‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 107 sur 196 · LIVRE IV (i · texte numérisé non relu

LIVRE IV (i

duisit Helmichés, jeune officier de la maison d'Alboin. Les richesses , ta puissance , sa personne même , elle promit ou accorda tout. Helmichès accepta Fhorrible marché, et l'exécuta : le roi fût tué. Mais on connut les coupables, et ils furent contraints de s'enfuir. Arrivés k Ravenne , une nouvelle fureur saisit Rosimonde : elle empoisonna Helmichès. Lui, quand il se sentit mourir, eut soupçon du crime, et se jetant l'épée à la main sur la reine , tout défaillant et désespéré qu'il ét^it , il sut la forcer à boire le reste du breuvage qu'elle lui avait apporté. En peu de momens, tous deux expirèrent.

; Cléphis, illustre soldat, fut le successeur d'Alboin. Celui-ci, qui né reispirait que la guerre, à peine assuré de ses conquêtes d'Italie, en avait médité et préparé d'autres^ Les Alpes étaient trop proches à son gré, et lui faisaient de trop étroites frontières; il se promettait d'aller encore loin au-delà. Voulant toutefois, en étendant ses desseins, étendre ses forces, il appela les Saxons, qui lui envoyèrent vingt mille soldats. Ce peuple était allié des Lombards ; mais il était aussi tributaire du roi d'Austrasie. Sigebert, qui aurait* pu s'opposer à leur migration, la favorisa. Peut-être, comme ils étaient mal soumis, voyait-il sans regret qu'ils se divisassent , et qu'ils s'affaiblissept. Peut-être jugeait-il avantageux de seconder en Italie Feffort et les succès des Lombards ; car l'état de guerre, quoique interrompu, subsistait toujours entre les Francs et les Grecs, et les ambassadeurs Firmin et Warinaire, qui allèrent bientôt après à

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Coii9tanlinople pour faire 1^ paU) n'y étai^iU pas encore envoyés.

La mort d'Alboin n'empêcha pa» ses projeta. Les Lonibards, comme il t'avait résolu, franchirent les Alpes, et rencontrant d'abord devant eux les tenues de Bourgogne, ils y pénétrèrent et s'y répandirent. On avait déjà établi dans ce royaume la dignité de patrice ^- prise et imitée de l'empire. Agricola et Celse en avaient été d'abord revêtus; maintenant égalait Ame. Le patrice était le chef militaire. Amé donc » assemblant à la hâte les troupes qu'il put, les mena sans tarder contre les Lombards. Ce fut avee plus d'empressement que de prudence. Surpris, rompu, mis en fuite, Amé ne put que mourir. De ses soldats, il en mourut aussi un tel nombre qu'il est resté inconnu. Kieo n'eut arrêté les vàinqueurfif sans leur avarice, qui se trouva plus grande que leur apibitJOQ. Quand ils furent las de massacres et acca* blés debuiin, rimpatieoce les prit de s'en retourner dans leur Italie. Le soin de ces riches dépouilles tes détournait de tout autre soin.

Le gain 6t donc leur retraite ; mais il fit aussi leur retour* Quand ils eurent mis à couvert leur pre^ mier pillage, l'espoir d'un second les arma de non* veau, et les ramena. Ënnius, a qui l'on donne encore le nom de Mummole , avait été choisi pour patrice , après la défaite et la mort d'Ame. C'était un homme de peu de droiture, qui avait trahi même son père , et ne s'était élevé qu'en le supplantani. Mais il -avait de rhabileté, et la fortune lui était complaisante et

))onûe. Son armée étant réunie, il se mit en marche , et ne s'arrêta qu'à Embrun. Le lieu était favorable : M ummole sut proGter des avantages qu'il y rencontra. Suivant tous les mouvemens des Lombards, sans jamais se laisser atteindre, il les excitait constamment et les attirait. Enfin ils s'engagèrent dans les défilés ; c'était où tendait l'espoir de Mummole. Saisissant donc l'occasion, sitôt qu'ib se furent mis dans ce |)éril, il ne leur laissa plus aucun moyen de s'y dérober. En un instant toutes les issues furent occupées et fortifiées. De profondes tranchées les interceptaient; de vastes abattis d'arbres les dominaient et achevaient de les clore. Pendant ce temps, de nombreuses troupes marchaient par des sentiers inconnus, et pénétraient à la fois sur les deux flancs de la colonne ennemie. Résister était difficile ; vaincre, impossible. Les Bourguignons prirent ce jour-là une effroyable revanche. Tout ce qu'il y avait de Lombards fut mis à mort, où en esclavage. A' peine si la fuite en sauva assez pour témoigner, dans leur pays, de ce désastre.

