‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 192 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

» Chlotaire , leur dit-il , si je le reconnais pour mon » neveu ^ deux ou trois cités pour sa part(l). »

Voilà sans doute des paroles dignes d'attention, et qui auraient de la force si elles étaient isolées ; si d'autres paroles toutes contraires ne les avaient pas démenties; si la conduite de Contran n'achevait pas de les effacer. Elles peuvent être attribuées sans témérité, soit aux vues politiques de ce prince , soit à ses ressentimens contre Frédegonde. Il en est même, et des plus expressives parmi elles , pour qui il n'est point besoin de ces explications. Ainsi lorsque .Contran disait à Orléans : a Je n'ai malheureusement pas d'autre » fils que Childebert, » il ne faut pas oublier qu'il venait en ce temps même au baptême de Chlotaire , preuve évidente qu'il n'entendait pas le désavouer. Qu'entendait-il donc ? Qu'il n'avait pas de fils en effet, si ce n'était Childebert depuis qu'il Tavait solennellement adopté. De même, lorsque Contran disait à Paris : 0 Sans doute que c'est le fils de quelqu'un de » nos leudes, » il faut se ressouvenir de ce qu'ajoute Grégoire, qu'après le serment que firent les seigneurs et les évêques , « tous les soupçons du roi furent » effacés (2). »

Les vrais fondemens de celte opinion qui s'est répandue contre les droits de Chlotaire, ce sont les audacieuses perfidies de Frédegonde , et la juste horreur qu^inspirait son nom. C'était elle que l'on

(i) Grégoire de Tours, liv. 9.

(a) Ideniy liv. 8.

flélrissait dans son fils. On n^admeltait pas qu'il pût y avoir autre chose dans cette vie que des crimes* •

Il y avait trente-un ans que Contran régnait (1), lorsque la mort le surprit. Ce fut un prince religieux^ généreux et conciliant ; d'un caractère indécis ; d'une humeur mobile et douteuse ; qui • montra presque autant de force que de faiblesse , presque autant de pusillanimité que de hauteur. Il faut faire deux parts dans sa vie : la première, lorsque fléchissant sous l'ascendant de Sigebert et de Chilpéric , moins brillant que Fun , moins ardent que l'autre , plus patient et plus circonspect que tous deux, il allait flottant entre ces rivaux, toujours attiré, toujours repoussé par son ambition et par ses craintes ; la seconde, lorsqu'aprés le meurtre de Chilpéric , médiateur entre deux rois enfans, nés ennemis, il fonde et maintient son autorité dans les deux royaumes; impose à Brunehault; brave et humilie Frédegonde; dissipe les factions d'Austrasie ; dompte la révolte du Poitou et de la Touraine; poursuit la vengeance d'Ingonde; perd et abbat Gondovald ; confond et châtie ceux qui étaient entrés dans ce dessein. On ne le trouve pkis faible en ce temps, ni imprévoyant, ni irrésolu ; il se fait voir actif, persévérant et habile. Il vécut plus de la vie des rois dans ces dernières années de son règne, que dans les vingt autres.

(i) Frédegaire dit qu'il mourut dans la trente-troisième année de son règne. Mais je trouve que Chlotaire l*"" mourut en 662, et Gontran, en 5g'^.

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