‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 185 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

s^ouvraient que de rares et élroiles routes. Ce fut alors que parut Warocli. Beppolène trahi ne le fut pas du moins par son courage. II ne songea ni à fuir, ni à se soumettre; il combattit. Tous ses Francs tom* baient autour de lui , il continua de combattre. Blessé d^un coup de lance, il ne cessa point. Accablé par le nombre, il cessa pourtant ; mais il était mort.

Ebrachaire , quoiqu'il n'eut pris aucune part aux combats des jours précédens, n^était pas néanmoins à une telle distance qu'il n^eùt pu secourir et dégager Beppolène. Mais il s'y refusa, et ne consentit h marcher que lorsqu'on lui eut donné Tassuraùce delà défaite et de la mort du malheureux duc. Reprenant alors quelque apparence de sincérité et d'ardeur^ il recueillit les débris de cette défaite , les réunit aux troupes qui n'avaieyj^t point combattu, et très-redou* table encore par le nombre de ses soldats autant que par leur courage , il alla menacer la ville de Vannes. Cette ville n'essaya point de lui résister. Les portes lui furent ouvertes , et le clergé allant au-devant de lui, l'y introduisit avec beaucoup d'honneurs et de pompe. Bientôt Waroch lui-même arriva, non plus en vainqueur, mais en suppliant. Il affectait d'implorer la paix , et n'épargnait ni les présens , ni les soumissions, ni les parjures. Il promettait de ne plus rien entreprendre contre les intérêts de Contran; il donnait des otages; il livrait même son propre neveu. Ebrachaire, aussi peu fidèle que par le passé, accepta.

Les Francs commencèrent donc leur retraite. Quand il fallut passer la Vilaine, leur embarras fut

considérable. Cétait en un lieu peu éloigné de Tembouchure , et la rivière à ce point est large et rapide. Les plus forts et plus hardis soldats traversèrent . Mais la foule des faibles et des timides hésita. En ce moment survint le fis de Waroch, Conan, meoant avec lui une armée. Témoin d'un si favorable désordre , il mit aussitôt en oubli le traité , les sermens , même les otages, et, sans balancer, il se jeta, l'épée à la main, sur cette multitude confuse jet découragée qui, n'ayant osé braver le fleuve , n'osa pas mieux braver Pennemi. Les Bretons en firent un grand carnage , et ce qui échappa, ils remmenèrent en captivité.

On accusa ouvertement Ëbrachaire. On accusa même le comte Wiliachaire , qui commandait après lui. On leur reprocha la perte de Beppoléne et le dernier désastre de Tarmée. On leqr imputa de s'être vendu à prix d'or aux Bretons. Wiliachaire, effrayé, s^enfuit d'asile en asile , et se déroba au châtiment qui le menaçait. Ëbrachaire, ou moins coupable ou plus téméraire , affronta résolument la colère du roi. Mais dégradé de son rang et dépouillé de ses biens , il alla traîner la fin de sa vie dans une profonde pauvreté.

On eut bientôt une nouvelle preuve de la part qu'avait eue Frédegonde à tous ces malheurs. Il vint une maladie grave à son fils , et pendant quelques jours la vie de ce jeune prince fut en grand danger. La reine, désespérée , se livra un instant à de faibles meuve* mens de repentir, et croyant désarmer la justice de Dieu, en même temps qu'elle faisait de riches dons à

Page 1