‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 134 sur 196 · MORT DE CHILPÉRIC · texte numérisé non relu

MORT DE CHILPÉRIC

Le régne de Chilpéric allait prendre fin. Ce règne de meurtre et de fraude avait rempli le temps qui lui était assigné. Il allait se clore, ainsi qu'il avait duré , par un crime.

Cbilpéric avait à Chelles une maison de plaisance qu'il affectionnait, et où il venait fréquemment chercher les plaisirs delà chasse. Un jour qu'il avait chassé

plus.long^ieiDps eUmec plus d^ardeur que de coutume, la nuit le.' surprit.. Axi retour, comnie il descendait de dieval:, la main: appuyée sur l'épaule de Fun de ses serviteurs, un meurtrier^ se glissant dans rdbscunté jusqu^à lui) le frappa rapidement d'un premier coup de couteau k l'aisselle^ et d'un autre au .ventre. Le roi tomba;: licsang lui sortait abondamment par la bouche et par/ses blessures. En peu deraomens il fut mort. Le meurtrier s'enfonça dans la forêt ^ et soit qu'on n'eût, pas pu ou qu?on n'eût pas voulu ' le saisir , il se déroba et demeura, inconnu.

Ces détails sont les seuls qu^on puisse affirmer et qu'on doive: croire. Ils cmt pour garant la sincérité de Oégoire' de Tours , qui en a été en quelque sorte témoin. Mais le projet de meurtre n'appartenait point à celui qui l'exécuta. A qui fut sacrifié Chilpéric? A quelle vengeance, ou à quelle crainte ?

Trois suppositions peuvent être livrées à la sagacité des esprits jaloux de tout expliquer : l'une, qui accuserait Frédegonde; l'autre, qui inculperait Brunehault; la dernière qui désignerait Ebérulf, Théodore , Sonn^isile, plusieurs autres seigneurs des deux cours.

Contre Frédegonde s'élèvent deux témoignages. Le premier est celui des ambassadeurs envoyés, par Childebert à Contran. « Ton neveu te prie, lui dirent- » ils, de remettre en ses mains la criminelle Fréde- » gonde, afin qu'il venge sur elle la mort de son père, » desoriioncle, de sa tante et de ses cousins. i> Mais les justes ressentimens de Childebert d'un côté, et de l'autre ia réponse que fit Contran aux ambassadeurs ,

laissent peu d^aulorité à ce témoignage, a Je ne crois » point , dit le prince , à la vérité de tous les crimes » que vous lui attribuez (1). »

Le second témoignage est celui de la chronique connue sous le titre de Gestes des rois francs , Gesta regum francorum. Mais cent .soixante ans s'étaient écoulés depuis le crime , lorsque ce livre fut fait.

En faveur de Frédegonde sont de fortes preuves : son intérêt avant tout; car il semble quUl n'y eût rien de si important pour elle que la conservation de Chilpéric ; ensuite , la protection que lui accorda le roi de Bourgogne (2) ; outre cela , le silence d'Ebérulf qu^elle accusa elle-même, et qui ne Faccusa point ; de plus I le silence de Sonnégisile qui, soumis à la torture, avoua la part qu'il avait eue à ce crime , et n'en imputa rien à Fréd^onde, quoique ce fût en Austrasie qu'on le torturât ; enfin le témoignage si imposant de Grégoire de Tours, que Frédegonde avait voulu faire condamner , qui raconte sans ménagement tous ses

(i) Cette demande fut faite deux fois à Gontran, par les ambassadeurs de Ghildebert.

(a) « II protégeait Frédegonde, et lui promettait qu'il serait pour elle un solide appui.» ( Grégoire de Tours, liv. 7 ).

Ce n'était pas cependant qu^il manquât de zèle pour punir la mort de Chilpéric. « Le roi Gontran faisait de soigneuses recherches sur la mort de son frérc. » ( Id. eod. )

« Que nous ne soyons pas tenus pour des hommes, disait ce prince, si nous ne parvenons pas à venger sa mort dans le cours de cette année I » ( Td. lib 8 ].

