LIVRE V
de confusion , mirent en même temps le comble à sa haine.
La fête des Pâques arriva. Prétextât était ftUé, dh le commencement du jour, à la cathédrale, pour y célébrer les offices. Pendant qu'il chantait les psaumes, assis dans sa chaire, un meurtrier se glissa furtivetnêtit jusqu'à lui, et le frappa de son couteau sous l'aisdelle. L'évêque s'écria; les clercs étonnés hésitèrent *, l'assassin profita de leur trouble et s'enfuit. Sanglant, mourant, respirant h peine, l'évéque se traîtià cependant vers l'autel, et offrit à Dieu, avec une touchante résignation, le sacrifice de sa vie.
Bientôt ses serviteurs étant accourue, on le transporta dans la maison épiscopaïe. Frédegotide osa y venir; Beppolène et Ansovald étaient avec elle. « Notre » douleur est profonde, dit-elle à l'évéque. Nous re- » grettons avec amertume, ainsi que ton peuple, cette » détestable profanation. Qu'il plût à Dieu de nouis » en faire connaître l'auteur, afin que nous eussions o la consolation de lui infliger la peine due à son » crime! « Mais l'évéque, que n'abusait point son audacieuse hypocrisie : « Eh ! quil'a commise, lui dit-il, » cette criminelle action, si ce n'est celle qui a si » souvent répandu le sang innocent , et qui n'a pas » même épargné celui des rois? — Ta blessure n'est » pas désespérée , interrompit Frédegonde ; fie-toi au » savoir des médec'ms que nous t'allons envoyer. — » Dieu me rappelle, reprit Prétextât. Toi, de qui sont » venus tous ces crimes, tu seras maudite dans les » siècles, et tu paieras à Dieu le prix de mon sang. »
La consternation fut universelle à Rouen. Leudo* Tald, évêque de Bayeux , ordonna que toutes les ^lises restassent fermées, et les saints otBces suspendus, jusqu'à ce qu'on eût découvert les auteurs du crime. Quelques-uns furent arrêtés ; ils accusèrent unanimement Frédegonde. Mais le zèle de Leudovald le ïsnt k son tour en péril. Des assassins furent envoyés contre lui , heureusement sans succès.
Les chefs des Francs ne se montraient pas moins irrités que les clercs. L'un d'eux alla vers. Frédegonde et lui dit : « Tu avais déjh commis bien des » crimes; mais celui-ci l'emporte sur tous. Que Dieu » venge proitiptement le sang de son prêtre! Nous » poursuivrons à Fenvi le châtiment de ce meurtre ; » car il est temps de mettre un terme à tes cruautés. » Ces paroles dites, il s'éloigna et voulut sortir. Mais Frédegonde , affectant une grande indifférence pour ses reproches et pour ses menaces , envoya sur ses pas et le fit convier à sa table. Le chef refusa. La reine envoya de nouveau, insistant pour qu'au moins il ne sortît pas de la maison royale sans y avoir bu. Cette fois il se laissa vaincre, et céda. Aussitôt on lui apporta une coupe pleine d'un breuvage mêlé, à la manière des Francs, de vin, d'absinthe et de miel. A peine eut-il achevé qu'il se sentit saisir d'atroces douleurs. Reconnaissant le poison: a Fuyez, cria-t-il à » ceux qui l'accompagnaient, et gardez-vous d'appro- » cher vos lèvres de ce breuvage. On y a versé » la mort. » Ils s'enfuirent ; lui-même , remontant avec effort à cheval, il essava de les suivre; mais