‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 167 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

qu'on mit ce misérable à la torture, et lui, bien loin de justi6er Fredegonde , tout en confeissant qu'il ayait lue Prétextât , il déclara que c'était elle qui Vy avait excité. «Elle m'avait promis ma liberté, dit-il, et la li- » berté de ma femme; elle m'a donné cent sous d'or ; » révéque Melentius m'en a donné lui-même cin- » quante, et l'archidiacre cinquante autres. » Il en eût révélé davantage; mais en ce moment le neveu de Prétextât poussé, on ne peut dire par quels sentimenst se précipita, Tépée à la main, sur ce malheureux, et le mit en pièces.

11 est difficile d'expliquer cette dernière action, et non moins difficile de justifiée la témérité de Frédegonde. Qu'espérait-elle en livrant l'instrument dd meurtre ? Pouvait-elle croire qu'il souffrît la torture et la mort sans se plaindre et sans Taccuser? Pourquoi fournir elle-même ce nouveau témoignage qui Taccablerait? Etait-elle^ comme on l'a dit, d'intelligence avec le, neveu de l'évêque? Craignait-elle que le meurtrier ne tombât au pouvoir du roi de Bourgogne, et que ce prince ne s'autorisât de ses révélalions pour la poursuivre de nouveau et pour la perdre? Avait-elle besoin à la fois d'un commencenàènl de justice pour désarmer les accusateurs, et de là prompte mort du coupable pour faire disparaître le seul témoin qu'elle redoutât? Que ne le faisait-elle mourir en secret, elle à qui les meurtres étaient si faciles ! Quel avantage pouvait compenser pour elle la certitude donnée que le meurtrier était au nombre de ses serviteurs, et l'inévitable publicité des aveux de ce

misérable? Espérait- elle faire penser au peuple qu'elle ne l'eût pas livré si elle eût été son complice ; qu'elle n'était pas son complice puisqu'elle l'avait livre ?

On ne pénètre point ses motifs ; mais s'ils ne furent pas justes , au moins ne furent-ils pas démentis par l'événement ; car, depuis ce jour, il ne se fit plus aucune poursuite. On ne rechercha ni Melentius, ni Tarchidiaere. Bien loin de là , quoique Contran eût solennellement protesté contre l'élévation de Melentius, Frédegonde le fit asseoir de nouveau au siège de Prétextât, qu'il avait déjà occupé pendant son exil.

Elle était d'accord maintenant avec les gouverneurs de son fils , et se jouant des dispositions qu'avait autrefois prescrites Contran, elle commandait de nouveau, ou plutôt r^nait dans le royaume de Soissons.

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