« 11 jura devant tous les grands , qu^il détruirait non-seulement Ebérulf, mais sa postérité, jusqu'à la neuvième génération, afin de faire cesser , par leur exemple, cette coutume perverse de tuer les rois. » (Id. lib. 7 ).

autres crimes, et qui, pour le plus détestable de tous, D^éléve pas même un soupçon.

Brunehault a aussi deux témoignages contre elle : le premier, c^est Faccusation portée trente ans après, par Chlotaire II, lorsque, voulant autoriser Patroce vengeance qu'il exerça sur cette malheureuse reine ^ ce prince ne craigqit pas de lui imputer la mort de dix rois, au nombre desquels il pouvait bien placer Ghilpéric, puisqu'il y mettait même Sigebert : accusation monstrueuse , qui ne prouve rien, si ce n'est Tinique et effrontée fureur de ceux qui la suscitèrent.

L'autre témoignage vient de Frédegaire, Ce chroniqueur affirme que le meurtrier avait été envoyé par Brunehault, et il en dit même le nom (1). Mais Frédegaire est un écrivain de bien peu de poids, d'une extrême crédulité, qui n'est venu que vers le milieu du siècle suivant, qui vivait et écrivait en Bourgogne où d'implacables ressentimens poursuivaient encore la mémoire de Brunehault. Grégoire de Tours, bien plus judicieux, bien plus éclairé, et contemporain d'ailleurs de l'événement, n'en dit rien qui soit favorable à l'assertion de Frédegaire (2). Contran n'accusa jamais

(i) Chilpericus ad Gallam villam, nec procui a Parisiis, ab boniioe nomine Falcohe, qui missus à Brunechildé fuernt, est interfectus. (Frédegaire. Epit» Bist.)

(a) On a reproché à Grégoire de Tours qu'il était trop favorable à Brunehault et à Childebert.

Grégoire était un pieux et courageux évéque, que l'église a mis au rao^ des saints, et dont on ne peut guère révoquer en doute la sincérité.

Ti n'épargna point Brunehault sur son mariage avec Mérovée, duquel il dit formellement qu'il était contraire à t honnêteté et aux lois canoni'

Brunehault (1). Ëbérulf, poursuivi, condamné, dé* pouilié , mis à mort, ne Faccusa point. Sonnégisile ^ qui s'avoua coupable, ne l'accusa pas davantage. Et cependant on le torturait par ses ordres, chose impossible, et qu'elle n'aurait sûrement pas hasardée, s'il eût pu se venger de ses supplices par de si terribles révélations (2). Frédegonde enfin accuse Ebérulf, et n'accuse point Brunehault.

Le plus puissant indice contréBrunehault, c'est ^on intérêt» ses malheurs, ses périls, sa juste haine. La mort de son oppresseur lui pouvait paraître légitime ; encore plus le meurtre du meurtrier de Galsuinthe ^ de Mérovée et deSigebert. Mais l'intérêt' explique le crime plus qu'il ne le prouve. Où est le crime est né- , cessairement son motif; où est le motif n'est pas nécessairement le crime. *

Contre les grands se réunissent à leur tour d'assez fortes probabilités. D'abord l'oppression qui pesait sur

ques-f ni sur ses liaisons avec Gondovald^ à Toccasion de quoi il fait adresser ces paroles par Gontrao au duc Ebrachaire, eoYoyé de Brunehault : « N'était-ce pas assev, malheureux, qu*aidant à des projets impU" » diquesy ta allasses inviter au metriage Bàllomer, que vous appelés » Gondovaldî... »

11 ne ménage pas davantage Childebert sur le projet qu*eut ce prince d'augpienter les tributs que payaient les villes de Tours et de Poitiers.

