Livre ii
TÎctorieux maintenant , pouvait entreprendre d'autres Tictoires. Maître de TAfrique , une expédition d^Italie ne rencontrerait plus les mêmes périls.
Plus d'obstacles donc , si ce n'est de la part des Francs. Alliés des Ostrogolhs, ceux-ci seraient invincibles ; alliés des Grecs , les Ostrogoths seraient accablés.
On se souvint à Constantinople de l'ambassade envoyée par Anastase à Chlovis : Justinien en envoya une à ses successeurs.
Il fit valoir à leurs yeux des intérêts de religion ,
de politique et de gloire ; leurs injures qui seraient
vengées, leur puissance qu'affirmerait la ruine d'un
vieil ennemi, l'arianisme enfin succombant quand suc-
- comberaient ces barbares.
Il ajoutait de riches présens , d'importans subsides , de séduisantes promesses. A leur tour , les trois rois promirent , et le traité fut conclu.
On ne peut nier qu'ils n'eussent de justes prétextes. Amalazonthe , femme courageuse et habile , gouvernait sans faiblesse , mais non sans envie et sans embarras. Elle faisait élever son fils, comme elle l'avait été elle-même , dans l'élude des bonnes sciences : les Ostrogoths qui les avaient en mépris l'obligèrent d'abandonner ce dessein. Elle avait autour d'elle des hommes puissans : ces hommes la prirent en haine , et conspirèrent sa perte. Avertie, elle les sépara, et les éloigna , alléguant les frontières menacées , et que leur présence y était nécessaire pour les prol^er. Mais ce n'était qu'un faible remède , et l'ardeur des I. 9
130 HISTOIRE DES FaA.NCS.
conjurés redoubla. La reine alors prit une résolutioit décisiTe. Mais, prévoyant le péril où elle allait s'enga^^ ger , elle s'assura un asile, en cas de revers , auprès de Justinien. Donnant ainsi à la prudence ce qu'elle devait , le reste fut au courage. Elle sut animer et diriger le zèle de ses serviteurs. En un même jour , les factieux dispersés furent surpris isolément , et pérn rent. Ânialazonthé se félicita , crovant avoir affermi son autorité.
Mais son fils mourut; enfant que des débauches d'homme éteignaient avant qu'il fût homme. Il ne restait plus qu'un seul prince de la raee de Thépdoric ; Théodat , fils de Tune de ses sceurs , et à qui appartenait la Toscane. Théodat n'était point ignorant de la philosophie grecque et des lettres. Mais il n'était pas homme de cœur , et manquait d'expérience comme de vertu. La reine cependant ne pouvait ni délibérer, ni choisir. Elle avait bien , dans le pressentiment de sa situation présente, commencé avec Justinien de nouvelles négociations pour que, ce malheur arrivant, dût le royaume alors tomber au pouvoir des Grecs , elle fut protégée contre la fureur de ses ennemis. Mais la mort trop prompte d'Athalaric l'avait prévenue. Et comme aucun autre expédient ne s'offrait, elle appela Théodat , fit un accord avec lui pour qu^il lui laissât l'exercice de l'autorité , en eut son serment , et détermina ensuite son élévation : étrange roi qui ne le devint que parce qu'on le jugeait indigne de l'être.
Mais il fut ingrat ; facile effort aux âmes communes.