LIVRE II
dre. Les femmes allaient enveloppées de longs voiles noirs, et'éehevelées. Les remparts, au lieu de soldats, se couvrirent de supplians et de pénitens.Ils y faisaient d'immenses et solennelles processions , chantant religieusement les saints psaumes , et portant avec une grande vénération devant eux la tunique de Vincent, bienheureux martyr dont ils invoquaient et espéraient la protection. Les Francs s^étonnèrent à ce spectacle. De leur camp , encore éloigné , ils ne l'apercevaient que confusément. Il se répandit parmi eux une bizarre croyance. Ils prirent ces pieuses cérémonies pour des maléSces , et se jugeant menacés de périls inconnus et surnaturels, ils tombèrent dans de grandes appréhensions.
Mais ils eurent d'autres obstacles. Une armée de Wisigoths survint , qu'ils n'attendaient pas. On combattit, et les Francs, vaincus cette fois, reculèrent.
La retraite était difiQcile, et la distance longue jusqu'aux Pyrénées. Les rois cependant en voulurent tenter le chemin. Mais les Goths , que leur butin ne retardait pas , les y devancèrent. Quand on arriva , tous les passages étaient occupés. Suivis à la trace par des troupes irritées et victorieuses , attendus par d'autres dans les défilés, les Francs, enfermés en* tre ces deux périls , y devaient tomber et périr. On allait voir un grand et mémorable désastre.
£t cependant il fut détourné. Le général goth, soit qu'il eût peur que le désespoir doublant le courage des Francs , un de ces hasards communs à la guerre lui arrachât la victoire et la leur donnât •, soit I. 10
que Pamour du devoir fût moins puissant en lui que celui du gain, le général golh permit, pour de l'or, que les passages fussent ouverts, un jour entier, aux rois francs. Mais le Golh , non moins déloyal qu'avare , quand le fort de leur armée eut franchi les gorges, se jeta en fureur sur Tarrière-garde , et la massacra.
L'année suivante , les Francs voulurent venger la honte de cette défaite. Ils retournèrent dans la Septimanie, et cette fois ils s'y arrêtèrent. Ils s'avancèrent jusqu'au cap de Sette. Dans ce temps , il y avait une ville. Us en firent le siège , et la réduisirent. Quelques jours écoulés, la flotte des Wisîgoths arriva, qui força le port , et chassa de la ville la garnison que les Francs y avaient laissée. Mais l'armée de ceux-ci revint, et comme les soldats vsrisigoths, dans un jour de fête, gardaient mal leurs postes et leurs palissades, prétextant Ip repos religieux qu'ils ne voulaient pas violer , ils profitèrent résolument de leur négligence , surprirent le camp et recouvrèrent la ville. Les Wisîgoths, 'toujours repoussés, reculèrent en désordre, jusqu'au rivage. Arrêtés enfin par la mer , et pressés de plus en plus par les Francs, ne pouvant ni avancer, ni rétrograder, ils furent rompus et détruits. On en fit un effroyable carnage ; aucun , dit-on , n'échappa.
Ce succès obtenu , une paix , telle que ces peuples en faisaient, interrompit les hostilités entre les Francs et les Wisigoths.
UVRE II (547-Ji8). H7