‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 100 sur 196 · NOUVELLE DIVISION DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

NOUVELLE DIVISION DE LA FRANGE

Des six fils que ses six femmes lui avaient donnés, Chlotaire à sa mort n'en avait que quatre : Chari-< bert, Contran, Chilpéric , Sigebert. On ignoré quelle avait été là fin de Gonthier ; on ne sait que trop celle de Chramne.

Chilpéric fit une étrange entreprise, dont le succès, d'abord favorable, lui devint presque aussitôt contraire et honteux. Son' père avait une maison de plaisance à Bergni (1), dans laquelle étaient gardés ses trésors. A peine les funérailles achevées , le jeune prince partit inopinément. Il alla d'abord à Bergni, se fit livrer les trésors, et devançant jusqu'au soupçon même des desseins qu'il exécutait, il continua, et ne s'arrêta qu'à Paris.

Cette ville était l'objet de son ambition. C'était le lot qu'il s'était promis ; c'était au royaume de Paris qu'il lui plairait de régner. Il assembla les grands , et les sollicita de le reconnaître. Les grands auraient peut-être hésité; mais l'or de Bergni ne leur. laissa ni

(i) Brinnacum. On a cru long-temps que c'était Braines. L'abbé Lebcuf a fort bien prouvé l'erreur de cette explication. (Histoire de TAca- <iéinie des inscript. et belles-lettres, tom. lo, pag. 170.)

doute, ni scrupule. Chilpéric leur achetait le royaume; ils le lui livrèrent.

Ce prince donc , prétendant succéder à Chramne* . qui prétendait lui-même à la succession de son oncle, occupa quelques jours FEtat du roi Childebert. Mais ses frères n^avouèrent point cette occupation , et ne purent souffrir qu'il se fût ainsi fait sa part. Ils réunirent leurs . troupes , et vinrent l'assiéger dans Paris.

Mal préparé et mal soutenu, Chilpéric fut promptement contraint de céder. On convînt d'un partage ; on consentit , chose inouïe , que les lots fussent distribués par* le sort.

Les provinces acquises depuis Chlovis ne permettaientpas d'imiter la division qui s'était faite à sa mort. Les nouveaux rois reprirent bien les vieux titres. Il y eut encore un roi de Paris, un roi de Soissons, un roi d'Âustrasie. Il y eut de plus un roi d'Orléans et de Bourgogne. Mais le roi d'Austrasie , qui recevait la Thuringe, perdit l'Albigeois et le Sennonais; le roi d'Orléans obtint la Bourgogne et le Sennonais, mais abandonna la Touraine ; le roi de Soissons céda Marseille , mais acquit Tournai ; le roi de Paris ne délaissa rien, et prit cependant l'Albigeois, la Touraine et même Marseille.

Les royaumes enQn établis, il restait à savoir qui en serait roi. Charibert eut Paris ; Contran , Orléans; Chilpéric , Soissons ; Sigeberl, Metz. Ainsi Pavait prescrit le hasard, arbitre élu de cette grande élection.

Mais la mort, premier arbitre de tous les partages, troubla celui-ci. CharibeH s'assit peu de temps sur le trône, et il en descendit pour mourir. Comme il n'avait point d enfans mâles, ses trois frères recueillirent et divisèrent entre eux sa succession. Contran prit Melun, Saintes, Agen, Périgueux ; Chilpéric prit Bordeaux, Limoges , Cahors, Bigorre, Lescar ; Sigebert prit Meaux, Châteaudun, Chartres, Vendôme, Tours^ Poitiers, Aire, Alby.

Trop riches et trop populeuses, Paris et Marseille se prêtaient difficilement aux calculs d'une exacte distribution de puissance. D'autres embarras se trouvaient pour la possession de Senlis. On s'avisa du plus étrange expédient. Ces villes ne se pouvant mettre dans aucun des lots, furent comprises dans tous. Chaque prince en eut un quaitier, et pour obvier aux surprisés, aisées à prévoir en un si prochain voisinage, l'entrée leur en fut à tous interdite, si ce n est quand ils y auraient tous consenti. On scella d'un serment solennel cette périlleuse convention ; on la mit sous la garantie de saint Polyeucte , de saint Hilaire et de saint Martin; on prononça contre le parjure , en cas d'infraction , la déchéance de ses droits dans la succession qui se partageait.

Contran n'avait pas eu la moins riche part; un assez bizarre incident l'avait grossie. Charibert , quoique doué, dit-on, de modération et de prudence, s'asservissait à des goûts grossiers et à d'ignobles penchans. Il était marié à Ingoberge. Au nombre des femmes qui servaient la reine, deux filles

d'un pauvre tisseur de liaine étaient remarquées pour leur jeunesse et pour leur beauté. L'une était Marcovèfe, l'autre Méroflède : celle-ci encore libre ; la première déjà soumise à des engagemens religieù:^. Le rot prenait plaisir à lés voir, et la reine, que sa tendresse avertit, voulut essayer si, pour le préserver de cette faiblesse, il ne suffirait pas de l'en avoir fait rougir. Elle manda le tisseur de laine, et fit de telle sorte que Charibert, le voyant à l'œuvre, pûtjuga:, sans qu'elle s^humiliât a le lui dire , de quelle condition étaient ces filles sur qui s'abaissaient les regards d'un roi. Mais il en arriva bien autrement qu'elle ii^spérait. L'orgueil du roi fut blesse. L'indiscrète ru$e devint à ses yeux une offense ^ et ce qui devait étouffer sa passion la fortiSa. Sur l^heure même, il répudia Ingoberge, et prit Méroflède.

Mais ses désirs n'étaient qu'à moitié satisfaits. Méprisant donc et rompant tous les liens qui l'aurajent dû retenir, après Méroflède , il épousa Marcovèfe. Ce fut une étonnante témérité, et un déplorable scandale: Le zèle du clergé s'émut ; les àvertissemens et les exhortations se multiplièt^ent. Toutefois Charibert ne fléchissait point, et les deux sœurs partageaient, toujours sa couche et son rang. Alors , lés sollicitations et les espérances épuisées , l'évêque de Paris, saint Germain, frappa d'excommunication la nouvelle reine et le roi. Eux, de leur côté, s'obstinaient ; mais presque aussitôt, la mort, par qui tout se résout et se dénoue, surprit inopinément Marcovèfe, et jugea sans retour le scandaleux différend.

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