Histoire des Francs
Jeunes hommes , j'ai écrit pour vous. Ecoutez , tous qui entrez dans la vie , cette voix qui sort d'un sépulcre ; si humble, ou si haut que soit votre rang , écoutez 1
Je serai mort , de ma seconde et dernière mort , quand votre temps adviendra ; quand vous posséderez et mènerez le monde, je n'y serai plus. Je ne saurais vous servir alors, et pourtant mon esprit s'émeut à l'idée de vous servir; il faut se hâter.
Acceptez donc cet écrit , faible témoignage d'un zèle sincère ; unique moyen qui me reste, sinon de vous être utile, au moins de vous en montrer le désir. C'est un fruit de l'adversité , et pour l'ordinaire elle les mûrit ; c'est le travail de mes mauvais jours , et ils enseignent la patience : il sera fidèle.
Vous y trouyerez des choses qu'il tous sera bon de connaître ; car elles sont de ce pays qui est le vôtre , et dont vous réglerez à votre tour la fortune.
Ne prenez pas exemple de ceux qui , voyant leur siècle si loin des siècles anciens , se font indolemment peur de la route , et s'imaginent qu'il leur suffira de la parcourir à moitié. Que penseriez-vous de qui vous dirait que votre âge présent n'est de rien ? L'enfance des peuples en prépare et explique la virilité. Les Romains de l'empire ne mettaient pas en oubli les fastes de la république , ni ceux de la république les annales de leurs premiers rois.
Après que j'eus servi de longues années la génération qui s'en va, elle me donna uneprison pour salaire. J'accepte et ne me plains point; mais j'en stipule un autre avec vous.
J'ai six petits-fils qui croissent languissamment à l'ombre de mon malheur. Us prendront rang un jour parmi vous. Tendez-leur une main amie , quand vous les rencontrerez en votre chemin, si vous estimez qu*il y ait eu quelque peu de profit pour vous , dans ce livre que le vieux captif vous dédie.
DE PeYRONNET.
ChâteAu de Hani, juin i835.