LIVRE V
Le premier corps parvint jusqu'à Carcassonne, marquanl: sa route, selon Thabitude, par d%orribles dévastations. La ville ne résista point et ouvrit ses portes. Les Francs entrèrent , et à peine reçus ils rompirent leurs rangs pour piller. Au milieu de la confusion , les habitans indignés reprirent courage. Ils assaillirent tout-à-coup les Francs, pendant que, dispersés et surchargés de butin , il leur était également difficile de se rallier et de se défendre. Un prompt et heureux succès fut le résultat de celte surprise. La même heure vit la soumission de la ville et sa délivrance. Les Francs s'enfuyaient. Terentiolus, sorti des derniers, résistait encore, et protégeait leur retraite, quand une pierre, jetée du rempart, Fatteignit et le renversa. Les habitans accoururent; les Francs, pressés de la peur, ne s'arrêtèrent pas même pour disputer le cprps de leur chef. Il resta donc au pouvoir de ses ennemis. Ceux-ci, dans la fureur qui les animait, lui coupèrent la tête, et à leur retour dans la ville ils y promenèrent outrageusement ce triste trophée.
Rebutés par cette défaite, les soldats de Terentiolus n'aspirèrent plus qu'au retour. Rien n aurait eu le pouvoir de le retenir. Ils partirent ; laissant leur butin, abandonnant leurs bagages, emportant à peine leurs armes. Leur retraite ne fut qu'une longue fuite. Les Goths les suivaient, les pressaient, les devançaient dans les passages difficiles et les accablaient. Il en fut fait d'horribles massacres. Pour comble de misère , quand ils eurent atteint le territoire de Toulouse, on I. 28
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s'y souvint de leurs pillages, et on les traita en ennemis, ainsi qu'ils s'étaient montrés. Il n^en revint dans leur pays qu'un faible nombre.
Les autres corps, moins malheureux cependant, n'obtinrent point de plus durables succès, et ne commirent pas de moindres ravages. Celui d'Agîlan s'avança, à la lueur d'un long incendie, des bords de la Saône jusqu'à Nîmes. Tout ce qui se rencontra sur leur passage fut enlevé ou renversé ou brûlé. Ni les pays amis ni les lieux saints ne furent exempts. Ils ne laissaient derrière eux que des ruines, des terres désertes, des cadavres. Arrivés à Mimes, la résistance qu'ils y éprouvèrent les découragea. Ils allèrent attaquer d'autres villes 3 mais ils les trouvèrent fortifiées^ approvisionnées, préparées à une longue défense» Leurs efforts furent impuissans.
Nicet aussi assiégeait des villes ; mais toutes résistaient et le repoussaient. Un seul château se rendit à lui. Et quand il y fut entré , violant traîtreusement sa parole , il mit tout au pillage et emmena les habitans en captivité.
L'entreprise donc avait échoué. L'une des armées était en fuite ; toutes les places restaient au pouvoir des Goths : on n'avait aucun moyen de se maintenir. Il fallut songer au retour. Mais ce fut alors qu'on porta la peine des meurtres et des pillages commis. Forcé de traverser de nouveau les provinces où l'on avait brûlé les récoltes, on n'y trouva rien, si ce n'est les haines qu'on y avait allumées. Il en périt de faim un grand nombre j un grand nombre , au passdg;e des