CHAPITRE XV
DEUXIEME GUEKRE d'itâlie (048-551-552-555).
Deuthérie avait donné deux enfans à Théodebert ; Ragintrude, mariée au duc de Bavière, et Théodebald à qui ses infirmités ne promettaient pas un long règne. Ce prince eut cependant la couronne , et personne n'entreprit de l'en dépouiller. Ses jours étaient comptés : on trouva meilleur d'attendre sa succession.
Une sédition passagère agita seule les commencemensde'ce règne. Parthénius, que Théodebert préposait à la garde de son épargne , était tombé dans la haine du peuple, pour quelques tributs levés avec dureté. Ce fut le sujet du soulèvement. Parthénius, me-
nacé à Trêves , chercha, dans FégUse ,. un refuge qu'il n^ trouva point. Deux évêques essayèrent inutilement d'imposer à ia foule qui le poursuivait. Elle tarda peu à le découvrir , caché dans le fond ^'un coffre , sous un amas d'ornemens sacrés. Sa joie féroce éclata par des hurlémens, et prolongeant à plaisir le supplice de ce malheureux , elle le traîna , puis le mutila, puis enfin le lia mourant à une colonne , et le lapida.
La mort de Théodebert ôtait de grandes sollicitudes à Justinien. Que pouvait contre lui un roi languissant et si jeune? Par où soutiendrait^il des desseins sous qui peut-être eut fléchi le génie ardent de son père? Déjà même, Leutachaire, un de ses généraux d'Italie, venait d'être vaincu dans une rencontre et fait prisonnier.
L'empereur lui fit proposer la paix , demandant deux conditions : qu'il lui livrât les places de la Ligurie, et qu'il joignît ses armes aux siennes pour achever d'accabler les Golhs.Théodebald, inhabile à la guerre, y eût renoncé sans regret ; mais les conditions en étaient honteuses , et il ne pouvait pas les sabir. Il envoya néanmoins des ambassadeurs àConstantinople. Ceux-ci , après de longues hésitations , obtinrent un traité d'où l'on retrancha tout ce que repoussait la fierté de Théodebald.
Il conservait donc toutes ses positions au pied des Alpes et dans la Basse-Italie. Mais, en même temps , l'armée des Grecs recevait d'autres généraux. A Bélisaira succédait Germain; à Germain , Narsès. Narsés, grand bomme de guem, domia à loute chose une noa-
velle impulsion. Parti d'Âquilée , il se dirigea sur Ra- Tenue, youlant faire sa jonction ayec les troupes qu^on y avait laissées, et que celte placedevint comme le foyer de ses futures expéditions.
Deux chemins s'offmient ; Tun par les bords de la mer, plus assuré , mais plus long; Tautre plus court, mais moins libre, et qui traversait les terres des Francs. Jaloux d'abréger, et comptant d'ailleurs sur la paix récente, il leur envoya demander le passage. .Hamming, qui les commandait, refusa, et prit position sur TAdige, menaçant d'une résistance sanglante si l'on entreprenait de le forcer.
Warsès irrité balançait; mais le danger de ramener aux Goths de si redoutables auxiliaires le contraignit à dissimuler. Il se détourna , et alla chercher Tautre chemin.
Totila le suivait de près. Imitant l'exemple des Grecs, il réunit ses forces éparses, et ne fit plus qu'une armée des deux qu'ail avait. Téïas, son lieutenant^ campait il Vérone; il le rappela. Lui-même, il partit de Rome , marchant avec ardeur et célérité. Enfin ils se rencontrèrent, et leur jonction faite, ils s'allèrent poster dans les Apennins.
Narsès y vint à ^on tour. Son premier soin fut d'offrir la paix. Mais Totila, sachant à quel prix, répondit: « La guerre l Le temps est venu qu'une bataille doit » nous apprendre à qui restera Fltalie. — Quel jour » donc ? demanda Narsès. — A huit jours , reprit » Totila. » Et presque au même moment il faisait assaillir les Grecs, croyant les surprendre, Mais JXjarsès
était vigilant, et cette attaque n'eut aucun succès. Deux jours durant , on en vint aux mains ; mais dans des combats partiels et sans importance. Totila, qui attendait encore quelques troupes, évitait rengagement général, tout en affectant de le provoquer. Le troi* siéme jour , pour dernier stratagème , il feignit de vouloir entendre aux propositions de Narsès. « 11 est » trop tard, x> répondit le Grec. Cependant les troupes retardées arrivaient. Totila ne différa plus. La bataille fut longue , sanglante , mêlée de succès divers. Mais , à la fin , les Grecs triomphèrent , et la fortune du vieux Narsès l'emporta. L'armée des Goths fut taillée en pièces ; Totila lui-même périt (1) , finissant, ainsi qu^il avait commencé , glorieusement.
