CHAPITRE XIV
FIN DE THÉODEBBRT (547*548).
L'ambition de Théodebert était hardie , mais pré- Toyante , et elle embrassait un avenir reculé.
Rassuré contre tout danger en -deçà des Alpes, par Tamitié contractée avec Childebert ; fortifié audelà par les défilés qu'il gardait, par les places dont il s'était emparé, par là décadence toujours croissante des Goths; certain désormais d^arracher , si on la lui refusait ^ Fexécution du dernier traité fait par Totila , il ne fut plus occupé que du soin de hâter l'événement dont cette importante néfrociation dépendait. Il eût tout perdu au succès des Grecs , et les avantages promis, et les avantages déjà obtenus. Son plus pressant intérêt était maintenant l'expulsion des troupes de Justinien.
Il méditait un projet décisif, mais audacieux. Il ne songeait à rien moins qu'à transporter la guerre en Thrace et en lUvrie. La Bavière où il dominait , la Panndnie dont quelques portions étaient aussi dans ses mains, favoriseraient cette grande diversion.
Mais il y avait d'autres appuis qu'il importait d'acquérir, et des périls dont il n'était pas impossible de se préserver. Il fallait s'assurer des Lombards, voisins du Danube; des Gépides, voisins des Lombards.
Amis, on pouvait tout espérer; ennemis, on devait tout craindre.
Théodebert réussit à les engager dans son entreprise. Il souleva leur orgueil par le récit de celui des Grecs. « Devaient -ils souffrir les titres menteurs » qu'affectait l'insolence de Justinien ? Leur gloire » n'en était -elle pas offensée? Quelles victoires lui » donnaient le droit d'usurper les noms de Longobar^ 9 dique et de Gépidique ? Il osait bien aussi prendre » celui de Francique j mais les Francs l'avaient ré- » solu , il en serait dépouillé. »
Les préparatifs s'achevaient. Mais tout- à- coup , comme il arrive souvent, une seule mort confondit ces profonds desseins. Théodebert étant à la chasse ^ un taureau sauvage s'offrit à lui inopinément. Le roi courut, et, l'ayant atteint, le frappa. Le taureau furieux rompit, en se débattant, un jeune arbre au bord du sentier. L'arbre tombaDt renversa le roi , et lui fit une blessure à la tête. On espéra quelques jours ; mais tous les soins furent inutiles , et le roi mourut.
Théodebert finit comme Théodoric , comme Chlovis , n'étant qu'au milieu de sa course. Des succès que lui avait promis la fortune , elle lui envia les plus grands. Semblable à son père par ses trahisons, il ne l'imita pas du moins dans ses cruautés. Plus habile encore, et plus politique; plus heureux à la guerre, et plus ambitieux ; circonspect et lent à délibérer, mais à exécuter, téméraire ; ami sans fidélité, ennemi sans modération ; bienfaisant néanmoins , et secourable à ses peuples; respecté, redouté^ puissant dans