S'il ne parle pas des véritables crimes de Brunehault, c'est qu'ils iont postérieurs au temps où il écrivait.

(x) Cependant il avait alors beaucoup de haine contre elle, et lui reprochait de vouloir lui-même le faire mourir. (Grég. do Tours, liv. 8.)

(2) Sonnégisile était comte des. écuries, et un des principaux ennemis de Brunehault. il était entré récemment dans' une conjuration dirigée contre elle. (Grég. de Tours, liv. 9-) *

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eux; les spoliations qu'ils ^avaienl soufTertes; les violences déjà commises, ou qu'ils redoutaient ; Tintolé^ rable ascendant de Fréd^onde; Ta version qu'inspirait le roi* Il s'éleva de telles clameurs dès le premier bruit de sa mort , que Gontran fut contraint d'ordonner à l'instant la restitution dç toutes les terres qui avaient été arrachées à leurs possesseurs (1). Il y avait aussi un nombre considérable de testamens dont Chil* • péric avait prohibé l'exécution. Les mêmes murmures forcèrent Gontran à leur rendre leur autorité (2). € Comme ce roi, dit Grégoire de Tours, n'avait d'af- » fection pour personne , personne n'avait d'affection » pour lui (3). » A peine.eut-il rendu le dernier soupir, tous les siens s'enfuirent et l'abandonnèrent. Il fallut que l'évêque de Senlis, Mallulphe, qu'il avait ce^tendant rebuté, et qu'il laissait depuis trois jours coucher sous la tente sans le vouloir admettre en sa présence, se chargeât officieusement de ces soins, dont nul ne prenait souci. Ce fut lui qui lava le corps, qui le couvrit de ses derniers vêtemens , qui veilla et pria durant la nuit auprès de cette dépouille. Ce fut encore lui qui, le jour venu, le mit précipitamment dans une barque, et le conduisit ainsi sans honneurs et sans appareil, jusqu'à Paris, où il l'ensevelit de ses mains , dans Féglise de Saint-Vincent.

A cela se peut ajouter l'opinion qu'en avait Gontran .

(i) Grégoire de Tours, liv. 7, en deux endroits différens.

(a)Id.eàd.

(3) Livre 6.

Un jour qu'étant à Orléans , il avait fait asseoir à sa table Grégoire, évêque de Tours; Bertrand, évêque de Bordeaux ; et Gallade, évêque de Saintes, il s'emporta vivement contre les deux derniers parce qu'ils étaient de la faction qui avait récemment entrepris de faire reconnaître un cinquième fils de Chlotaire, exclus jusqu'alors et désavoué. Continuant et s'appesantissant sur ce sujet, il étendit ses reproches à Féveque de Marseille , Théodore, qui était absent. Puis à l'égard de ce dernier, il alla bien plus loin , et dit : c( Je le » tiens pour vrai, qu'à cause de ces gens, il a fait tuer ' » mon frère Chilpéric. »

Je ne sais si l'on ne serait pas aussi autorisé à ajou" ter le sentiment de Grégoire de Tours. Car, quoiqu'il ne s'en explique nulle part avec une grande clarté , cependant Ebérulf (1), qu'avait accusé Frédegonde, et que Contran avait condamné, ayant été poursuivi et tué dans Téglise de Saint-Martin, ou il avait cherché un refuge : « Ce n'était pas un léger crime * s'écrie- » t-il, que celui de l'homme que le saint évêque ne * protégea pas contre un pareil sort (2) ! » Or, que signifient ces mots, si ce n'est que Grégoire jugeait légitimes l'accusation et la mort d'Ëbérulf ?

Mais cette accusation elle-même est une circonstance fort considérable. C'est Frédegonde qui la porte, et en ces termes : a Si tu veux venger la mort de ton » frère , voici l'homme à qui tu la dois imputer (3) , »

(x] Ebërulf éfait Tun des domestiques de Chilpéric.

(a) Liv. 7.

