LIVRE
victoire, qu'il pouvail être impunément généreux. La politique d'ailleurs le lui conseillait. Près dé s'engager dans des entreprises nouvelles, il lui fallait évitefr de fournir des prétextes aux mécontentemens de Théodoric. Il lui était aussi plus avantageux de relever Gondebaud en l'affaiblissant , que de partager la Bourgogne- entière avec le roi d'Italie , et de laisser faire à ce prince un établissement si considérable à la frontière même de la France.
On a blâmé Chlovis du traité (1). Il y avait trop de danger, a-t-on dit , à souffrir que Théodoric franchît la barrière des Alpes. Il était plus sage de négocier avec Gondebaud.
Il faudrait peut-être se défier de cette opinion. L'épreuve en avait été déjà faite; il n'était plus permis de s'assurer au roi de Bourgogne. Chlovis n'aurait pu, sans déchoir, mettre en oubli les outrages qu'il en recevait. Il ne pouvait non plus s'abstenir de porter la guerre chez les Wisigoths. Mais les Bourguignons, ariens comme eux , avaient avec eux une intime et dangereuse alliance. Chlovis avait donc deux puissans motifs pour accabler Gondebaud. Cependant Théodoric était aussi arien ; il avait des traités avec le roi de Bourgogne ; sa fille avait épousé le fils de ce prince ; sa propre sûreté exigeait qu'il s'opposât de tout son pouvoir à l'agrandissement de Chlovis. Il fallait donc à tout prix détourner Théodoric et le désarmer. Si les conditions étaient dures , l'avantage
(i) Le duc de Nivernois.
que l'on acquérait valait bien que Ton s'y soumît, dhlovîs d^ailleurs sut affaiblir, sinon effacer, les inconvéniens de ces conditions , lorsque la guerre étant achevée, au lieu de partager le royaume de Bourgogne, il le rétablit, plaçant ainsi un Etat tributaire et assujetti entre ceux de TIréodoric et les siens.