A leur tour vinrent ces Saxons qu'avait appelés Alboin. 11 leur avait fait des promesses dont on tenait actuellement peu de compte, et mal satisfaits des Lombards, ils arrivaient sur leurs traces, envieux d'éprouver s'ils n'obtiendraient pas en Bourgogne ce que l'Italie ne leur offrait plus. Us arrivèrent par les confias de la Provence, et s'avancèrent jusqu'au territoire de Riez , pillant , ravageant , ne respectant rien. Mais Mummole, qu'ils n'attendaient pas, s'a-

Tançait aussi. Pendant qa^inattentifs au p^il , ib dédaignaient même de garder leur camp y voici venir Tarmee ennemie , qui sans délibérer fond sur eux ^ presse, enfonce, renverse leurs rangs, el toujours plus acharnée au carnage , ne se ralentit et ne se repose que lorsqu^enfin la nuit l'y contraint. Quand le jour reparut , on les attendait supplians et découragés ; ils menaçaient au contraire , déjà armés et prêts au combat. Mummole admira et redouta peut-être cette constance ; il évita de commettre sa victoire à leur désespoir. On traita donc ^ et on leur laissa re^ passer les Alpes; mais il leur fallut rendre leur butin et délivrer les captifs. Ils promirent même de se séparer des Lombards , et de retoiurner sous la domination des rois francs.

Ils ne manquèrent point à cette promesse. Le re<» gret de la patrie , leurs souffrances depuis qu'ils Tavaient quittée , Tinfidèle et méprisant accueil de leurs nouveaux botes, tout les excitait à l'exécution du traité. Rassemblant donc leurs enfans, leurs femmes, tout ce qu'ils avaient , sitôt que l'hiver eût passé , ils s'acheminèrent. Partagés en deux troupes, l'une vint par Nice, l'autre par Suze et Embrun. Ce ne fut qu'au territoire d'Avignon quils se réunirent. Mais alors , plus confîans en leur nombre, ils cessèrent de se contraindre et d'épargner le pays. Ils emmenaient les troupeaux , enlevaient les grains , coupaient les oliviers et les vignes , et s'il leur arrivait de payer dans les marchés qu'ils faisaient, c^était avec des pièces de bronze frauduleusement recouvertes d'une

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Feuille d'or. Mumcnole accourut , et se postant sur le Rhône , il se prépara à leur en disputer le passage. « Satisfaites , dit-il, à ceux que vous avez dépouillés , 0 ou je jure Dieu que vous n'échapperez pas de mes » mains. » Le combat eût été trop in^al et trop périlleux ; les Saxons , voyant leur ruine infaillible , préférèrent de donner la somme d'argent qu'on leur imposait.

Us n'étaient pas au terme de leurs embairas et de leurs traverses. Sigebert , quand ib furent sortis dé ja Saxe, avait appelé une tribu de Suèves , et lui avait accordé les terres qu'ils abandonnaient. C'était un sage calcul , et par lequel il achevait de s^assurer de ce peuple déjà plus docile depuis le départ de ceux qu'aVait séduits Âlboin. Quand ceux-ci revinrent, il leur fallut combattre avec les Suèves. En vain leur offi*it-on le tiers , puis les deux tiers , puis enfin la to« talité des troupeaux et de la terre. Ils rejetèrent avec dédain ces propositions. L'accord se fît cependant ; mais par la médiation de l'épée , et après des massacres quen^empêcha point Sigebert* Des vingt-six raille Saxons , il n'en resta que six mille.

Cléphis cependant achevait , chez les Lombards , son règne et sa vie. Dix-huit mois à peine écoulés, les grands , dont sa sévérité offensait l'orgueil , conspirèrent sa perte et la consommèrent. Jaloux de Cléphis , plus jaloux entre eux et d'eux-mêmes , le roi renversé, ils ne voulurent plus accepter de roi. A sa place, on mit trente chefs dont la domination dura peu, et se fit peu regretter. Trois de ces chefs, Âmon,

Zaban et Rhodan ^ résolurent de renouveler Texpédî* tion de Bourgogne. Pour mieux afTermir leur com* mandement, ils le voulaient signaler. Amon prit par Embrun et poursuivit jusqu^à Macheville ; Zaban descendit par Die, et ne s'arrêta qu'à Valence ; Khodan poussa à Grenoble,. et mit son camp sous ses murs. Amon eut même le temps de ravager la province d'Arles , et de menacer Aix d'assez près pour en obtenir une contribution de vingt-deux livres d'argent.

Mummole était le. ûéau des Lombards. Au pr^ooier bruit de leur nouvelle irruption , il s'était hâté : son armée, déjà nombreuse et puissante, était en chemin. C'était à Grenoble qu'il avait dessein de la conduire. Les eaux de l'Isère, récemment grossies , mirent un instant obstacle à sa marche. Mais un gué , que sa fortune lui fit à propos découvrir, tourna cet embarras même à l'avantage des Francs. Pendant que les Lombards se reposent sur la difficulté du passage , eux ont déjà passé, et prennent leur camp à revers. Le combat fut disputé et opiniâtre. Toutefois les Lombards cédèrent ; Rhodan , blessé d'un coup de lance , s'enfuit ; cinq cents de ses soldats le suivirent j le reste périt. Après de longues fatigues et d'incroyables périls, Rhodan, dérobant sa fuite, parvint non loin de Valence , et fut recueilli par Zaban.

Les deux chefs prirent aussitôt un nouveau dessein. Voulant rétablir leurs communications avec l'Italie , ils rétrogradèrent. Mais Mummole les attendait à Embrun , lieu fatal aux Lombards, et d'heureux présage pour les Bourguignons* On combattit d'un

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