LIVRE II (SU
mir Orléans ; Childebert Paris ; Chlotaire Soissons.
Une autre division s'établit. On s'accoutuma à ap* peler du nom d'Austrasie ou d^Austrie(l), les provin* ces orientales situées entre le Rhin et la Meuse , et du nom de Neustrie , les provinces occidentales situées entre l'Océan , la Meuse et la Loire. C'est pourquoi Théodoric prit le titre de roi d'Austrasie.
On est en doute par qui fut fait le partage. Les uns l'ont attribué à Chloyis (2); les autres, aux fils de ce prince (3). Mais Grégoire de Tours sur le témoignage duquel se fonde cette dernière opinion, dit aussi que la division se fit en portions égales (4), et il est facile de voir que le lot de Théodoric l'emportait de beaucoup sur ceux de ses frères.
A la vérité quelques-uns supposent que Théodoric occupait déjà et retint par droit de conquête , les provinces qui avaient été prises par lui sur lesWisigoths, et ils en concluent qu'elles n'entrèrent pas dans le partage. On ne peut nier qu'éloignées , comme elles le sont, des autres provinces d'Austrasie, leur éloignement ne prête quelque vraisemblance à cette supposition. Car pourquoi diviser et séparer ainsi les parties d'un même royaume? Pourquoi diviser seulement celui-là? Comment d'ailleurs, sans cela, expliquer l'inégalité?
(i) D^Ost, qui signifie oriental. L'abbé Lebeufa proposé uac autre étymologie, mais qui n*a pas prévalu, (i) RoricOQ, liy. 4> — Ânquetil.
(3) Grégoire de Tours, liv. 3, chap. i. — Daniel. -* Vclly.
(4) £ifua lance cU'yidunt, Ëodcm.
Théodoric succéda donc , et fut même rhërilier le plus favorisé et le plus puissant. On croit cependant qu'il était bâtard. Mais que signifiait ce mot parmi des Barbares? Y avait-il chez eux de si indispensables formalités pour les mariages? Sait-on même si elles avaient été négligées? Chlovis n'avait il point eu de femme avant Chlolilde? Est-il vraisemblable qu'un roi ait vécu libre jusqu'à l'âge de vingt-six ans? Chlovis épousa Chlotilde quand Théodoric était déjà né ; mais il n'était pas encore devenu chrétien , et chez lès peuples de race germaine , chose qui n'a pas été assez remarquée, c'était le privilège des chefs d'avoir plusieurs femmes ( l )•
Sans doute que la mère de Théodoric n'était pas chrétienne, et il se peut que cette circonstance ait contribué à accréditer, depuis la conversion des Francs, l'opinion de l'illégitimité de son fils. Il était illégitime en effet selon la loi des chrétiens; mats l'était-il selon la loi ancienne , et qui réglait sa naissance?
Peut-être la mère de Théodoric n'était-elle qu'une concubine (2)? Mais ce mot n'avait pas alors la signification qu'il a aujourd'hui. Il ne désignait point une union passagère et honteuse, mais licite et durable. Les lois romaines la reconnaissaient(3). Les canons de
(x) Siagulis uzoribus contcnti sunt, exceptis admodum paucis, qui noa tibidine, scd ob nobililatem plurimis nuptiis ambiaatur. — Tacite, Mor. Germ., 18.
(^) Grégoire de Tours le dit formellement, liv. 2,ch. 37.
(3) L. 3. fT. de Concub. — L. Stuprum fF. ad leg. jul. de Adult.