' Ces peuples se soumettaient difficilement quoiqu'ils fussent barbares , ou peut-être parce qu'ils l'étaient. Il y avait , dans cette férocité vierge et indomptée , d'inépuisables ressources pour la guerre. On s'assembla à Pavie; on élut roi le vaillant Téïas; on ne demanda son salut qu'à la persévérance et aux armes. Narsès cependant poursuivait et étendait ses succès. Rome s'était soumise ; il crut aussi soumettre Vérone. 11 la fit assiéger par Valérien. Mais sa victoire avait inspiré des craintes aux Francs , et leur fidélité en était ébranlée. Ils sommèrent les Grecs de renoncer incontinent à cette entreprise , prétendant que Vérone fût dans leur dépendance , et dénonçant la guerre si l'on persistait» Narsès ne persista point.
(i) Â Brixellei village de la Romagne. •-« Mézerai.
mVRE n (54â-£5 1-553.55 3). 153
Cet événement enhardit Téias. 11 sollicita, et voulut même acheter l'appui déclaré des généraux francs. Il envoya des ambassadeurs à Théodebald , heureuse pensée, si le succès en eût été moins tardif. 11 pressa, redoubla , acheva , comme en un instant , ses préparatifs de guerrre ; et quand on doutait encore chez les Grecs s'il aurait jamais une armée, son armée, ardente et nombreuse, entrait déjà dans la campagne de Rome , et venait hardiment défier Narsès.
Les deux armées s'observèrent long -temps sans combattre. Mais une trahison imprévue obligea les Goths à prendre d'autres desseins. La flotte qui nourrissait leur camp se vendit aux Grecs. Il n'y eut plus de secoui^ que dans la victoire. Téias n'en désespéra point. Si diligent que fût Narsès , il réussit néanmoins à le prévenir et à le surprendre. L'attaque fut dans le camp même des Grecs. Jamais ne se virent de plus étonnans prodiges de constance. Les cavaliers avaient laissé leurs chevaux. Personne qui songeât à fuir , aucun qui ne voulût combattre de près. Téîas se montrait partout , toujours le premier. Couvert à dessein d'armes éclatantes , ses armes pourtant le signalaient moins que ses actions. Les javelots grecs ne cherchaient que lui. Plusieurs fois son bouclier se hérissant de traits , il fut contraint d'en changer. C'était l'occasion qu'attendait le sort. Découvert à peine un instant pour recevoir le nouveau bouclier qu'on lui apportait , une flèche vint aussitôt qui lui traversa la poitrine ; il tomba, et il mourut.
Les Grecs croyaient le combat fini , et il ne fut ja^
iS4 HISTOIRE DES FRANCS.
mais plus terrible. La fureur des Goths redoubla; Jndifférens à mourir eux-mêmes , insatiables et infa- ;tigables à faire mourir. Tant que dura le jour ^ ils continuèrent ; le lendemain, ils continuèrent encore, tant que dura le jour* ËnGn , à la troisième journée .j épuisés de forces > non de courage , ils proposèrent , :non de se rendre, m^is de s'éloigner. Narsès , en y •consentant, honora leur yertu et fit honorer la sienne. Ses seules conditions furent qu'ils sortiraient d'Italie^ et ne prendraient plus les armes contre Temperour. Encore ne furent-elles pas acceptées unanimement. Jl Y eut un chef, nommé Indulphe, qui sortit du <;amp avec un millier de soldats, et qui, surmontant tous les obstacles , s'ouvrit jusqu'à Pavie un glorieux çt sanglant chemin.
Ainsi finissait l'empire de Théodoriç. A peii^ fon- 4é, il croulait. Etats puissans, trônes, coi^quétes, ceuvres de l'homme , œuvres d'un jour ! Indulphe essaya d'inspirer la vie à ce colosse gisant.^ Il envoya de nouveau solliciter le roi d'Austrasie , prince irrésolu , et qui délibérait encore avec les ambassadeurs de Téïas. Celte fois , on fit deux réponses : l'une pu- •blique et défavorable , afin d'abuser les Grecs ; l'autre bienveillante et secrète , afin d'exciler les Goths.
On jugeait en effet le moment venu . On ne craignait plus d'abattre les Grecs depuis que les Gollis étaient dans l'impuissance de se relever. Soixante -quinse mille soldats furent subitement rassemblés , et ils franchirent les Alpes sous le commandement de Leu* iharis et de Bucel|p,