LIVRE V
fleuves ; un grand nombre, par la vengeance des habitons soulevés. Cinq mille de ces malheureux succombèrent ainsi, dit-on, dans cette funeste retraite.
Contran fut profondément affligé. Mais sa colère n était pas moindre que sa douleur. Les généraux s'en effrayèrent , et craignant qu^on ne les sacrifiât en expiation de ces désastres, ils se réfugièrent à Autun dans Tasile de Saint^Symphorien. La fête du saint approchait : le roi vint dans la ville pour la célébrer. Cette solennité achevée, il annonça la résolution de faire juger les deux chefs. Ceux-ci à leur tour s'engagèrent à sortir de la basilique, à la seule condition qu'on les entendrait. Le roi donc assembla un plaid, où furent appelés quatre évéques et plusieurs autres seigneurs. « Faut-il s'étonner, leur dit-il, des malheurs » qui tombent sur nous? Nos pères ont subjugué plu- » sieurs nations ennemies ; mais ils élevaient des * » églises , honoraient les martyrs , vénéraient les » prêtres, protégeaient les pauvres, et mettaient toute » leur espérance en Dieu seul. Nous, au contraire, » nous marchons dans le mépris de Dieu, nous pro- » fanons les choses sacrées, nous dérobons les saintes » reliques , nous nous souillons du sang des clercs et » des pauvres. Aussi , nos cœurs sont-ils sans oou- » rage ; nos lances, sans force ; nos boucliers, sans dé- » fense. Si le mal vient de mes fautes, que la colère de » Dieu éclate sur moi. Mais s'il vient des vôtres, si » vous avez trahi mes desseins et dédaigné mes com- 9 mandemens , que la hache frappe votre tête. La » mort de ses chefs sera un avertissement pour
» rarmée. Il vaut roieux la perte de quelques coupa^ » blés , que si la colère de Dieu s^appesanlissait sur » tout ce royaume. »
Les chefs répondirent. « Koi glorieux, dirent-ils« « ta sagesse est profonde, et il serait difficile de la ra- » conter. Tu es anime de l'esprit de Dieu. Ton cœur » est plein d'amour pour l'église, de respect pour les )i prêtres, de commisération pour les malheureux* » Mais de quoi peuvent répondre les chefs de Tarmée, » quand le peuple entier se complaît dans l'iniquité? » S'ils entreprennent d'arrêter le mal, on se soulève » contre eux, et pour échapper eux-mêmes à la vio- » lence, ils sont réduits à la tolérer. Bien loin de tou-
V loir obéir aux ducs et aux comtes , on méprise
V même la souveraine volonté du roi. »
Ils continuaient encore quand des messagers arrivèrent, dont les récits suspendirent ce grave procès. Récarède, fils de Leuvigild, était venu d'Espagne avec une armée; les châteaux de Beaucaire et de Cabaret étaient déjà tombés dans ses mains ; une partie du territoire de Toulouse était ravagée; un grand nombre d^hommes avaient été réduits en captivité.
D'autres nouvelles venaient aussi de la mer. Des vaisseaux qui se rendaient des Gaules en Galice, avaient été pris par ceux du roi Leuvigild. Leur chargement avait été enlevé ; des hommes qui les montaient , un grand nombre avaient été massacrés , plusieurs mis en esclavage; quelques-uns à peine s'étaient sauvés sur de faibles barques.
Gontranse hâta. Il forma précipitammenldeux corps