‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 136 sur 196 · EFFETS DE LA MORT DE GHILPERIC · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA MORT DE GHILPERIC

Ce fut un grand événement que la mort du roi de Soissons. On ne la regrettait point ; on la ressentit. Les trois royaumes en furent ébranlés. Tout y devint incertain; tout tomba dans la confusion. On eût pu dire un instant que ce prince, si mauvais qu'il eût été, manquait à l'Etat. Roi f^tal, dont la vie fut une calamité, et la mort même un dommage.

On se divisa parmi les grands, en Neustrie. Les uns s'attachèrent à Childebert, et de ce nombre furent les officiers' chargés de la garde du trésor du roi. Ces officiers enlevèrent toutes les sommes d'argent et toutes les choses précieuses que Chilpéric avait fait amasser à Chelles , et ils les allèrent porter au roi d'Âustrasie. D'autres , déjà engagé^ dans le parti de Gondovald, profitèrent de celte occasion pour découvrir et exécuter leurs engagemens. Parmi eux était le duc Didier. Ce duc se trouvait alors sur le territoire de Toulouse. Aussitôt qu'on lui eut apporté la nouvelle de la mort du roi, il forma promptement une faible troupe de bons et hardis soldats, et, .sans délibérer, marcha sur la ville. II y pénétra. Rigonthe ne s'en était pas encore éloignée ; c'était ce qui y attifait

Didier. Il se saisit des riches trésors qu'elle e;iiinenaîl avec elle, et lui laissa à peine de quoi satisfaire, pour quelques jours, aux plus simples besoins de la vie. Après quoi il se retira h Avignon, auprès du patrice Mummole, qui y commandait, et avec lequel il s'était lié, depuis deux ans, par une convention secrète, pour la défense des prétentions de Gondovald. Ansovald, au contraire, et le plus grand nombre avec lui, prirent la résolution de maintenir le jeune 6ls de Frédegonde'.

Pour elle , sortant précipitamment de Chelles où l'on pouvait à chaque instant la surprendre, elle courut à Paris, y fit apporter tout ce qu'elle avait de richesses, et craignant encore, tant ses ennemis étaient nombreux et puissans, elle s'alla jeter dans la cathédrale, réduite maintenant à ce seul asile, elle par qui tant de malheureux y furent réduits.

Mais l'évêque Ragnemode lui restant fidèle, il ne se fil aucun mouvement dangereux dans la cité de Paris. Frédegonde alors, étouffant ses craintes, ne s'occupa plus que de réunir les ressources qu'elle avait encore, et de méditer les nouveaux desseins que sa nouvelle fortune attendait. Elle appela ses principaux serviteurs et tint conseil avec eux. Le résultat fut qu'on se mettrait sous la protection de Contran, qui n'ayant point de fils, et n'ayant pas surtout d'aussi cruelles injures à venger que Childebert, embrasserait, vraisemblablement avec plus de sincérité, la défense du Jeune et faible héritier de son frère.

Frédçgonde envoya donc vers Contran, et lui fit dire qu'il vînt sans retard ; qu'elle se remettrait en sa

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