LIVRE VIII, CHAPITRE XVI
principaux Francs et Romains. Le pape et lui s'assirent. Ils ordonnèrent aux archevêques, évêques et abbés de s'asseoir aussi — les autres ecclésiastiques, les Romains et les Francs restèrent debout — et de faire l'examen des chefs d'accusation portés contre le pape. Mais tous les archevêques, évêques et abbés répondirent unanimement : « Nous ne nous » permettrons pas de juger le siège apostolique, » qui est placé au-dessus de toutes les églises de ». Dieu ; car nous sommes tous jugés par lui, par son » vicaire, mais lui-même ne peut être jugé par per- » sonne *; tel a été l'usage de tout temps. Cependant y> nous vouions, selon les constitutions de l'Église, » obéir à tout ce que le suprême évêque lui-même » trouvera bon. » Sur quoi le pape Léon répliqua : a Je veux marcher sur les traces de mes prédéces- » seurs, et je suis prêt à me justifier des fausses » imputations qui ont été si honteusement dirigées » contre moi. »
« Un des jours suivants, poursuit Anastase, tous les archevêques, évêques et abbés, tous les Francs de la suite du roi et tous les Romains se trouvant de nouveau réunis dans l'église de Saint-Pierre, le pape prit les quatre évangiles, monta dans la chaire, et protesta, à voix haute et par serment, qu'il était certain de n'avoir pas commis les crimes qui lui
1 Nos sedem apostolicam, qus est caput omnium Dei ecclesiarum judicarc non audemus, nam ab ipsa nos omnes judicamur, ipsa autem a nemine judicatur.
19t HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIE.
avaient été imputés par ses iniques persécuteurs ^ Sur quoi tous les archevêques, évéques, abbés et eccclésiastiques entonnèrent des cantiques à l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge, de Pierre, prince des apôtres et de tous les Saints ^. »
Cette scène, qui se passait au commencement du mois de décembre 800, n'était que le prélude d'une autre scène, qui devait avoir lieu dans la même église de Saint-Pierre, aux fêtes de Noël suivantes. On devine sans doute que nous voulons parler du couronnement de Charlemagne et de son élévation à la dignité d'empereur, ce Comme la domination des Grecs, est-il dit dans les Annales de Lorsch, ne méritait plus le nom d'empire, et que le gouvernement était tombé entre les mains d'une femme, il parut
* Voici les termes mêmes de la protestation du pape : « C'est une chose connue, mes très-chers frères, que des méchants se sont levés contre moi et qu'ils ont répandu l'infamie des plus graves accusations sur moi et sur ma vie. Le très-clément et sérénissime roi Charles s'est porté dans cette ville avec ses prélats et ses princes, pour en connaître. C'est pourquoi, moi Léon, pontife de la sainte Église romaine, n'étant jugé ni forcé par personne, mais de ma propre volonté, je me déclare innocent en votre présence, en celle de Dieu et de ses anges qui connaissent ma conscience, et de saint Pierre, prince des apôtres, qui me voit. Je déclare que je n'ai point commis les scélératesses dont on m'accuse, et que je n'ai point ordonné de les commettre ; j'en atteste ce Dieu au tribunal duquel je dois me présenter, et qui a les yeux tournés sur moi ; je le fais de plus sans y être forcé par aucune loi et sans vouloir par là soumettre mes successeurs dans la sainte Église, ou mes frères les autres évéques, à une coutume semblable, mais seulement afin de vous délivrer complètement de tout injuste soupçon. » [Prodit. ex sacris ritibm Roman, Ecoles, a Baronio, Annales écoles., 800, t. IX, p. 448.)
* Anastas, Vita Leonis, ap. Muratori, t. III, part, i, p. i96.