LIVRE V
* donné un festin, il s'y était enivré, voilà qu'arrivent tout-à-coup les Goths , conduits par Claude , duc de B Lusitanie. Au premier moment, ceux-ci eurent du ^ succès; ils pénétrèrent dana le camp et y jetèrent : quelque désordre. Mais cpmme ils étaient peu nom-> breux, sitôt que les Francs, revenus de leur première surprise, eurent commencé à se rallier et à combattre, ils se retirèrent, lentement néanmoins, et sans confusion. Les Francs les suivirent pleins d'ardeur et de confiance, ne voyant en eux qu'une proie facile, et qui allait infailliblement tomber dans leurs mains. Eux cependant s'éloignaient toujours , reculant sans fuir, résistant sans se laisser entourer ni rompre. Ils continuèrent ainsi quelque temps ; mais enfin lorsque les Francs se furent engagés aussi avant qu'ils le souhaitaient, au signal donné, des troupes nouvelles sortirent avec de grands cris de l'embuscade où Claude les avait cachées. Ce ne fut plus que fuite et carnage. Les Francs, saisis d'une subite épouvante, n'eurent pas même la force de rien essayer pour se retirer du péril. Il en mourut cinq mille, et deux mille tombèrent vivans au pouvoir des Goths.
Contran, quand cette fatale nouvelle lui fut apportée, n'écouta long-temps que sa fureur. Il accusait Childebert ; il accusait Brunebault : il leur reprochait leur alliance avec Récarède; il leur imputait d'avoir transmis des avis secrets aux villes qu'il avait eu dessein d'attaquer ; il attribuait à Brunebault de coupables correspondances avec les deux fils de Gondovald ; il supposait à Childebert un inutile et téméraire
de le dépouiller de son royaume. Il convoqua même un synode, lant étaient g;randes ses appréhensiotis et sa colère. On allait voir une assemblée d'éréques, jugeant les querelles des rois. Mais Brunehault attesta atec serment la fausseté de toutes ces accusations. Alors Gontran s'apaisa , et il renonça au synode. Bientôt aussi, il renonça à la guerre contre Récarëde.