LIVRE V
L^histoire cependant rencontre quelques acjLions dans sa vie, qu'elle doit flétrir. L'une , qui a déjà été racontée, est le coupable supplice des médecins de la reine. Une autre est l'inutile meurtre de Gondovald. Une autre encore est le meurtre non moins odieux de Chaudon. Le roi chassait dans la forêt des Vosges., Un malheureux hasard lui fit découvrir les débris d'un buffle qu'on avait tué. Irrité qu'on n'eût pas respecté sa forêt royale, il fit interroger le garde avec beaucoup de rigueur. Celui-rci accusa Chaudon qui était chambellan du roi. Chaudon nia, et comme le garde insistait, le roi; obstiné à approfondir l'accusation, la mit à l'épreuve du combat. Le chambellan, trop vieux pour combattre, prit pour champion son neveu. Le jour donné, et la lice ouverte, ce neveu parut d'abord avoir l'avantage. Il perça, de sa lance, le pied du garde, qui chancela, fléchit et tomba. Impatient d'achever, le jeune homme saisit son poignard, et se précipite pour couper la gorge a son adversaire ; mais celui-ci, au même moment, s'arme d'un couteau et le lui met dans le cœur. Ce fut pour tous une infaillible et parfaite preuve du crime attribué à Chaudon. Le malheureux chambellan prit la fuite, se hâtant et faisant effort pour atteindre la basilique de Saint-Marcel. Mais le roi dit de le poursuivre, et on le saisit, on le lia à un poteau, on le lapida : honteuse et détestable cruauté, inexplicable emportement d'un prince qui ne manquait ni de modération ni de prudence. Peut-être que sa piété trompa sa justice, et qu'il craignit de désobéir au combat, qui était pour lui
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le jugemenl même (le Dieu. Mais alors, pourquoi ordonner le combal? Pourquoi s'engager en de si regrettables obligations , pour la mort d'un buffle ?