Gonlran accueille cette accusation; il la reconnatt et déclare juste; il fait serment d'exterminer Ëbérulf et les siens , jusqu'à la neuvième génération ; il con^ fisque et distribue ses biens ; il envoie successivenaent tous les hommes armés du territoire d'Orléans et de Blois pour entourer et garder la basilique qui lui sert d'asile ; enfin il donne ordre à Claude de l'aller saisir ou tuer. Il est difficile de douter de la conviction de

Contran/

D'un autre côté , dès qu'il est instruit de Faccusation /Ebérulf s'enfuit. Il passe un assez long temps dans l'église de Saint-Martin ; il y a de fréquens entre* tiens avec Févêque Crégoire; c'est un homme emporté, qui a l'habitude du meurtre , qu'aucun respect des choses saintes n'effraie et n'arrête : il ne sort pas de sa bouche une seule parole cependcint pour nier le crime qu'on lui attribue , ni pour en faire partager la complicité à Frédegonde ou à Brunehault. N'y a-t-il aucune induction à tirer du caractère de cet homme et de son silence ?

Une circonstance considérable encore est le témoignage de Sonnégisile.. Celui-ci ne se tait pas seulement; il avoué, et il s'accuse. C'est un officier du royaume d'Austrasie ; c'est le comte des écuries de Childebert ; c'est un personnage tellement important qu'il conjurait contre la mère et contre la femme du roi. Son aveu n'est pas celui d'un accusé sans intelligence et sans courage. Il est vrai qu'il ne le fit que dans les tortures.

Il semble que le crime d'ËbéruIf exclurait celui

de Frcdegonde qui ne craignit pas de l'accuser; il semble aussi que le crime des Sonnégisile exclurait celui de Brunehault, dont il était Tennemi.

Une nouvelle supposition s'offre à l'esprit , mixte et combinée de deux autres. Il se pourrait que le roi de Soissons eût péri victime d'une conjuration de seigneurs , et que Frédegonde eût formé ou secondé la conjuration. Mais l'intérêt de son ambition et même^de sa sûreté y était contraire. Chilpéric tirait quelque partie de sa force , du génie et de la témérité de Frédegonde ; Frédegonde tirait toute la sienne de Chilpéric. £lle n'avait plus ses quatre fils; le seul qu'elle eût venait à peine de naître. Et puis, elle accusa Ebérulf, qu'elle n'eût certainement pas accusé.

Il se pourrait encore que la conjuration étant véritable, elle fût l'œuvre, comme l'avait cru le roi de Bourgogne , de ceux des seigneurs qui avaient embrassé le parti de Gondovald , de ce cinquième fils qu'on voulait, après tant d'années, rendre ou donner à Chlotaire. Ébérulf, quoique domestique de Chilpéric,pouvait être entré dans celte faction, de même que l'évêque de Bordeaux, Bertrand, y était entré, malgré l'intime faveur dont il avait long-temps joui près de Frédegonde. Dans ce cas Brunehault, qui favorisait cette faction, aurait pu aussi participer au crime qu'on y préparait.

Mais Sonnégisile était de ce crime; Brunehault,

reine si habile , se serait-elle associée, pour une si pé-

. rilleuse action, avec l'un dç ses plus obstinés ennemis?

El, le crime comiois y eût-elle fait torturer son cornplice?

On rapporte (1) qu'au moment où iU venaient <)e frapper Chilpéric , les meurtriers tout en s'enfuyant s'écriaient : « Cest de Tordre du roi Childebert ! » Si le fait était ayéré, j'en conclurais de plus en plus que Brunebault était étrangère au crime ; car si les meurtriers disaient le vrai, ils n'ont pas nommé Brunehault j et , s'ils trompaient, comme cela est bien évident» Brunehault n'était pas coupable, puisqu'ils nommaient Childebert. Des meurtriers, envoyés par qui que ce soit, k plus forte raison par des rois , ne livrent pas , sans y être contraints par un puissant intérêt, le nom de celui qui les a mis à l'œuvre. S'ils révèlent volontairement des noms, étant encore libres , ce n'est certainement que pour détourner et égarer les soupçons. On peut affirmer hardiment que les vrais instigateurs de leur crime ne sont pas ceux qu'ils nomment, puisqu'ils les nomn^ent. Or, des meurtriers qui eussent voulu empêcher qu'on soupçonnât Brunehault , n'auraient pas commis la grossière faute de nommer son fils •

