LIVRE. II (534.S35-536). f.3l
Cédanl aux importuDÎtés des ennemis de la reine, il fil périr d'abord quelques«-uns de ses meilleurs serviteurs. Elle-même bientôt fui reléguée dans une île du lac Bolséne , et du château de cette île on lui Gt une rigoureuse prison. Comme Théodat connaissait Festime et la déférence de Justinien pour Amaiazonthe , il craignait que ce prince n^entreprît de la secourir et de la venger. Voulant donc Fapaiser, il lui en* voya des ambassadeurs. Même il employa cette fraude qu'un usage fréquent a rendu depuis si vulgaire, d'arracher à la captive un écrit qui la témoignait satisfaite du bon traitement qu'elle recevait.
Justinien ne Ée laissa point abuser. 11 fit partir à son tour un ambassadeur ; mais pour veiller à la sûreté d'Amalazonthe, et la délivrer. Théodat le sut, et quand l'envoyé grec arriva , la reine n'était déjà plus. Le barbare l'avait fait étouffer dans un bain. II jugeait plus sûr de prévenir les menaces de Justinien « que de leur résister ou de s'y soumettre.
Ce crime était , pour l'empereur grec , un motif de guerre , et un moyen de succès. 11 s'en pouvait faire une offense 9 et il y trouvait un bon gage du concours de ceux qui étaient du parti de la reine. IJ n'hésita point. Bélisaire descendit dans la Sicile, et s'en empara. Mundus conduisituneautre armée jusque dans la Dalmatie, et y triompha. Théodat était consterné. 11 offrit à Justinien de lui livrer l'Italie , et engagea un marché pour sa désertion. Mais pendant qu'il disputait sur le prix , le fils de Mundus périssait dans un combat ; Mundus lui-même tombait dans un autre
combat, vainqueur, mais frappé à mort. La présomption succéda aussitôt à la lâcheté , et Théodoat ne voulut plus cesser d'être roi.
Les rois francs aussi prirent la mort d'Âmalazonthe à injure. Nièce de Chlovis, il s'agissait de leur sang et de leur propre vengeance. Ils coururent aux armes , et envoyèrent au meurtrier leur défi de guerre. Théodat, à ce bruit, retomba dans ses preùiières terreurs. Faible déjà contre un ennemi , à plus forte raison contre deux , il résolut d'acheter celui qui se présentait le dernier. De brillantes offres furent apportées de sa part aux rois francs , et cinquante mille pièces d'or pour premier gage de sincérité.
Mais l'orgueil des Ostrogoths s'offensa. Théodat , traître envers eux, fut trahi. On divulgua ses secrètes négociations et ses lâchetés. Les grands s'assemblèrent, et le déposèrent. Lui, sans disputer sa couronne, ne songeait plus qu'à $a sûreté. Mais reconnu dans sa fuite , on l'arrêta sur l'heure , et on le tua.
A sa place , fut proclamé Yitigès ^ habile soldat , qu'une valeur rare avait tiré de l'obscurité. Ce prince ne manqua ni d'activité , ni de prévoyance. Voulant d'abord s'affermir , et sachant le respect des Ostrogoths pour la race de Théodoric , il s'en fit un appui en épousant Malazonthe , fille de la reine.
C'était aussi un moyen de conciliation avec les rois francs. Il renouvela les négociations commencées. Son peuple comprit ce qu'exigeait la nécessité. L'orgueil se tut, et l'intérêt seul décida. On se flatta d'un plus favorable avenir ; on crut facile , après avoir sur-