-à-dire par la punition des accusateurs de Léon IIL En effet, Pascalis et Campulus furent condamnés à mort, immédiatement après le couronnement ; le pape s'empressa d'intercéder en leur faveur, et Gharlemagne ne manqua point de commuer leur peine en celle du bannissement. Tel fut le dernier acte de cette comédie dont les Romains seuls furent spectateurs, mais dont tous les peuples de la chrétienté devaient subir les conséquences.
> Vita KaroU imp,, c. 28.