‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 137 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

puissance, et son fils avec elle, et le royaume de son fils. Contran accorda ce que demandait Frédegonde. Il vint à Paris ; mais avec une armée. La ville ne résista point, et le reçut au contraire avec de grands témoignages de soumission. Lui, à son tour, promit ouvertement son assistance à la reine, contre tous ceux qui la voudraient offenser.

Au même moment, venait Childebert, menant aussi son armée. Mais il s'était laissé devancer, et l'occasion, qui lui eût été si favorable, tombait et échappait de ses mains. Contran était déjà dans Paris ; Paris refusa de recevoir Childebert.

Mais sur d'autres points se manifestait une assez grande irrésplution. En ayant vu le danger, les grands du parti de la reine s'assemblèrent autour de son fils, et quoiqu'il ne fût pas encore baptisé, ils le proclamèrent roi, et lui imposèrent de nouveau le nom de Chlotaire. Ensuileilsse répandirent dans les cités qui étaient du domaine de Chilpéric, et leur persuadèrent de prêter un double serment de fidélité à Chlotaîre et à Contran.

Contran, toutefois, n'en usait pas de même façon. Il avait envoyé ses comtes dans les villes qui dépendant autrefois du royaume de Charibert, étaient échues depuis au roi d'Austrasie, et depuis encore avaient été envahies par Chilpéric. Là ne se répétait point le nom de Chlcitaire , et le serment qu'on était contraint de prêter n'était reçu qu'au nom de Contran.

Ces mesures, quoique promptes et bien concertées, n'eurent pas partout un égal succès. Déjà la guerre

s^éiait engagée comme d'elle-même enlre des villes voisines et rivales , où dominaient des. intérêts difTérens. Ceux d'Orléans et de Blois avaient formé secrètement une ligue armée, et lout-à-coup, sans qu^on l'eût »prévu, ils s'étaient jetés sur le territoire de Çhâteâudun. Le succès ne leur fut pas d'abord disputé. Ils ravagèrent, pillèrent, brûlèrent, sans rencontrer d'obstacles ni de combats. Alais pendant qu'ils grossissaient leur butin, dépouillsmt les fermes, enlevant les blés^ rassemblant et emmenant les troupeaux, les habitans de Châteaudun faisai^it à leur tour une ligue avec ceu:^ de Chartres. Bientôt, pressés du désir de mettre à couvert leurs richesses, les agresseurs voulurent retourner en arrière et regagner leur pays. Ce fut alors que les nouveaux alliés se montrèrent. Suivant l'ennemi diligemment et à la trace, ils lui reprirent sans peine ces dépouilles qui embarrassaient sa retraite. Puis continuant et ne se lassant point, ils entrèrent à leur tour sur son territoire, et y vengèrent tous les ravages du leur.

En d'autres lieux ce furent les mêmes désordres : à Limoges, à Tours, à Poitiers. Tours voulut rentrer de nouveau sous la domination du roi d'Âustrasie. Mais les habitans de Bourges prirent les armes pour s'y opposer. Ceux-ci, plus nombreux, eurent l'avantage; ils brûlèrent Mareuil; ils désolèrent toute la contrée : ce fut une complète dévastation. Les habitans de Tours étaient consternés. Ne sachant plus comment arrêter le cours de ces ravages, ils se résignèrent, et subirent la loi de Contran*

Limoges eul un sort conlraire, et ne supporta pas les mêmes pertes. Childebert y avait envoyé le duc Gararic. Le duc éprouva peu de résistance, et le pays entier retourna au roi d'Âustrasie. Celte expédition terminée, Gararic marcha sur Poitiers. Le vœu des habitans lui était tout favorable ; on Paccueillit done, et il prit possession de la cité. Il y était déjà quand les gens de Tours, fatigués du mauvais succès de leur tentative, délibéraient s'ils ne renonceraient pas à.Fobéissance de Childebert. Le bruit en vint jusqu'à Gararic^ Il envoya promptement vers eux pour les raffermir et leur enjoindre de persévérer. Mais Févêque repoussa ces exhortations, alléguant que la résistance était imprudente et sans but ; que Gontran était désormais le père et le protecteur des deux fils de Chtipéric et de Sigebert; que bien loin de déférer au conseil qu'il leur adressait, ils lui donnaient eux-mêmes celui d'épargner à la ville de Poitiers les malheurs que son obstination ne manquerait pas d'attirer sur elle. Ce langage n'ébranla point la résolution des habitans de Poitiers. Cependant l'appui de Tours allait leur manquer ; mais leur prédilection pour l'Austrasie l'emporta. Gararic partit alors, en promettant de leur amener bientôt une armée. Ëberon , autre serviteur de Childebert , resta seul pour les commander.

Tours étant soumis, on se prépara à marcher contre Poitiers. Ce fut à Williachaire, comte d'Orléans, que Gontran remit le soin de cette entreprise. Ce comte envahit assez promplementle pays, et se mit d'abord, comme il était d'usage en ce temps, à le dévaster Xeux

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du Poitou, se flatlant d'être secourus , jugèrent quli leur suffirait de temporiser. C'est pourquoi ils firent partir des envoyés chargés de dire à Williachaîre « qu'il interrompît ses attaques ; qu'ils avaient assu* » rance qu'un plaid (1) devait se tenir entre Childebert » et Gontran ; que leur projet n'était point de résister » à^a décision; que s'ils étaient donnés à Gontran, ils » le reconnaîtraient sans murmure, et le serviraient. » Williachaire accueillit mal leur demande. « Les choses » que vous dites, leur répondit-il, sont étrangères » aux ordres que je suis tenu d'accoraphV. Obéissez » sur l'heure , ou je poursuivrai* » Il poursuivît en effet, car ils différèrent encore d'obéir, et les ravages commencés continuèrent. Enfin cependant celte longue destruction ipuisa la constance des habitans de Poitiers, et donna un ascendant passager aux partisans que Gontran avait dans la ville. Les serviteurs de Childebert furent contraints d'en sortir; le peuple céda , mais avec douleur; il fit serment de fidélité au roi de Bourgogne, mais avec la secrète espérance d'^n être bientôt dégagé.

Qtielques mois en effet passèrent à peine , et déjà Poitiers secouait le joug du roi de Bourgogne. La révolte était cette fois plus puissante et mieux combinée. Jugeant qu'il ne suffirait plus des troupes levées dans

(i) Placitum. — Placituin verô generaliler prodie dicta usurpabant, in qaa qaid agendum gerendumve esset, quod scilicet sic ioter partes pactum conventiim fuisse t.

Sic conventus regios in quibus de summa regni tractabatur pla.cita dixerunt , quae posl parlamenta diclœ. (/er. Bignon. Not, lib. i , cap. 37).

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