J'avoue que je me sens vivement excité à dire, comme Pasquier : a Partant , je tiens pour arrêté que » ni Frédegonde ni Brunehault ne participèrent jamais » au meurtre de Chilpéric. » (2)

Voici toutefois, car même pour rejeter ce récit il le faut connaître, voici comment les accusateurs de Frédegonde racontent et expliquent son crime. Landry,

(i) Âyoïoin.

(2) Recherches^ livrs i o, chapitre 7 .

disent-ils, lui avait inspiré une passion criminelle. C'était un seigneur encore jeune, doué de courage, et remarquable par ses egrémens extérieurs. Déjà la reine, peu soucieuse de dissimuler sa faveur, Pavait élevé à l'importante dignité de maire du palais. Le jour de l'événement, une cause fortuite et inconnue avait retardé le départ du roi pour la chasse. La reine n'en était point informée et croyait Chilpéric déjà loin de Chelles. Elle était seule dans un appartement reculé, occupée à laver et parfumer ses cheveux. Son visage, enveloppé d'ailleurs par sa chevelure , était retourné de telle sorte qu'elle ne pouvait voir la porte de rap"» partement. Tout-à-coup on entre, on approche sans bruit de la reine, et une main qu'elle n'aperçoit pas la frappe familièrement par derrière d'un léger coup de baguette (1). Elle, n'imaginant point que cette familiarité pût venir d'aucun autre, sans lever les yeux seulement, se plaint et s'écrie: « Que fais-tu, Lan^ » dry ? Est-ce là qu'on frappe? Le roi est à peine parti; » tu n'es pas sage. » Ce n'était pas Landry; c'était le roi. La preuve était éclatante ; l'infidélité delà reine n'était plus douteuse. Néanmoins ce prince, tout impétueux et vindicatif qu'il 'était, ne laissa point d'aller à la chasse, et même de la prolonger jusqu^apr^ la chute du jour. Le temps qu'il perdait ainsi, ne le fut point pour Landry et pour Frédegonde. Certains de leur ruine, s'ils ne prévenaient pas Chilpéric, n'ayant que sa mort pour se préserver de la leur, ils n'hésitèrent

(i) Baculo in posterioribus ludens percussit, ( Aymoio, I. 3, e. 57)..

oi ne difTérèrent. Les meurtriers ne manquaient jamais à Frédegonde : à peine conçu, le dessein fut exécuté. C^est ainsi qu'en plaçant Frédegonde dans le péril le plus imminent et le plus grave, on réussit à écarter la décisive objection de Tinlérêt qu'elle avait à la conservation de la vie de Chilpéric. Mais ce secret révélé si tard, et dont Grégoire, Tune des victimes de Frédegonde, ne soupçonne rien ; ce récit, qui n'a pour.ga* rant qu'un écrivain sans autorité, et où d'ailleurs les invraisemblances abondent, tout cela me parait peu digne de foi. Je le relègue sans hésiter parmi les traditions fabuleuses, dont les moines de ces temps crédules grossissaient naïvement et complaisamment leurs l^endes.

