CHAPITRE VIII
THÉoDORic d'itaue (495).
Dans ce temps, les Ostrogoths possédaient l'Italie. Ils avaient pour roi Théodoric , prince entreprenant, habile, artificieux. Sorti enfant de la Pannonie , où régnait son père , il avait vécu dix ans à la cour de Constantinople , otage et garant d'une paix conclue entre les siens et l'empereur grec. Revenu en Pannonie j à dix-huit ans , il fît la guerre au roi des Sarmates qu'il surprit, vainquit et tua. Bientôt l'empereur Léon étant mort, et sa couronne étant disputée^ il embrassa le parti de Zenon et seconda ses succès. Zenon le combla d'honneurs ; le fit consul , patrice , commandant des Prétoriens; lui érigea une statue ; lui décerna U triomphe ; lui accorda l'adoption militaire.
62 HISTOIUE DES FRANCS.
Théodoric voulut davantage : il obtint d'importantes portions de la.Dacie et de la Mœsie.
Cinq ans écoulés, Théodoric propose à Zenon d'allaqqer Odoacre et de lui arracher lltalie. Zenon n'hésite point : satisfait d'occuper au loin Tarnbidon et le. courage de ce jeune prince , tout ce qu'il offre, il l'accepte et le lui permet. Théodoric est déjà en marche. Le roi des Gépides veut l'arrêter; il le met en fuite. Odoacre , à son tour, est vaincu trois fois. Il se réfugie à Ravenne ; le vainqueur l'assiège, et après de longs efforts le contraint de capituler. Mais Théodoric , en un festin où il le convie, le poignarde traîtreusement de sa propre main.
Sur ce nouveau trône, il se maintenait avec une rare prudence , ménageant et conciliant les esprits , se faisant partout des appuis et des alliés. Il avait une sœur \ il la donna au roi des Vandales : il avait une nièce ; il la donna au roi de Thuringe : il avait deux filles ; il en donna une au roi des Wisigoths , et l'autre au fils du roi de Bourgogne; enfin, il prit pour lui-même Audeflède, l'une des sœurs de Chlovis.
La gloire et la puissance de ce prince le troublaient. Il prévoyait que ce serait de là , comme il arriva ea effet , que viendraient ceux qui aideraient le plus à la destruction de son ouvrage. Les Grecs lui avaient permis de conquérir l'Italie; mais ils prétendaient que ce fût pour eux. Zenon venait de mourir. Ânaslase, qui lui succédait ^ ne devait aux Goths ni la même reconnaissance , ni les mêmes ménagemens. C'était aussi sans l'aveu du nouvel empereur que