CHAPITRE PREUMINAIRB. xix
sion de malheurs, de fautes, de crimes, qui précipite et perd les Etals.
Il n'y a point dliistoire où n'abondent ces terribles et salutaires leçons. Mais où convient-il mieux de les cherchei* que dans la sienne? Quelle plus profitable instruction peul-on recueillir que dans l'étude des faits domestiques et de la vie de son pays ? A quelles annales, si l'intérêt qu'on a dans les choses excite et soutient l'attention, s'appliquerait-on avec plus d'empressement et de patience ?
Or n'est-ce point un grand enseignement et un grand spectacle que ces deux premières races de France, portées au trône par tarit de travaux, et précipitées avec tant de rapidité? Comment s'est faite leur élévation, ^t comment leur chute? Par quels degrés croissent et déclinent ces merveilleuses fortunes de rois? Qu'en revient-il aux peuples, de ces grands et audacieux changemens ?
A observer en quelle façon se supplantent, dans un Etat, les diverses familles de princes, on fait à la fois une double étude. On rencontre dans la même action le progrès et la décadence. On voit d'une seule vue par où l'empire s'acquiert et se perd; on apprend par quels artifices et quelles faiblesses ; par quelles fautes et par quels hasards.
On a dit de l'histoire de France qu elle était confuse. La faute en est-elle bien à l'histoire? On a presque ajouté qu'elle était stérile. Stérile? Voici des siècles qui ne le sont point. Quel temps plus fécond et plus animé que le temps des Chlovis, des Théodebert, des
XX CHAPITRE PIŒLIMINÀIRE.
Sigebert , des Chlotaire , de Charles-Martel , de Charles-le-Grand?
De Chlovis à Pepin-le-Vieux, époque de conquêle et de création , époque laborieuse où s'enfante Tempire ; de. Pepin-le- Vieux à Pepin-le-Bref, époque d'ambition , d'habileté soutenue et de progrès successifs ; de Pepin-le-Bref à Louis-le-Débonnaire , époque de splendeur, de grandeur, de toute-puissance ; de Louisle-Débonnaire à Hugues-Capet , époque d'abaissement , de dégradation , de ruine : quatre aspects d'un même tableau , tous imposans et divers.
Ces temps sont anciens , mais non étrangers ; ils sont éloignés et pourtant à nous. Nous ne sommes pas de ces temps; mais c'est par eux que nous sommes* Qui les ignore sait mal les siècles récens , et qui les dédaigne les ignore.