Chilpéric n'était pas entièrement étranger aux exercices de l'esprit. Il avait écrit deux livres de poésie, in* formes essais, où les plus simples r^es étaient à chaque instant violées. Il avait aussi composé des hymnes et des messes, ouvrage tout aussi grossier, et que l'église ne put point admettre. Il s'occupa même de théologie, et fit un traité non moins imparfait sur la Trinité. Cet écrit était fortement empreint de la doctrine d'Arius. Il ne laissait pas cependant de le vouloir faire adopter par le clergé , et ce ne fut pas sans peine que les évéqaes de Tours et d'Âlby lui persuadèrent d'àbandcomer ce projet. Enfin, il ajouta à l'alphabet quatre letircs (1)9 et son zèle fut si grand pour leur adop-

<4gPfee les dlMme d*iioe façon, et Aymoin, d'une autre ; lequel

tion^ queiK>n content d'envoyer des ordres dans toutes les villes, pour qu'on en montrât Fusageaux énfans , il prescrivit d'effacer avec la pierre ponce tous les anciens manuscrits^et d'en faire d'autres copies où seraient employés les nouveaux signes.

Chilpéric eut tous les vices, commit tous les crimes, et ne montra pas une vertu. Une seule fois, il pardonna à révêque de Périgueux une offense douteuse. Téméraire, artificieux, cruel, implacable; également dédai-

M. Guizot s'en tient à Ay moin, par la raison que les quatre signés qiril indique appartenaient déjà à Talphabet ||;rec.

Cette raison, au contraire, contribue beaucoup à me faire rejeter les indications d'Aymoin.

Car Grégoire de Tours dit clairement que, des quatre lettres^ il n'y en avait qu'une qui eût été prise a l'alphabet grec.

Grégoire ne peut pas s'être trompé sur un fait si simple. Il parle de ce qu'il a vu, et de ce qui s*estfait de son temps. Il faudrait, chose absurde, qu'il eût imaginé lui-même les signes qu'il reproduisait.

Pour Aymoin , c'est tout autre chose . Ces lellres n'étaient plus en U!»age quand il écrivait, et même depuis long-temps, car on les abandonna dès que Chilpéric fut mort.

Il est vraisemblable qu' Aymoin n'a indiqué les caractères grecs, que pour faire connaître par des signes qui le fussent eux-mêmes, les sons que représentaient les lettres inventées par Chilpéric.

M. Guixot objecte, de plus , qu'il n'y a aucun rapport entre les sons qu'indique Grégoire et lés caractères dont il reproduit la figure. C'est ce qui arrive à tout caractère nouveau. Le signe n'est pas l'image :. le signe n'a de rapports avec la chose, que ceux qu'on lui attribue. La lettre ne représente le son qu'autant que Ton en est convenu.

Je suis du sentiment de M. le duc de Nivernais, que <c dans les endroits » non équivoques de Grégoire de Tours, il faut se faire une règle sacrée » de ne pas infirmer son témoignage.» (ilfi^ifi. sur tindép. de nos premiers rois, )

Pour ce qui est d'Aymoin, je dirai presque comme Pasquier: « Eh >» vraiment, je voudrais volontiers savoir quelle créance on doit apporter n à cet auteur mensonger?» (Recherches^ liv. lo, chap. a3 ).

gneux de la religion et de la justice; paiement insa* tiable dans son avarice et dans son ambition; adonné à tous les excès de la gourmandise et de la luxure. Jamais les peuples n'avaient souffert une si dure oppression; jamais famille de rois n^avait enduré d^un des siens, tant d'outrages, de perfidies et de violences. N'était-il sorti de cette race sacrée de Chlovis que pour la détruire? Le sang de ses deux femmes, de ses deux fils et de son frère , crie encore contre lui après treize siècles; après treize siècles, Tinf âme injure faite à sa fille appelle les malédictions contre lui. Les noms de Néron et d'Hérode lui furent donnés de son temps (1); les temps qui ont suivi ne les lui ont pas ôtés ; les temps qui viendront encore les lui maintiendront.

(i) Nero nostri temporis et Herqdes. ( Grëg. de Tours, iiv. 6, chap. 46).

FIN DU QUATRIBirS LllTRE.

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