LIVRE II
Thuringe demander compte à Hermaofroi de sa vialle injure.
Mais auparavant , roulant exciter Fardeur de leurs peuples, les deux rois les assemblèrent (1) et leur retracèrent les anciennes trahisons des Thuringiens , leurs incursions au temps de Chlovis , leurs cruautés et leurs rapines ; et le parjure récent d'Hermanfroi ; et par quelle iufidélité ce prince retenait le pris^ de leurs services et de leur courage. « N'est-il point » temps de nous venger? » demandèrent-ils* Le peuple applaudit •
Hermanfroi passa l'Unstrud et la Saale , et atten* dit la double armée des Francs. 11 avait fait creuser, au front de la sienne, des fosses profondes , et rejeter sur leur ouverture des couches de gazon , qui les recouvraient. A peine arrivés , les Francs se précipitèrent , impatiens d'assaillir Tennemi dont Timmobilité les encourageait. Mais tes premiers tombèrent en ^and nombre dans ces pièges , et le reste épouvanté s'arrêta.
Bientôt cependant on eut reconnu que les fosses, peu nombreuses et peu rapprochées , laissaient entre elles de longs intervalles par où les cavaliers mêmes pouvaiait pénétrer. On en profita j et , sans plus de retard , l'attaque fut renouvelée. Tout succéda selon les vœux de Théodoric et de Chlotaire. L'armée des Thuringiens fut rompue, et son roi même lui donna Texerople de fuir.
(i) Grégoire de Tours, liv. ^.
104 HISTOIRJE DES FRANCS.
. La fuite et la peur les conduisirent rapidement aux bords de TUnstrud. Mais la victoire, rapide aussi, les suivait. On combattit une seconde fois en ce lieu, ^impuissance de reculer rendit la résistance terrible et désespérée. Encore vaincus, les Thuringîens furent exterminés. Leurs cadavres amoncelés . surmontèrent quelque temps le lit de TUnstrud, et ce fut sur ce pont presque vivant , que les vainqueurs le franchirent.
La Thuringe entière fut envahie , et alla comme au devant du joug qu'on lui apportait. La capitale seule ferma ses portes, et souffrit un siège. Mais elle fut forcée, pillée, réduite en cendres, et ses habitans, mis en esclavage. A malberge se réfugia chez les Ostrogoths. Hermanfroi s'enfuit aussi, et se déroba quelque temps dans un asile ignoré. Radegonde et son frère , enfans de Berthaire , tombèrent au pouvoir du roi de Soissons.
Théodoric cependant n'était pas encore satisfait. Il s'inquiétait d'Hermanfroi , et du jeune fils de Berthaire. Il avait peur de leurs droits et de leur retour.
Il s^efforça donc de rendre la sécurité au roi de Thuringe. Il prodigua les sern^ens, et ce prince , qui en avait tant violé, prit ceux qu'on lui faisait pour inviolables. Il sortit de sa retraite , et vint à Tolbiac, où le conviait Théodoric. L'accueil qu'il reçut répondit d'abord à ses espérances. Le vainqueur renouvela solennellement ses promesses , et lui envoya de riches présens. Mais pendant qu'une fois ils parcouraient ensemble l'enceinte de la ville , Théodoric, pre-